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Tariq Ramadan, persona non grata aux Etats-Unis

Tariq Ramadan se dit choqué par la décision des autorités américaines.

(Keystone)

L’intellectuel musulman se dit choqué par l’attitude des Américains qui lui ont retiré, sans explication, le visa qu’il avait obtenu après deux mois d’enquête.

Tariq Ramadan n'a donc pas pu travailler mardi comme prévu à l’université catholique Notre Dame, dans l’Indiana. Qui dénonce le traitement réservé au professeur suisse.

«On ne peut pas, neuf jour avant l’entrée de quelqu’un à qui on a accordé un visa de travail, le lui refuser sans explication, lance Tariq Ramadan à swissinfo. Toutes nos affaires sont déjà aux Etats-Unis. Mes enfants sont inscrits dans des écoles américaines.»

Une mesure d’autant plus choquante pour Tariq Ramadan, que rien ne laissait présager une telle issue.

«L’ensemble de la procédure qui m’a permis d’obtenir un visa de travail a pourtant été menée, y compris une enquête minutieuse de deux mois sur des questions d’ordre sécuritaire», explique-t-il.

Cela dit, il admet que le Patriot Act (ndlr: nouvelles règles de sécurités adoptées après les attentats du 11 septembre 2001) permet sur de simples soupçons intellectuels de lui refuser l’entrée d’une personne sans fournir d’explication.

Comme la presse américaine, l’intellectuel musulman genevois pense que des pressions sont à l’origine de cette décision politique.

Et de mentionner Le Chicago Tribune qui cite Daniel Pipes, responsable de Campus watch, un site qui surveille les universités américaines sur ce qui est dit à propos du conflit israélo-palestinien.

«Daniel Pipes, rappelle Tariq Ramadan, a d’ailleurs déclaré qu'il voulait s’opposer à ma venue aux Etats-unis.»

Tout espoir n'est pas perdu

Mais tout espoir d’aller enseigner aux Etats-Unis n’est pas perdu. «L’université attend des explications des autorités et leur demande de reconsidérer sa position, tout comme une série de personnalités et d’universitaires américains, déclare Tariq Ramadan.

«J’ai en effet été sollicité par un grand nombre d’institutions pour tenir des conférences ou participer à des groupes de réflexions, poursuit-il. Ainsi, Bill Clinton m’a invité à une conférence, tout comme l’ancien secrétaire d’Etat à la défense William Cohen.»

«Si l’administration américaine se rend compte que ce dossier a été mal géré à un niveau subalterne, j’ai bon espoir qu’elle revienne rapidement sur leur décision. Si c’est lié aux élections américaines, cela risque de prendre du temps.»

Mutisme des autorités américaines



Tariq Ramadan avait annoncé fin janvier qu'il avait été nommé professeur à l'université catholique Notre Dame située près de la ville de South Bend (Indiana), où il comptait se rendre pour un an à partir de cette semaine.

Il devait donner des cours sur les rapports entre religion, conflit et promotion de la paix, à l'université située non loin de Chicago, dans l'Etat voisin de l'Illinois.

Tariq Ramadan avait obtenu en février un visa de résidence et de travail américain, la fameuse «green card». Mais il a été prévenu le 2 août par un simple appel de l'ambassade américaine à Berne que le département d'Etat avait annulé son permis de travail le 28 juillet.

Les services de l'immigration et des douanes (ICE), qui avaient recommandé au département d'Etat de retirer le permis de travail, ont refusé de préciser les raisons de ce revirement brutal.

«D'une manière générale, le critère pour une révocation est lié à la sécurité du public ou de la nation», s’est contenté de déclarer Russ Knocke, un porte-parole de l'ICE, dépendant du département américain de la sécurité nationale.

Côté suisse, le Département fédéral des Affaires étrangères travaille sur le cas de Tariq Ramadan «comme on le ferait pour n’importe quel citoyen suisse ayant ce genre de problème», précise son porte-parole Christian Meuwly. Mais il ne veut entrer dans les détails de la procédure.

Par ailleurs, «Micheline Calmy-Rey est personnellement intervenue auprès de l’ambassade des Etats-Unis à Berne pour demander des explications», précise Tariq Ramadan.

L'Université ne comprend pas

L’université ne comprend absolument pas cette décision. «Le professeur Ramadan est un universitaire brillant et un partisan de la modération dans le monde musulman», a déclaré un porte-parole de Notre Dame, Matthew Storin.

«Nous ne voyons aucune raison de ne pas le laisser entrer aux Etats-Unis», a-t-il ajouté, en se montrant inquiet pour les conséquences sur «la liberté et l'indépendance universitaires».

Cette décision des autorités «envoie un mauvais message au monde musulman sur la volonté de l'Amérique d'écouter ce que les musulmans ont à dire», a pour sa part déclaré le Conseil sur les relations américano-islamiques (CAIR), une importante organisation musulmane américaine.

Un personnage controversé

La nomination de Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères musulmans, l’Egyptien Hassan al-Banna, avait provoqué des remous.

Les milieux juifs américains l’accusent en effet d’antisémitisme et les familles des victimes des attentats du 11 septembre 2001 le soupçonnent d’avoir des liens avec le terrorisme.

En Europe, Tariq Ramadan est considéré comme l'un des porte-drapeaux de l'islam en France, où il avait débattu à la télévision en novembre avec le ministre français de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy.

Il avait suscité une polémique en octobre dernier, en France toujours, en publiant une tribune libre où il accusait des intellectuels juifs d'être les «chéris des médias» et de défendre Israël par réflexe communautaire.

En France, certains voient en Tariq Ramadan un fondamentaliste qui prêche la modération en français et le radicalisme en arabe.

swissinfo et les agences

En bref

- Tariq Ramadan est né en 1962 à Genève où sa famille s'est réfugiée après avoir fui l'Egypte de Nasser.

- Il a enseigné la philosophie dans un lycée gevenois et l'islamologie à l'Université de Fribourg.

- Il dirige le Centre culturel islamique de Genève. Il est membre du Groupe des Sages sur le Dialogue entre Peuples et Cultures de la Commission européenne.

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