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Un défenseur pugnace des consommateurs suisses

Werner Marti a annoncé lundi dernier qu'il ne serait plus Monsieur Prix.

(Keystone)

Werner Marti quittera bientôt son poste de Surveillant des prix, une fonction dont la droite et l’économie contestent l’utilité.

Spécificité helvétique, la Surveillance des prix est pourtant très populaire et, de plus, garantie par la Constitution.

Le député socialiste glaronais Werner Marti (47 ans), Surveillant des prix depuis 1996, ne cache pas son énervement.

«La manière dont l’UDC comprend la démocratie me pose des problèmes: ce parti ne cesse de se réclamer de la volonté populaire mais, en ce qui concerne la Surveillance des prix, il ne veut pas voir à quel point cette institution est bien ancrée dans la population», déclare-t-il à swissinfo.

Werner Marti réagit ainsi à l’idée émise par l’Union démocratique du centre (UDC, droite dure) de ne pas le remplacer à la Surveillance des prix. Le parti a en effet annoncé une initiative parlementaire allant dans ce sens.

Un tremplin

Le Surveillant des prix jouit d’une grande popularité en Suisse. Et la fonction a souvent servi de tremplin vers des responsabilités élevées. Ainsi le prédécesseur de Werner Marti n’était autre que l’actuel ministre de l’Economie Joseph Deiss, dont le Surveillant des prix dépend.

L’ancien conseiller fédéral Leon Schlumpf a également occupé cette place avant d’être élu au plus haut poste politique (1979-1987).

Quant au tout premier Surveillant des prix, Leo Schürmann, si sa candidature au Conseil fédéral avait échoué, il était néanmoins devenu vice-président de la Banque nationale suisse, puis directeur général de la SSR.

Spécificité helvétique



La Surveillance des prix est garantie par la Constitution. Sa suppression requiert donc une votation populaire et la double majorité du peuple et des cantons.

A noter qu’aucun autre pays européen ne dispose d’une institution semblable. Cette rareté avait déjà conduit, il y a huit ans, l’association faîtière de l’économie, economiesuisse, à revendiquer la fin de cette «spécialité».

L’économie estime que seul un marché qui fonctionne librement peut susciter davantage de concurrence et donc faire baisser les prix.

Ce à quoi Werner Marti répond: «Se plaindre des taxes élevées d’une part et réclamer la suppression de la Surveillance des prix de l’autre est une erreur. Le surveillant est la seule instance de régulation dans ce domaine.»

Succès et résistances

«Monsieur Prix» a par exemple empêché une hausse des taxes pour le raccordement téléphonique fixe, ou freiné les augmentations de tarifs de La Poste.

D’autres succès ont été enregistrés à propos des tarifs des dentistes, de médecins et une partie des prix des médicaments. Les avocats indépendants ont en outre dû baisser leurs honoraires.

Malgré ces mesures, la Suisse reste un îlot aux prix très élevés. Selon les études, les différences atteignent entre 25 et 40% par rapport à la moyenne européenne.

Après presque huit ans d’activités, Werner Marti constate qu’au moins, «le problème est aujourd’hui reconnu. Lorsque j’ai commencé, j’avais souvent affaire à des gens qui niaient cette réalité.»

Mais le Glaronais et sa fonction font aussi l’objet de critiques. Ainsi à gauche, on reproche à l’institution des procédures trop longues et des résultats modestes.

«Lorsque nous ne pouvons pas nous imposer, c’est que les prix résultent de décisions politiques», rétorque Werner Marti. Ainsi, les prix des médicaments et des produits agricoles sont contrôlés par l’Etat.

Les articles de marque comme les meubles de design ou les jeans sont par ailleurs soumis à la loi sur la protection des marques.

En ce qui concerne les appareils ménagers et électroniques, les importations parallèles sont toujours difficiles. «Les multinationales parviennent ainsi à maintenir des prix plus élevés en Suisse qu’à l’étranger», regrette Werner Marti, tout en précisant que ce problème ne relève pas de la Surveillance des prix.

«Nous sommes compétents pour intervenir là où les prix ne résultent pas d’une concurrence efficace», explique-t-il.

Nouvelle loi sur les cartels

Le 1er avril prochain entrera en vigueur la nouvelle loi sur les cartels qui interdira et punira les ententes sur les prix aujourd’hui encore admises.

«Je peux imaginer que la loi exercera une certaine pression dans les domaines où la concurrence n’est aujourd’hui que partielle», espère Werner Marti. Exemple: les tarifs édictés par les autorités et les situations de monopole étatique.

Dans ce dernier domaine, Monsieur Prix doit se contenter d’effectuer un travail de sensibilisation et d’édicter des recommandations. Il n’a aucun droit d’intervention légale.

Werner Marti souhaite ainsi à son successeur de pouvoir donner à ses recommandations un caractère plus contraignant et de pouvoir engager quelques collaborateurs supplémentaires. Actuellement, son bureau compte 15 postes.

De son côté, Werner Marti a fait acte de candidature à la présidence du Parti socialiste, et, en temps que conseiller national (depuis 1991), compte bien continuer à se battre au Parlement contre les prix élevés.

«En tant que Surveillant des prix, j’ai dû faire preuve de retenue dans mon travail politique. Je pourrai désormais abandonner cette réserve.»

swissinfo, Andreas Keiser
(traduction et adaptation: Ariane Gigon Bormann)

En bref

- Le député socialiste glaronais Werner Marti a pris ses fonctions de Surveillant des prix le 1er août 1996.

- Il a annoncé le 19 janvier dernier qu’il abandonnait ce poste à une date encore indéterminée et qu’il briguait la présidence du Parti socialiste suisse.

- «Monsieur Prix» est un poste à 40% doté d’un salaire de 90’000 francs par année.

- Malgré la surveillance des prix introduite en 1982, les prix sont entre 25% et 40% plus élevés en Suisse qu’à l’étranger.

- Agé de 47 ans, Werner Marti dirige aussi une étude d’avocats à Glaris.

- En 1995, il avait été candidat au Conseil fédéral. C’est finalement Moritz Leuenberger qui l’avait emporté.

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