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Zurich: la peur de l'islam l'emporte

Des musulmans en prière dans une mosquée zurichoise à l'occasion du début du dernier Ramadan.

(Keystone)

Les Zurichois ont rejeté une refonte des relations Etat-Eglises qui aurait permis de reconnaître de nouvelles religions, une possibilité que connaissent déjà presque tous les cantons.

C’est une victoire pour la droite dure qui avait lancé le référendum.

Les thèmes religieux ont la vie dure dans le canton de Zurich. Les catholiques n’y ont été reconnus qu’en 1963 et, depuis, par trois fois, les citoyens ont rejeté un projet de séparation Eglises-Etat.

Cette fois, il s’agissait au contraire, entre autres, de reconnaître de nouvelles religions, à des conditions cependant très strictes (30 ans d’activités, 3000 membres au minimum, structures démocratiques, notamment).

La plupart des cantons suisses connaissent déjà cette possibilité, soit dans leur Constitution, soit dans des lois. Aucune religion n’a cependant déposé de demande officielle jusqu’ici.

Les Bernois, après avoir accepté un article constitutionnel, avaient en outre rejeté une loi d’application.

Rejeté malgré un large soutien



Les partisans du projet zurichois représentaient des milieux très divers (toutes les confessions et presque tous les partis) et tous étaient convaincus de présenter un projet équilibré.

Seuls l’Union démocratique du centre (UDC / droite dure), les radicaux, les Démocrates suisses et l’Union démocratique fédérale se sont opposés au paquet de trois textes soumis à votation. Et ils ont gagné.

Le nouvel article constitutionnel, la nouvelle loi ecclésiastique et la nouvelle loi sur la reconnaissance d’autres religions ont en effet été largement rejetées (par 55%, 54,2% et 64,1% de non).

Les opposants reprochaient au projet d’ouvrir les portes à la reconnaissance de communautés musulmanes ou de sectes, qui auraient ainsi pu revendiquer un droit aux impôts ecclésiastiques.

La campagne a d’ailleurs été menée sous le slogan «des impôts pour les écoles coraniques? 3 x non!»

Droit de vote interne aux étrangers



Les textes auraient aussi permis aux Eglises reconnues d’accorder le droit de vote aux étrangers à l’intérieur de leurs murs. Zurich est le seul canton à ne pas l’autoriser.

Ce point est vraisemblablement une des explications du rejet, estime, dans une analyse à chaud, Cla Reto Famos, chargé de cours à la faculté de théologie de l’Université de Zurich.

«Il y a eu une confusion entre trop d’éléments disparates. La peur implicite du droit de vote des étrangers l’a emporté sur d’autres points.»

Contexte international



«En outre, la situation internationale n’a pas contribué à ramener le calme dans une campagne très tendue, poursuit le spécialiste. Les attentats à Istanbul ont peut-être joué un rôle.»

Selon Cla Reto Famos, outre le droit de vote ecclésiastique aux étrangers, le fait que la décision de reconnaissance de nouvelles religions était laissée à la compétence du Conseil d’Etat a aussi déplu aux citoyens.

«Il y a des analogies avec la naturalisation des étrangers, explique l’enseignant. Cela montre à quel point la tradition démocratique est ancrée en Suisse: les gens ont eu peur de ne pas avoir leur mot à dire.»

En ce sens-là, la loi zurichoise aurait présenté une particularité, car les cantons qui connaissant la possibilité de la reconnaissance d’autres religions prévoient une votation soit au parlement soit populaire.

Selon Cla Reto Famos, il est clair que c’est l’islam qui a suscité les plus grandes craintes, alors que la nouvelle loi aurait aussi pu s’adresser aux juifs ou aux serbes-orthodoxes.

Imam outré



Sur les ondes de la Radio suisse romande, l’imam Ibrahim Yousef a violemment critiqué la campagne menée par les opposants.

«C’est l’intolérance, l’exclusion, la force d’une propagande diffamatoire et raciste qui ont gagné. L’UDC ne demanderait rien de mieux qu’à exclure tous les musulmans du pays.»

«Le slogan ciblé sur les écoles coraniques était destiné à accrocher, et ce n’était pas notre argument principal», lui a rétorqué Gregor Rutz, secrétaire général de l’UDC suisse et membre du comité référendaire zurichois.

«Nous pensons que ce n’est pas le rôle de l’Etat de soutenir des religions, quelles qu’elles soient. On peut aussi se poser la question de la légitimité du soutien étatique à la chaire de théologie», a-t-il encore ajouté.

Utilisation des impôts



Pour Cla Reto Famos, il faudra d’abord analyser les raisons du rejet avant de relancer un projet de réforme.

«Les Eglises auraient cependant tout intérêt à reprendre spontanément certains points du projet, notamment l’utilisation exclusive des impôts prélevés auprès des entreprises (environ 65 millions de francs par année, contre 225 millions provenant des particuliers, ndlr) dans des buts servant la collectivité», explique-t-il.

Il est aussi important, aux yeux du spécialiste, que les musulmans acceptent ce verdict et décident de s’engager sur la voie de réformes démocratiques, comme l’avaient fait les catholiques avant d’obtenir la reconnaissance étatique.

«Il serait dommage de perdre l’ouverture, la tolérance et la qualité de dialogue qui ont été construites durant les six ans de préparation de ces nouvelles lois», espère Cla Reto Famos.

Quant à savoir si les partisans d’une séparation stricte entre l’Etat et les Eglises, telle que ne la connaisssent en Suisse que les cantons de Genève et de Neuchâtel, relanceront une initiative, cela paraît probable. Ils pourraient utiliser la révision de la Constitution, en cours dans le canton.

swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Zurich

En bref

- Le nouvel article constitutionnel a été rejeté par 55.01%, la nouvelle loi ecclésiastique par 54.18% et la nouvelle loi sur la reconnaissance d’autres religions par 64.06%

- Le paquet de trois textes prévoyait notamment:

- les impôts écclésiastiques versés par les entreprises n’auraient plus pu être affectés à des tâches religieuses, mais auraient dû être utilisés dans un but social bénéficiant à tous.

- d’autres religions auraient pu être reconnues en droit public ou privé, à condition de respecter des critères stricts (30 ans d’existence en Suisse, au moins 3000 membres dans le canton, reconnaissance et acceptation des principes de tolérance et de paix)

- L’UDC, le PRD, l’UDF (Union démocratique fédérale) et les Démocrates suisses s’étaient opposés à ces nouvelles lois et ont gagné la votation.

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