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Humoristes suisses à Paris


«120 secondes» pour expliquer la Suisse aux Français





Le duo d’humoristes Vincent Kucholl et Vincent Veillon est monté à Paris pour présenter un spectacle plein d'humour, une forte dose d’autodérision et quelques piques savoureuses contre le pays voisin. 

Les animateurs de la radio Couleur 3 Vincent Veillon (à g.) et Vincent Kucholl sur scène. (Keystone)

Les animateurs de la radio Couleur 3 Vincent Veillon (à g.) et Vincent Kucholl sur scène.

(Keystone)


«Venir à Paris, c’est une manière de se mettre en danger.» Les deux Vincent de l'émission de la RTS  «120 Secondes» ne croyaient pas si bien dire. Deux jours avant leur première parisienne au Théâtre l’Européen, ils ont enfourché des Vélib’ et se sont aventurés sur la Place de l’Etoile à l’heure de pointe. Pas évident de pédaler autour de l’Arc de Triomphe dans le sens contraire des aiguilles d’une montre (suisse?). «C’était horrible», a résumé Vincent Kucholl, qui ne portait pas de casque et est arrivé en nage dans les studios de TV5 pour une interview.

Une fois sur scène, les deux comédiens ont à nouveau pris des risques, mais pas les mêmes sueurs froides, lors des quatre représentations prévues le week-end dernier du côté de la Place de Clichy. Encore une gageure!

«Montrer ce que nous faisons en Suisse»

«Nous venons rencontrer les Parisiens, leur montrer ce que nous faisons en Suisse», a expliqué Vincent Veillon la veille de la première, dans le salon d’un hôtel du quartier de Pigalle. Autant dire que la tâche de faire découvrir la Suisse, «cet îlot de prospérité qui rayonne dans le monde entier», pour reprendre leurs propres termes, n’était pas gagnée d’avance pour le duo. La fondue a pourtant pris. «J’ai découvert l’humour suisse», s’est émerveillée Bénédicte à la sortie du spectacle. Une Française qui s’est rendue au théâtre avec son mari, à l’invitation de leur fille qui a épousé… un Helvète. «C’était à la fois drôle et instructif», renchérissait son mari Sébastien, visiblement ravi. «Une belle performance d’acteurs et un spectacle très dynamique.»

Forte présence suisse

Des commentaires encourageants, comme la fréquentation de ces quatre premières représentations. Le duo qui remplit les salles sans problème dans son pays, ne cachait pas sa satisfaction puisque L’Européen, un amphithéâtre de 360 places, affichait pratiquement complet. Il est vrai que la diaspora romande de Paris s’est déplacée massivement pour ces représentations.

Une émission de radio

«120 secondes», ou tout simplement «120», est une émission de radio sous forme de chronique humoristique animée par Vincent Kucholl et Vincent Veillon de 2011 à l'été 2014.

Constituée d'interviews de personnalités fictives, sur des sujets d'actualité, l'émission est diffusée tous les jours de la semaine sur Couleur 3 (RTS).

L'émission a rencontré un vif succès dès sa création et les deux comédiens ont reçu le «Prix Pathé» de la critique de cinéma catégorie médias électroniques (10'000 francs) en janvier 2014 aux Journées de Soleure, le festival du cinéma suisse.

La plupart des Français présents, à l’image de Bénédicte et Sébastien, étaient invités par des relations qui souhaitaient leur faire découvrir des facettes méconnues du pays voisin. «Un copain a pris les places et m’a fait la surprise», a affirmé Laurent, lui aussi ravi de découvrir les Suisses autrement que sur les pistes de ski l’hiver. «Ils sont sérieux, mais ils savent rire d’eux-mêmes. C’était une soirée très pédagogique, un spectacle tip-top comme on dit là-bas», a-t-il ajouté.

La représentation a débuté par une présentation un peu longuette de la Suisse, de son histoire et de ses institutions. Mais cette introduction a permis au public français de découvrir un système qu’il traite souvent avec condescendance. «Après un spectacle comme celui-là, on comprend mieux les Suisses», a assuré Laurent.

Le public a surtout ri aux éclats avec des personnages comme l’économiste Reto Zenhäusern ou encore le militaire Karl-Heinz Inäbnit, comme s’il se solidarisait avec les Romands face à des Alémaniques caricaturaux. «C’est vrai qu’ils ne font pas de cadeaux aux Suisses», a constaté Christophe, un «Frouze» comme il s’est lui-même présenté après avoir découvert le mot pendant le spectacle. «Il y a beaucoup d’autodérision et ils donnent une autre image de leur pays», a-t-il ajouté, soulignant notamment la scène du rappeur qui se la joue banlieusard du 93 (Seine-St-Denis) dans l’un des pays les plus riches du monde.

Mettre en avant les différences

«Il y a plus de moqueries sur les Suisses que sur les Français. Heureusement!», rigolait Marie, qui était accompagnée par deux amis helvètes. Pour les deux Vincent, l’idée n’était pas de débarquer à Paris pour se moquer des Français. «Ils en prennent déjà assez comme ça sur la gueule, a ironisé Kucholl. Ce serait inutile d’être frontalement et vulgairement méchants avec les Français. C’est plus rigolo de mettre en avant les différences.»

Les deux humoristes ont raccourci leur spectacle tourné en Suisse pour le présenter à Paris, en le faisant passer de 2 heures à 1h40. «Nous avons aussi apporté des adaptations pour le public français en tenant compte également des remarques du public lors de trois représentations à Evian en septembre», a expliqué Veillon. Et ces adaptations, ce sont surtout des moqueries sur les voisins d’en face. Des piques qui n’ont pas vexé Christophe. «Ils ne sont pas méchants avec les Français», a-t-il déclaré. Il n’empêche que l’Hexagone en a pris pour son grade. Les deux humoristes ont fait des allusions à peine voilées à François Hollande en scooter et casqué, aux pauvres qui n’ont plus de dents ou aux intermittents du spectacle qui menaçaient d’interrompre la représentation.

A l’applaudimètre, c’est tout de même l’affaire Cahuzac qui l’a emporté. «Il n’y avait qu’un seul tricheur et vous l’avez trouvé. Quelle chance!», a ironisé Reto Zenhäusern, déclenchant l’éclat de rire de la soirée. Et pour conclure, Vincent Veillon s’est permis une autre allusion bien sentie. «Merci pour ce moment, comme on dit chez vous», a-t-il lancé, reprenant le titre du livre de Valérie Trierweiler, ex-première dame de France.

Dates supplémentaires en novembre

Pour les deux Vincent, cette aventure parisienne se prolongera du 17 au 26 novembre avec neuf dates supplémentaires à l’Européen. Ils démentent avoir l’intention de se lancer dans une carrière en France comme leur compatriote Gaspard Proust. «Nous avons un projet qui commence à la télévision suisse le 16 janvier et je me vois mal les appeler pour leur dire qu’on reste à Paris», a assuré Veillon. 

swissinfo.ch

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