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En Israël, la crise gouvernementale est programmée

Israéliens, Palestiniens: «Nous sommes comme des frères siamois», dit Elie Barnavi.

(swissinfo.ch)

Le leader d'extrême-droite Avigdor Lieberman a obtenu la direction de la diplomatie israélienne dans le prochain gouvernement israélien. Le point de vue de l'ancien ambassadeur d'Israël Elie Barnavi, invité à Genève par le Festival du film sur les droits humains.

Benyamin Netanyahou, le Premier ministre désigné par la présidence israélienne suite aux élections législatives du 10 février, négocie la composition de son gouvernement qu'il doit présenter d'ici le 3 avril prochain.

En position de force avec 15 sièges à la Knesset (le parlement israélien), le chef du parti 'Israël Beiteinou', formation laïque d'extrême droite, a signé un accord avec le leader du Likoud pour occuper le poste de ministre des affaires étrangères.

Ancien ambassadeur d'Israël en France et membre du mouvement 'La paix maintenant' et du parti de gauche Meretz, l'historien Elie Barnavi commente ces derniers développements.

swissinfo: La probable nomination d'Avigdor Lieberman au poste de ministre des Affaires étrangères est-elle une fuite en avant ou une manière de se positionner en vue des négociations voulues par le puissant allié américain?

Elie Barnavi: Ni l'un, ni l'autre. Arrivé en 3e position aux dernières élections, Avigdor Lieberman est devenu incontournable. Cette nomination découle des marchandages et des chantages au sein de la coalition issue des élections et non d'une quelconque stratégie.

swissinfo: Cette nomination n'est donc pas un message adressé à la communauté internationale?

E.B.: Avigdor Lieberman a simplement obtenu ce qu'il exigeait. Benyamin Netanyahou (Likoud/droite) fait figure d'homme de gauche dans ce gouvernement en formation. Et la dernière chose qu'il voulait, c'est de nommer Lieberman à ce poste. Mais il n'avait guère d'autres choix que de s'allier à l'extrême droite, puisque le parti Kadima ne voulait pas entrer dans sa coalition.

De toute manière, ce futur gouvernement ne tiendra pas longtemps. Les gros ennuis judiciaires de Lieberman (NDLR : il est impliqué dans une affaire de blanchiment) le pousseront sans doute à quitter le gouvernement, la police assurant avoir d'excellentes raisons pour l'inculper.

Et même s'il restait, il serait incapable de conduire une politique étrangère qui tienne la route face à la nouvelle administration américaine. Il faut donc s'attendre à une crise gouvernementale très rapidement et le retour d'une coalition plus large avec les Travaillistes et le parti Kadima.

swissinfo: La colonisation dans les territoires palestiniens continue. N'a-t-on pas atteint un point de non-retour dans la perspective d'une rétrocession des territoires occupés?

E.B.: J'espère que non. Depuis des années, nous faisons du sur-place diplomatique et c'est sans doute le dernier moment de régler ce conflit par la négociation et le compromis.

Tout repose aujourd'hui sur l'ami américain. Si les Etats-Unis ne font pas preuve d'une détermination sans faille, la solution des deux Etats risque de devenir impraticable. Nous entrerons alors dans un trou noir.

swissinfo: L'arrivée de Barack Obama à la tête des Etats-Unis nourrit-elle une nouvelle approche du conflit en Israël?

E.B.: Les positions des uns et des autres sont connues depuis fort longtemps. Celle des Etats-Unis n'a pas changé avec leur nouveau président. Ils sont favorables à la solution des deux Etats et à l'arrêt de la colonisation. Ce qui peut changer, c'est leur détermination à la mettre en œuvre. Une volonté et une capacité politique qui manque en Israël, comme chez les Palestiniens.

swissinfo: Le camp de la paix auquel vous appartenez peut-il rebondir?

E.B.: L'ensemble de la gauche sioniste qui a bâti l'Etat d'Israël a connu une défaite historique. Mais ses idées ont gagné. Depuis plusieurs années, une grande majorité d'Israéliens est pour un Etat palestinien, pour la restitution des territoires occupés et même la division de Jérusalem. Dans le même temps, ils votent à droite et à l'extrême droite.

Ce paradoxe est la résultante d'une offre politique déficiente et d'un rejet de la classe politique. Nous sommes face à l'incurie d'une classe politique israélienne sans imagination et sans courage et d'une politique suicidaire et de terrorisme aveugle de certains mouvements palestiniens.

swissinfo: Il y a donc une similitude dans le vote des Palestiniens en faveur du Hamas et des Israéliens pour l'extrême-droite...

E.B.: Nous sommes comme des frères siamois. Quand l'un bouge, l'autre suit. Il y a une espèce de mimétisme et de parallélisme imposé par la situation elle-même.

De plus, nous sommes encore dans une région politiquement sauvage. Raison pour laquelle je pense depuis longtemps que nous ne nous en sortirons pas tout seuls, pour autant que la communauté internationale fasse de la politique et non de l'incantation humanitaire. C'est pourquoi je compte sur les Américains et moins sur l'Union européenne.

swissinfo: La diplomatie suisse est-elle hors-jeu au Proche-Orient, comme certains politiciens suisses l'affirment?

E.B.: Il y a toujours un rôle pour des pays neutres à vocation diplomatique, comme la Suisse ou la Norvège. Or, ce qui a commencé avec l'Initiative de Genève n'est pas terminé. Pour la première fois, nous avons dessiné un modèle complet de traité de paix en bonne et due forme. Et tout accord de paix futur ressemblera peu ou prou à l'initiative de Genève. C'est déjà un résultat énorme.

Le problème de la Suisse est d'avoir pas mal de carottes, mais pas de bâtons. Or pour terminer un processus de ce genre, il faut des bâtons que seules les grandes puissances possèdent.

Interview swissinfo: Frédéric Burnand et Carole Vann/Infosud

Gaza, et après?

Le 7e Festival du film et forum international sur les droits humains a organisé ce lundi un débat sur le conflit israélo-palestinien avec les participants suivants:

Elie Barnavi, historien israélien, membre du Mouvement 'La Paix Maintenant'.

Leïla Chahid, déléguée générale de l'Autorité Palestinienne pour l'Union Européenne.

Bernard Guetta, journaliste, spécialiste de géopolitique

Un débat accompagné de Gaza-Sderot, Chroniques d'avant guerre, un documentaire sur le vécu des hommes, des femmes et des enfants à Gaza (Palestine) et Sderot (Israël).

Le FIFDH se tient jusqu'au 15 mars à la Maison des arts du Grütli. Il porte la parole de ceux qui peinent à se faire entendre au Conseil des droits de l'homme, en session à Genève jusqu'au 27 mars.

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