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L'esprit «dada» habite toujours Zurich

Zurich veut installer une grue portuaire au Limmatquai, pour une période limitée et en tant qu'intervention artistique. Un exemple qui s'ajoute à la longue liste des projets dignes de l'esprit «dada» né ici. Dada... ou gaga, selon les sceptiques...

Comme l'a joliment titré le quotidien Tages-Anzeiger, Zurich a ses «dénigrements préférés», les choses ou personnes au sujet desquelles les habitants adorent se plaindre et qu'ils adorent critiquer.

L'art dans l'espace public offre, selon le journal, une «garantie à 100% de susciter des dénigrements chez le plus grand nombre», avec des adjectifs dépréciatifs tels que «étranger, cher, inutile».

Le projet «zürich-transit-maritim» en est le parfait exemple. Fin janvier, une commission ad hoc l'a choisi sur une soixantaine d'autres candidats prêts à «intervenir» artistiquement sur l'ancienne place de la halle des bouchers, au Limmatquai, une halle rasée en 1962.

Juste à côté du Rathaus qui accueille les séances des parlements de la ville et du canton, le long des maisons des très bourgeoises corporations, c'est une grue d'environ 50 mètres qui devrait se dresser en 2011, et pas n'importe quelle sorte de grue: une grue portuaire.

Les gabarits ont été posés le 19 août. Le projet sera publié dans la feuille officielle, ouvrant ainsi une période de recours, fin août.

«Eveiller l'envie de mer»

Avec «zürich-transit-maritim», les artistes et architectes Jan Morgenthaler, Barbara Roth, Martin Senn et Fariba Sepehrniav veulent «éveiller l'envie de mer» chez les Zurichois.

«Zurich est la plus belle ville du monde, s'enflamme Jan Morgenthaler. La seule chose qui nous en fait partir, c'est l'absence de mer.»

Déjà responsable du déménagement temporaire de sculptures publiques au cours des années 90, l'artiste est intarissable: «On trouve encore des vestiges de la dernière ère maritime à Zurich, il y a 60 millions d'années...»

«Et avec la fonte des glaciers et le réchauffement climatique, la mer pourrait à nouveau atteindre notre ville», déclame l'artiste, en concluant: «La grue du port sera comme un éclat de verre d'une nouvelle réalité...»

600'000 francs «pour ça...»

Le projet suscite des réactions pour le moins contrastées. Les commerçants et cafetiers du quartier ont d'abord fait la grimace et certains la font encore, malgré les réunions d'informations de la ville.

«Certains de nos membres trouvent le projet amusant, commence prudemment René Spahn, directeur de l'Association des commerces du Limmatquai. Moi, personnellement, je trouve que c'est dommage de dépenser 600'000 francs (le budget de l'intervention, ndlr) pour ça...»

Cette passante interrogée secoue aussi la tête, presque avec dédain. «Une grue, non merci. Mais je n'ai rien à dire.»

Cabaret Voltaire tout proche

Dada ou gaga, la grue du Limmatquai? Le mouvement né en 1916 autour de Tristan Tzara, dans le Niederdorf, fait en tout cas toujours des vagues. Du reste, un projet de vagues artificielles dans la Limmat, lancé par des amateurs de surf, refait régulièrement surface dans les journaux.

Il y a aussi les interventions de l'artiste Dieter Meier, du groupe Yello, qui, avec son association «des maîtres de rien» sème des traces presque invisibles dans la ville, telles que dorures de balustrade ou de plaques d'égoût...

Le Cabaret Voltaire lui-même est à nouveau actif, sauvé même par une votation populaire. Il organise régulièrement des «événements» au goût de provocation, comme de mettre le feu à des billets de banque.

Bien sûr, Zurich n'a pas l'apanage des gestes fous. Mais que ce soit les autorités elles-mêmes qui, parfois, les plébiscitent, n'est pas si fréquent.

Plusieurs étapes

Ainsi, sans être aussi lyrique que Jan Morgenthaler, le groupe de travail «Art dans l'espace public» du Département municipal des travaux publics n'est de loin pas insensible à sa poésie. Le jury qu'il avait mis en place avait choisi un «conte se basant sur une réalité tangible, puisque des navires étaient construits à Zurich» mais aussi un projet pouvant déclencher une «insécurité fructueuse».

«Zurich-transit-maritim» se construira peu à peu. Une première intervention, dès novembre, consistera à placer quatre bittes d'amarrage le long du Limmatquai.

Ensuite sera installée la base de la grue. Enfin, une corne de brume retentira une fois par semaine comme pour annoncer l'arrivée des grands bateaux.

La grue sera visible en 2011, mais toute l'action, avec les plots et la corne de brume, durera jusqu'en 2014 au moins.

«Nous ne voulons pas choquer, mais susciter une discussion sur l'avenir de cet endroit, explique Marcel Lippuner, chef de projet pour la ville. Lorsqu'ils le comprennent, les gens deviennent souvent enthousiastes.»

Comme la Tour Eiffel?

Actuellement, la recherche de la grue, qui sera louée, bat son plein. Elle doit être ancienne, car les nouvelles grues n'ont plus ce côté «animal», comme dit la sculptrice Barbara Roth, qui y voit un dinosaure.

L'animal tranchera assurément avec l'architecture patricienne du Limmatquai, dont il ne serait finalement pas étonnant que les propriétaires finissent par voir l'intérêt promotionnel du projet... Jan Morgenthaler prévoit même que, lorsqu'il faudra démonter l'engin, «comme pour la Tour Eiffel, un comité «Sauvez la grue» verra le jour...»

Ariane Gigon, swissinfo.ch à Zurich

ZURICH «MARITIME»

Piétons. Transformé partiellement en zone piétonne en 2004, le Limmatquai – la rue qui borde, grosso modo la Limmat entre le lac et la gare, n'est pas encore complètement réaménagé.

Rathaus. La ville veut notamment trouver une solution pour l'endroit où se dressait, jusqu'en 1962, la halle des bouchers, juste à côté du Rathaus.

Echec. Un projet de cube en verre, très contesté, a été abandonné.

Décision. La ville a alors lancé un concours international. Le jury a choisi «zürich-transit-maritim» sur 57 projets de Suisse et de l'étranger.

Futur. En créant un aperçu de port de haute mer, avec une grue d'environ 50 mètres de haut, les artistes veulent dessiner une «archéologie du futur» en éveillant le «goût de la mer» qui, réchauffement climatique oblige, pourrait recouvrir de larges pans de continents...

Inquiétudes. Les commerçants ne sont pas tous enthousiastes. La ville leur a répondu qu'aucune chaise ne serait supprimée des terrasses et que la corne de brume qui fera partie de l'installation ne résonnerait que 5 secondes par semaine.

Durée. Si elle n'est pas stoppée par d'éventuels recours, l'intervention durera jusqu'en 2014 ou 2015.

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