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Pole muséal genevois Marc-Olivier Wahler: «L’art m’est venu par passion»

(© Keystone / Martial Trezzini)

Curateur et directeur de grandes institutions muséales dans le monde, le Neuchâtelois Marc-Olivier Wahler est depuis le 1er novembre à la tête des Musées d’Art et d’Histoire (MAH) de Genève. Son expérience internationale est un atout. Portrait.

C’est un homme qui bouillonne d’idées et de projets. Nous l’avions constaté il y a quelques années déjà à l’occasion d’un entretien qu’il accordait à swissinfo.ch. Marc-Olivier Wahler mettait alors sur pied une exposition itinérante, «Chalet Society», qui a parcouru plusieurs grandes villes occidentales, présentant à chaque halte des créateurs d’art moderne et contemporain, vedettes ou jeunes pousses, méconnus ou inconnus

Depuis, l’enthousiasme de Marc-Olivier Wahler n’a pas faibli. On le remarque encore aujourd’hui chez ce passionné qui depuis le 1er novembre dirige les Musées d’Art et d’Histoire (MAH) de GenèveLien externe. Avec la volonté de donner une jeunesse vibrante à cette institution qui repose sur une organisation fortement hiérarchisée. Il en a les moyens, intellectuels et matériels.

Le goût de l’élégance 

De la philosophie et des beaux arts qu’il a étudiés, Wahler a gardé le goût de l’élégance, celle qui vous vêt et orne votre pensée. Vous lui dites qu’il est distingué, il détourne le compliment en citant un dicton japonais: «On mange pour soi et l'on s’habille pour les autres». Son sens de la formule fait mouche. Vous comprenez vite qu’il ne faut pas insister sur les sujets liés à la sphère intime. L’homme est bienveillant, mais il y a chez lui la hauteur d’un ambassadeur qui vous tient à distance.

On saura donc peu de choses de sa famille. Quelques informations néanmoins livrées rapidement, les yeux fixés un instant - comme pour échapper à votre regard - sur les murs blancs d’une salle de réunion au Musée Rath de Genève. C’est là qu’il nous reçoit. Le Rath vient de passer sous sa houlette ainsi que la Maison Tavel et le Musée d’Art et d’Histoire. Le tout formant un ensemble muséal genevois (aujourd’hui réparti sur trois quartiers de la ville) qui, dans neuf ans, sera regroupé sur un seul et même site. Il ouvrira donc ses portes en 2028, après trois ans de travaux.

Situé au cœur de la vieille ville de Genève, le Musée d’art et d’histoire figure parmi les plus grands musées de Suisse.

(© Keystone / Martial Trezzini)

New-York, Paris, Michigan

En attendant, retour à notre salle de réunion. «Je ne suis pas né dans une famille d’artistes, mon père était ingénieur et ma mère travaillait dans le domaine du secrétariat. L’art m’est venu par passion», confie cet ancien conservateur du Musée cantonal des Beaux-Arts à Lausanne. Quand il cofonde en 1995 le CAN (Centre d’Art Neuchâtel), il a 31 ans. Marc-Olivier Wahler, lui-même neuchâtelois, se procure alors l’accès à un avenir prometteur. Il est appelé à diriger des institutions de renommée mondiale, comme le Palais de Tokyo à Paris et le MSU Broad Museum, dans le Michigan (États-Unis).

Sa ville natale, il la quitte à 35 ans pour New-York. Là-bas, commence sa carrière internationale. Il prend la tête du Swiss Institute, dédié à l’art contemporain dont la mégapole américaine est friande. «C’était un lieu d’échanges et de création extraordinaire. Il était évident pour moi qu’il fallait en élargir l’horizon, ne pas se contenter d’artistes suisses, mais ouvrir également l’Institut à ceux qui savent changer votre regard sur une oeuvre».

Un esprit analytique

Le regard. Presque une obsession chez Marc-Olivier Wahler. Il insiste sur ce thème, y revient à plusieurs reprises, dit qu’il sera au coeur de sa prochaine entreprise. Armé d’un esprit analytique qui examine les chances de réussite d’un projet, comme ses possibilités de déroute, il lâche: «Dans la presse ou ailleurs, on entend souvent parler du musée du futur. Mais qu’est-ce que ce musée-là? Personne ne le sait. Moi non plus d’ailleurs. J’ai 10 ans pour réfléchir à cet ensemble muséal. Si j’en établis le mode de fonctionnement maintenant, il sera obsolète au moment de son ouverture. Je peux vous dire en revanche comment je vois la programmation. Elle sera axée sur la multiplicité des regards qui permet une plus riche interprétation d’un tableau, d’une sculpture». Que faut-il comprendre ici?

«On ne peut pas rester dans le modèle du musée-église que l’on avait au XIXe siècle»

Marc-Olivier Wahler

Fin de la citation

«J’entends confier, par exemple, à un artiste contemporain le soin de monter, avec sa vision à lui, une exposition sur la peinture du Moyen-Âge ou du XVIIe siècle, répond Wahler. Vous savez, l’art c’est un peu comme la Suisse, il se lit en creux». Ah bon! Comment ça?

Un ADN multiple

«Je veux dire par là qu’on ne peut pas réduire la Suisse à une identité unique, coulée dans du béton. Notre ADN est multiple, il nous donne une large palette de ‘couleurs’ nationales qui se complètent et s’enrichissent mutuellement. Idem pour l’art: les époques et les espaces doivent s’y croiser sans contraintes». C’était dans ce sens qu’allait la célèbre formule de Ben, tant décriée: «La Suisse n’existe pas». Et c’est dans le même sens que va le livre de Michel Thévoz L’Art suisse n’existe pas, publié l’an dernier.

Après plusieurs années passées à l’étranger, Marc-Olivier Wahler se dit heureux de retrouver son pays, «qui a beaucoup changé». Ce qui demeure, c’est ce côté «fou» des Suisses, dit-il, dont parle l’auteur genevois Nicolas Bouvier, et qui détrône tous les clichés sur la raideur helvétique. Wahler est confiant: il pourra dégeler l’austérité des Musées d’Art et d’Histoire. «Le public comprendra, je le sais, qu’on ne peut pas rester dans le modèle du musée-église que l’on avait au XIXe siècle».

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