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Récit de voyage Regard d’une jeune humanitaire suisse sur la Syrie d’«avant»

En 2013, après un raid des forces loyales au président syrien Bachar el-Assad, Raqqa a bien changé depuis que Sarah Chardonnens y avait acheté sa moto en 2010 pour rentrer en Suisse. 

(Reuters)

Jeune humanitaire de 30 ans, la Suissesse Sarah Chardonnens publie son premier livre «Parfum de jasmin dans la nuit syrienne». Un récit de voyage au bord de l’Euphrate et de l’abîme et un coup de poing donné par une femme de terrain.

Sur la Syrie, les récits de voyage écrits par de jeunes Suissesses téméraires se suivent et se ressemblent… un peu. En janvier dernier, l’auteure genevoise Aude Seigne posait dans «Les Neiges de Damas» (Zoé) son regard libre sur un pays aujourd’hui en guerre, confronté aux multiples cultures qui enrichissent son passé et compliquent son présent.

Tout aussi libre est le regard de la Vaudoise Sarah Chardonnens qui publie aujourd’hui «Parfum de jasmin dans la nuit syrienne» (L’Aire). Les deux femmes ont 30 ans: même maturité, même lucidité sociopolitique, même goût du voyage et de l’aventure, à l’image de leurs célèbres devancières suisses Ella Maillart et Annemarie Schwarzenbach.

Sarah Chardonnens parcourt 6000 kilomètres pour rentrer de Syrie en Suisse: arrêt à Istanbul en juin 2011.

(Sarah Chardonnens)

Mais si Aude Seigne donne à son récit des atours littéraires, Sarah Chardonnens, elle, reste une femme de terrain. Sa «nuit syrienne» est tout sauf un spleen. Ni lyrisme, ni épanchements philosophiques, mais «un récit de vie», confie-t-elle, réaliste, haletant et tremblant comme cette réalité syrienne qu’elle a vécue au début de la rébellion puis de la guerre. Comme aussi ce périple à moto qu’elle fera d’Alep à la Tour-de-Peilz (Vaud), en passant par la Turquie, la Grèce et l’Italie. Mais ne brûlons pas les étapes! 

Les souvenirs, une nécessité

En Syrie, Sarah débarque donc en septembre 2010. Elle a 25 ans. Jeune humanitaire, elle est alors engagée par la DDC (Direction du développement et de la coopération suisses) pour un stage à Damas qui s’achève en juin 2011. Neuf mois qui vont lui permettre de découvrir «un magnifique pays» au bord d’une très grave crise, de s’y faire des amis et de constater que «malgré la tragédie qui se prépare, jamais le sourire ne quittera les lèvres des Syriens qu’elle côtoie».

Elle reviendra trois fois à Damas en 2012, à titre personnel. «On ne planifie pas d’aller à Damas, écrit l’auteure. Un jour on y va. C’est tout. Puis on y retourne. Encore. Toujours. Comme une nécessité.» Et les souvenirs eux aussi reviennent comme une nécessité en ce jour de mai, au Salon du livre de Genève où rendez-vous a été pris avec Sarah Chardonnens. Elle ne parlera pas de son travail d’humanitaire, tenue qu’elle est par le secret professionnel. Alors va pour les souvenirs, accompagnés, dans le livre comme au cours de l’entretien, d’une réflexion alerte sur la situation sur place.

Sarah Chardonnens

Née en 1985 à la Tour-de-Peilz (Vaud), d’un père suisse et d’une mère italienne. Ses parents «n’étaient pas véritablement attirés par l’Orient», avoue-t-elle, mais ils lui ont donné «un socle de stabilité», l’encourageant toujours dans ses projets.

En 2007, elle obtient son Bachelor en sciences politiques à l’Université de Lausanne et part en 2008 à Paris pour poursuivre ses études à l’Institut des Sciences politiques, avec mention «Relations internationales». Là, on lui enseigne que «la démocratie n’est pas du café soluble». Une phrase-clé qui reviendra dans son livre.

En 2009, elle accomplit sa première mission avec la DDC au Maroc, puis en Syrie (2010-2011). Puis elle accomplit trois autres missions avec l’ONU: en Ethiopie et au Liban (2012) et en Irak (2013-2014). Aujourd’hui, elle est membre du Corps suisse d’aide humanitaire.

«Parfum de jasmin dans la nuit syrienne», son premier livre, est publié chez L’Aire (Vevey).

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Travailler pour manger

Retour à Damas donc. A l’Université, Sarah suit des cours d’arabe. Les premiers mouvements de révolte commencent début 2011, et les commentaires vont bon train. «Les étudiants me disaient: ‘La démocratie, c’est mettre en œuvre la politique américaine’, raconte-t-elle. Pour les Syriens de mon âge, une seule chose comptait: trouver un travail à la sortie de l’université.»

«Cette simple réalité échappait à nos journalistes qui ont une vision très occidentale de la démocratie, poursuit-elle. Pour les sociétés européennes, pacifiées et stabilisées, la démocratie signifie liberté d’expression, égalité de chance et de salaires entre hommes et femmes, etc. Or pour les pays du Proche-Orient, ces droits-là ne sont pas une priorité. Ce qui l’est, c’est avoir un job pour pouvoir se nourrir.»

L’expression «Printemps arabe», présente alors sur toutes les lèvres des commentateurs occidentaux, l’exaspère déjà à l’époque. «Je ne comprenais pas comment on pouvait mettre dans le même sac les révoltes syrienne, égyptienne, tunisienne, libyenne… Faire un amalgame entre tous ces pays à l’Histoire et aux cultures si différentes, c’est apporter la preuve d’une grave méconnaissance de chaque région», souligne-t-elle. Et c’est aussi multiplier les erreurs dans la solution des problèmes, voudrait-on ajouter.

Un bourbier

Inutile de rappeler l’évolution, désastreuse depuis lors, de la situation en Syrie aussi bien qu’en Irak. La radicalisation y est meurtrière. Les assassins de Daech (Etat islamique) font la loi aujourd’hui dans des villes du bord de l’Euphrate. Raqqa, entre autres, située à l’est de la Syrie, où Sarah achète sa moto en 2010. Une moto rouge avec laquelle elle va parcourir 6000 km pour rentrer en Suisse, après son stage à Damas. Vingt jours de traversée. Autant dire une épopée homérique. Mais pour la raconter, il faut un autre article.

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Les mois passent. En 2013, la jeune femme est envoyée en Irak. Elle s’y rend en tant qu’humanitaire, mais avec l’ONU cette fois. Elle y restera vingt et un mois, assistera, de loin, au délitement de la Syrie et verra de près le bourbier irakien. Elle se souvient: «Une nuit d’août 2014, alors que nous sommes dans le nord, à Erbil (capitale du Kurdistan irakien, Ndlr), on nous demande d’évacuer les lieux rapidement. Daech est à 20 km de là. Quarante huit heures ont suffi à l’armée américaine qui est intervenue, manu militari, cette même nuit et les nuits suivantes pour contrer l’avancée des islamistes.»

Dans les villes syriennes de Raqqa et de Deir ez-Zor, les islamistes continuent de sévir. Les repoussera-t-on? «Les intérêts financiers internationaux au nord de l’Irak ne sont pas les mêmes qu’en Syrie», constate, désolée, Sarah Chardonnens.

swissinfo.ch

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