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Vivre en Suisse Une île de bienheureux

Par
Feu du 1er Août

Un feu du 1er Août sur la montagne. Otto Lampe a littéralement été séduit par la Suisse.

(Keystone)

Même si nous avons travaillé dur, le temps que j’ai passé en Suisse comme ambassadeur d’Allemagne m’apparaît rétrospectivement comme une seule grande fête. Déclaration d’amour à la Suisse. 

J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir passer les quatre dernières années de ma vie professionnelle dans la belle Suisse. En regard des errances de l’Europe et du reste du monde, nous vivons en Suisse sur une île de bienheureux. Un tel degré de stabilité politique, de coresponsabilité de la société civile, de prospérité économique et de paix sociale semble unique. 

Otto Lampe, ambassadeur d’Allemagne en Suisse et au Lichtenstein, de 2013 à fin 2017

(Daniel Rihs)

Au début de ma carrière, j’aurais peut-être souhaité avoir un poste plus exotique. La Suisse est toutefois plus exotique qu’on ne le pense. Cela n’est pas seulement valable pour le multiculturalisme du pays mais aussi pour les particularismes à l’intérieur d’une même région linguistique: le carnaval de Bâle, l’Albanifest à Winterthour, la Marché aux oignons de Berne (Zibelmärit), la fête du Sechseläuten à Zurich (traditionnelle fête du printemps), la Bochselnacht à Weinfelden (coutume enfantine avant Noël) ou la Fête des Vignerons (à Vevey): la diversité culturelle est aussi inépuisable que vivante. A cela s’ajoute aussi le large spectre linguistique, du dialecte alémanique bâlois au valaisan, en passant par les patois. 

Celui qui – venant du Nord – voit la Suisse comme un prolongement de l’Allemagne n’a absolument pas compris la Suisse. 

Superpuissance humanitaire 

Réussir à passer d’une extrême pauvreté à une prospérité durable en l’espace de quelques générations seulement, grâce à un travail acharné, à la créativité, la discipline, le bon sens et un peu de soutien externe, tout comme parvenir à établir une nation fonctionnelle fondée sur la volonté politique après des siècles de conflits sanglants, grâce à un équilibre régional plus ou moins équitable, une organisation décentralisée, la subsidiarité et une administration efficace, ne sont que deux modèles explicatifs (mais tout de même importants) du succès sans précédent de cette société. 

Quel pays à succès dans le monde est gouverné par seulement sept ministres? Je connais des pays qui se permettent d’avoir 25 ministres, alors qu’ils ne génèrent même pas un cinquième du PIB de la Suisse. Sans parler des hordes de secrétaires d’Etat et autres dignitaires. Le modèle à succès de la démocratie directe joue naturellement aussi un rôle majeur. J’en suis devenu un grand fan au cours des quatre dernières années. En Allemagne, on la réduit volontiers à ses éléments plébiscitaires. On occulte ainsi le fait que – malgré les critiques – elle se base encore sur un système de milice qui fonctionne toujours bien ainsi que sur la continuité de l’exécutif, qui est également garanti par les élections. Celui qui fournit un bon travail pour la nation peut très bien rester 10 ou 15 ans au gouvernement; voici une méritocratie établie sur des principes démocratiques, qui rassemblent les tendances politiques prépondérantes et dont les membres travaillent dans un système d’équilibre orienté vers le consensus. 

En Suisse, on est modeste. On ne vante pas volontiers ses propres mérites. Toutefois, on peut aussi ajouter au tableau d’ensemble le fait que la Suisse n’est pas seulement un modèle de réussite économique et sociétale. Elle est aussi une superpuissance humanitaire. Plusieurs éléments le confirment: la présence la plus importante au monde d’organisations humanitaires sur son territoire, du Comité International de la Croix-Rouge, de projets de médiation réussis, le développement du droit international humanitaire en terre helvétiques de nombreuses années de mandats de protection, ainsi que sa réputation mondiale de médiateur neutre et objectif. 

Politiciens modestes et accessibles

Comparé aux autres pays, le poids de la politique fédérale est moins important, ce qui est particulièrement réjouissant. Une sorte de «res publica allégée». Cela s’exprime aussi – en comparaison internationale – par l’attitude extrêmement modeste des politiciens suisses. Pas de gigantesques équipes de collaborateurs, pas de grosses limousines, pas de sécurité impérieuse. Les députés et les ministres de tous les partis sont pour la plupart sans fatuité et accessibles à tout moment. Leur numéro de téléphone figure sur leur carte de visite et on peut se tutoyer facilement. 

Cela vaut aussi pour les fonctionnaires de la Direction du développement et de la coopération (DDC): en règle général sympathiques, humbles et compétents. Et, malgré toutes les plaintes sur la bureaucratie croissante: le haut niveau d’efficacité dans la politique et l’administration est impressionnant. Dans quel autre pays peut-on débattre ouvertement sur la question de savoir si les ministres devraient pouvoir se garer gratuitement devant leur ministère? A Berne, on peut se retrouver à côté d’un conseiller fédéral à la caisse, lorsqu’on fait ses courses à la Migros. Et personne n’en fait une histoire. C’est aussi la marque d’une bourgeoisie émancipée. Un système hautement efficace, une référence en matière de pratiques exemplaires pour les démocraties développées dans notre monde postindustriel. 

Et puis, il y a naturellement les piliers fondamentaux: un système, dans lequel le «dēmos» (le peuple) et le «kratós» (le pouvoir) sont reliés entre eux de manière plus crédible que dans les autres démocraties que je connais – plus de 300 votations populaires en à peine 170 ans. Et seulement au niveau fédéral. L’étude des bulletins de votations peut ici devenir un travail à temps partiel. En se rendant aux urnes plusieurs fois par année pour se prononcer sur tous les thèmes possibles à tous les niveaux de l’Etat, le citoyen devient un véritable Souverain. 

Il devient co-responsable de l’exécutif et – malgré toutes les critiques nées au cours des dernières années – ne se rend pas seulement aux urnes pour déverser ses frustrations sur «ceux d’en-haut», mais considère souvent le bien de tous et vote plutôt consciencieusement. C’est au peuple que revient le dernier mot. 

Les visiteurs allemands se montrent toujours incrédules, lorsque je leur raconte que les Suisses ont voté contre une semaine de vacances en plus, contre un salaire minimum et contre l’initiative «1:12». Ici, on a encore un instinct macroéconomique rationnel. Espérons qu’on le conserve. 

La Suisse et l’Allemagne 

L’Allemagne intéresse beaucoup en Suisse. Et vice-versa. Les attitudes envers l’Allemagne varient – selon l’interlocuteur – entre bienveillance, respect, réserve et distance. Les Allemands aiment la Suisse mais les Suisses – du moins la partie alémanique du pays – n’ont aucune envie d’être aimés par les Allemands. Pas trop. Le ciel politique entre les deux pays, par contre, est toujours ensoleillé. 

Certains thèmes récurrents m’ont cependant accompagné, lorsque j’étais en poste à Berne. Il s’agit essentiellement de contrats, qui ont été signés par l’Allemagne mais parfois pas encore ratifiés ou mis en œuvre. Cela concerne d’abord la convention fiscale bilatérale, rendue entre temps obsolète par la mise en œuvre de «la stratégie de l’argent propre» de la Confédération, par l’échange automatique d’informations et une vague de dénonciations spontanées d’Allemands qui pratiquent l’optimisation fiscale. Cela concerne également la dette infrastructurelle de l’Allemagne en lien avec l’aménagement du raccordement à la NTFA (nouvelle transversale ferroviaire alpine) prévue par la Convention de Lugano en 1996, tout comme la mauvaise électrification des chemins de fer du Haut-Rhin. Le sujet déplaisant du bruit des avions, qui a le potentiel de nuire à nos relations, en fait aussi partie. 

L’UE n’a pas la cote 

Les relations bilatérales entre la Suisse et l’UE ont pris une place importante au cours des dernières années. L’Union n’est pas très en vogue en Suisse. Comme dans certains Etats membres, les stéréotypes étranges qui circulent sur le «monstre de Bruxelles» ont ici aussi un rôle dans la construction de l’opinion publique. En outre, il n’y pas une grande propension à vouloir faire partie d’une société dans l’ensemble plus pauvre. 

Otto Lampe

(Daniel Rihs)

L’application de l’initiative «Contre l’immigration de masse» a souvent été un thème encombrant durant les rencontres avec les partenaires suisses. Elle a occupé les représentants des 24 Etats membres accrédités ici à Berne à différentes intensités. La «préférence nationale light» pourrait permettre de sortir du dilemme entre le texte constitutionnel et le maintien des bilarérales. 

Il reste à espérer qu’un moyen pour harmoniser les bilatérales puisse être trouvé grâce aux acquis communautaires. Ici, les attentes suisses pour des raisons évidentes dépendent beaucoup de ses voisins immédiats, en particulier de l’Allemagne. Sincèrement, même en tant que juriste, je n’ai jamais vraiment compris les débats sur «les juges étrangers». Peut-on donc aussi avoir «ses propres juges»? 

Dans tous les cas, c’était pour moi un grand privilège de pouvoir vivre et travailler en Suisse. Le ski dans l’Oberland bernois, les paysages de cartes postales, les trois bises pour se saluer, la vue sur la colline bernoise du Gurten, les jardins de rêve, la natation dans l’Aar et, oui, aussi le dialecte suisse allemand vont indubitablement me manquer. 

Ce qui ne nous manquera pas: les prix, les embouteillages sur l’autoroute A1, les radars – et la NZZ, car heureusement on peut aussi trouver cette dernière à Berlin! 

*Otto Lampe a été ambassadeur d’Allemagne en Suisse et au Lichtenstein, de 2013 à fin 2017. ​​​​​​​

Cet article exprime les points de vue de son auteur, qui ne sont pas obligatoirement ceux de la rédaction de swissinfo.ch.



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