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Zep offre à Titeuf une vraie bonne toile


Par Pierre-Francois Besson


La vie, c'est "pô" facile, constate Titeuf dans un film où il vit un vrai "drame familial". ()

La vie, c'est "pô" facile, constate Titeuf dans un film où il vit un vrai "drame familial".

Le petit bonhomme à la mèche blonde naîtra sur grand écran le 6 avril dans les pays francophones. Plus tard ailleurs, sans doute. Son créateur, le bédéiste suisse Zep, se dit très fier de son premier film. Mais aussi «un peu flippé»…

A 43 ans, Zep garde la banane. Il est pas «trop matisé», comme dirait Titeuf, dont on n’ira pas plus loin dans le pillage de l’œuvre. Non, Zep reste mioche. Il maitrise toujours admirablement le point de vue du gosse.

Mémoire éléphantesque? Espionnage depuis les bosquets des cours d’école? Zep sera vieux un jour, mais en attendant, il a toujours ce sens incroyable de l’observation, cette ingéniosité à mettre en mots et en dessins l’ingénuité et la malice, cette justesse pétaradante pour rendre l’imaginaire de la marmaille.

Il faut bien le reconnaître, Zep confirme aussi son malin plaisir à représenter toute la palette des brises et sécrétions prospérant à la récré et ces trucs encore plus «dégueu» que les adultes se font entre eux... Bref, Zep rigole et jubile. Et c’est contagieux.

Dans le fil des douze tomes des aventures de son héro XS traduit en 23 langues, après des scénarios, des albums collectifs, des livres illustrés, des pochettes de disques et quelques récompenses prestigieuses, le bédéiste suisse débarque sur grand écran.

Contre-pied à la minisérie télé dont il n’avait pas la maitrise au début des années 2000, c’est le premier film de Zep. Un dessin animé en coproduction franco-suisse, qu’il a écrit et réalisé. Un film, un vrai, construit sur un scénario solide, qui ne provoque pas que le rire.

Nadia, elle est pas cool

L’histoire? Titeuf n’est pas invité à l’anniversaire de Nadia. Ce qui, effectivement, n’est «pô» juste. Quant à papa et maman, ça va pas fort… Trame plutôt réaliste et bien sentie, luxuriance des idées, dialogues à la mitraillette, scènes de fantasmagorie jubilatoires: le crayon de Zep n’a pas tremblé.

«Je suis très fier de mon film, confie-t-il. J’ai vraiment pris le temps d’écrire l’histoire que je voulais, les dialogues que j’aimais. D’habitude, j’écris des histoires que je dessine dans la foulée. Pour qu’une histoire puisse m’accompagner pendant deux ans, il faut qu’elle me touche. A l’arrivée, le plaisir est intact.»

Zep a piloté la fabrication du film à partir de Paris, par Skype. Il a encore pu travailler sur un album la première année. Plus ensuite. Le défi, assez rapidement, a consisté à trouver suffisamment de dessinateurs pour l’animation, à partir des dessins préparatoires de Zep. Un deuxième studio à Madrid en plus de Paris, un troisième en Estonie, puis en Ecosse. De fil en aiguille, à une période de la production, dix-huit studios répartis sur la planète travaillaient sur le film.

«On ne peut pas demander aux personnes à l’autre bout du monde d’avoir une conscience du film, explique Zep. Il fallait les coacher très précisément. Je leur fournissais des dessins préparatoires leur indiquant comment sont les ongles de Titeuf, comment sont ses oreilles, comment sa paupière va bouger, pour être le plus exact dans l’émotion et le flux de l’histoire.»

De beaucoup à tout seul

Habitué à la solitude de la table à dessin, ce travail de chef d’orchestre a été le «premier choc» pour Zep. Autre découverte: toute la place que laisse un film pour raconter l’histoire, en jouant sur le son, la musique…

«Le cinéma offre des possibilités narratives que la bande dessinée n’a pas, dit Zep. J’ai aimé faire ça. Mais c’est une telle entreprise que je ne démarrerais pas aujourd’hui un film d’animation. Je suis content de retrouver mon atelier et une certaine solitude.»

Pour autant, Zep a dessiné en deux ans davantage de Titeuf que les quinze ans qui ont précédé. «J’ai appris aussi à faire de Titeuf un comédien. J’ai élargi son jeu d’expressions, d’émotions. Il est devenu un meilleur personnage. Mais c’est infime.»

Fort au crayon, Zep aurait pu devenir rock star s’il avait travaillé un poil plus. C’est Jean-Jacques Goldmann qui le dit. Le fabricant de tubes participe à la BO du film avec toute une flopée de grosses pointures, dont Johnny Hallyday dans une scène héroïque qui pourrait bien devenir mythique.

De la musique de vieux?

«Il n’y a pas que des vieux dans cette BO, assure Zep. Il se trouve que les vieux sont les intervenants très connus. Mais James Blunt est assez connu aussi, qui apporte une touche de mélancolie. Il y a aussi Alex Hepburn ou Toufo, qui va plaire aux enfants. C’est la partie plus potache du film.»

Et les vieux? «Souchon-Bénabar-Goldmann-Cabrel chantent une chanson très titeufienne, selon le dessinateur. C’est un clin d’œil pour les adultes qui viennent voir le film. Pour les enfants, c’est pas des noms qui évoquent grand chose. Mais je me suis fait plaisir aussi, c’est vrai.»

Une aventure, c’est aussi le bilan de l’aventure. «En écrivant ce scénario, en écrivant de nouvelles choses, ça me transforme dans l’image que j’ai de l’adulte que je suis et de l’enfant que j’étais», confie Zep.

«Le film montre des adultes un peu dépassés et Titeuf dans une situation catastrophique, qui s’en sort aussi bien que les adultes, ajoute-t-il. Je trouve rassurante cette idée que nous sommes tous en train de chercher. Les adultes ne sont pas ces personnes ignobles qui cachent la vérité aux enfants.»

L’heure de vérité, pour Zep, c’est le 6 avril. La carrière de son film se jouera largement aux nombre d’entrées ce jour-là. «Quand on a passé deux ans et demi sur un film, et que le jour de la sortie, on décide que huit jours après, on le sort des salles, c’est un cauchemar. Donc je suis un peu flippé, bien sûr.»

Le film

Ecrit et réalisé par Zep, Titeuf Le Film sort en salles dans le pays francophones le 6 avril – en 3D dans les salles équipées. Il a nécessité deux ans de travail.

Les traductions du film, partiellement en cours, dépendront des entrées le 6 avril. Les dates de sortie en Suisse alémanique et ailleurs ne sont pas connues.

Pour le film, Zep a collaboré avec 700 personnes et ensemble, ils ont utilisé 780'000 feuilles de papier, 6800 crayons pour réaliser 200'000 dessins et 1067 décors.

Les voix sont assurées par Donald Reignoux, Maria Pacôme, Jean Rochefort, Zabou Breitman, Mélanie Bernier, Michael Lonsdale et Sam Karmann.

La BO du film aligne des stars comme Johnny Halliday, Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel, Alain Souchon, Bénabar et James Blunt.

Produit par Benoît et Christophe Di Sabatino, le film est une coproduction franco-suisse. Il a coûté 15 millions d’euros. Il est distribué par Pathé Distribution. Durée: 1h27.

Bio express

Philippe Chappuis, alias Zep (pour Led Zeppelin!), s’est assis sur terre le 15 décembre 1967. Depuis, il dessine. Dans la région genevoise toujours, où il habite avec ses enfants et son épouse Hélène Bruller, autre vif crayon de la BD.

En résumé, Zep a créé son premier fanzine baptisé Zep à la fin des années 80. Il est passé par le journal de Spirou à partir de 1985 avant de lancer Titeuf chez Glénat en 1992.

Depuis, il est devenu pô pauvre mais, surtout, il s’est entêté à narguer les zygomatiques des petits et des grands. Et pas seulement dans les douze tomes de Titeuf.

Pour s’en convaincre, saisir Zep sur google, puis zapper Zone d’Ecologie Populaire, Zero Émission Platform et autre Zone d’Education Prioritaire.

swissinfo.ch



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