«Ay! QuiXote», fresque riche en couleurs et significations

Le metteur en scène suisso-colombien Omar Porras adapte au Théâtre de Vidy-Lausanne le célèbre roman picaresque de Miguel de Cervantès.

Ce contenu a été publié le 02 novembre 2001 - 18:19

Juste avant le début de «Ay!QuiXote», une sorte de poussière lourde, un peu blanche, flotte dans l'air et ralentit tout, jusqu'à la respiration de la salle. Tout semble fait d'étonnement, de cet effroi qui accompagne un rêve éveillé troublant.

Le rêve arrive par une voix off qui chante en espagnol, sur le rythme d'une mélopée, «la vie est un songe, des songes rien que des songes». Seule importe désormais la mise en condition du spectateur, voyageur embarqué dans une expédition sensorielle qui rend plus aigu l'amer constat de la chanson (laquelle fait un clin d'œil à Calderon).

Entre profane et sacré

D'emblée, ivresse et scepticisme existentiels se placent au cœur d' «Ay! QuiXote», adaptation lumineuse du «Don Quichotte» de Cervantès qu'Omar Porras offre au public de Vidy en concevant un spectacle baigné, pour commencer, dans l'univers des contes de fée. Et bercé, pour finir, par l'image douloureuse et sublime d'une Pietà tout droit sortie des Evangiles.

Perte du corps et des illusions qui l'animent, mais salut de l'âme. Entre ces deux séquences qui ouvrent et ferment le spectacle, entre le profane et le sacré, entre le bonheur de vivre et la souffrance métaphysique, entre l'art contemporain et la peinture religieuse classique, entre la marionnette et la statuaire greco-latine, Don Quichotte creuse son chemin.

Sur scène Omar Porras convoque les éléments d'un théâtre total; et ce théâtre-là est virtuose.

Au début est ce petit cheval à bascule qui ancre la pièce dans le monde de l'enfance. Un monde magique où apparaissent en ombre chinoise Don Quichotte (Joan Mompart) et son écuyer Sancho Pança (Philippe Gouin, magistral), corps maquillés et vêtus -à peine- à l'identique.

Soit donc la double face d'un seul et même héros, le «chevalier errant», muni d'une lance et d'une couronne de fleurs sous laquelle surgira la tête de Dulcinée, l'improbable fiancée de Quichotte.

Mais plus tard, petit cheval deviendra grand, pouliche chétive échappée d'une toile d'Honoré Daumier qui grava d'un trait sarcastique quelques épisodes du roman de Cervantès.

Forêt de symboles

Pour décrypter les messages du spectacle, il faut garder une attention soutenue, car les symboles pullulent et les symboliques se répondent avec une logique implacable. La lance se fait ainsi croix chrétienne et la couronne de fleurs devient diadème d'épines pour une tête de Christ reposant dans les bras de Marie, ersatz d'une bien-aimée sublimée. Magnifique tableau, digne de Zurbaran.

Figuration et narration s'articulent ici avec une fluidité parfaite. Ceux qui connaissent Omar Porras («Noces de sang», « Les Bacchantes») ne s'en étonneront pas. Ceux qui le découvrent en seront ravis, tant sa lecture de l'œuvre est limpide.

Du roman de Cervantès, le metteur en scène a extrait les épisodes les plus significatifs, allant de l'expression théâtrale la plus colorée (la scène avec la troupe de comédiens ambulants, les noces de Gamache) au mysticisme le plus radical (la rencontre symbolique avec Dieu). En cela, il suit le parcours d'une humanité dopée au départ par ses rêves, flétrie, à l'arrivée, par ses désillusions et réfugiée dans l'ascétisme.

Ce cheminement est emprunté avec panache par une équipe d'acteurs qui met tout son talent au service de l'œuvre cervantine.

Ghania Adamo

«Ay! QuiXote», à Lausanne, Théâtre de Vidy; jusqu'au 18 novembre. Tel: 021/619 45 45. Au Forum Meyrin (GE), à partir du 22 novembre

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article