«Circulations» au rythme des voyages modernes

Avec son dernier roman, Matthias Zschokke nous fait découvrir le monde. Yvonne Böhler

Les éditions Zoé publient le nouveau roman de Matthias Zschokke. L’auteur bernois y parcourt le monde avec une frénésie revigorante et un humour délicieux. Exaltant.

Ce contenu a été publié le 15 mars 2011 - 14:55
Ghania Adamo, swissinfo.ch

La littérature suisse a ce qu’on pourrait appeler ses «feuilles de route», délicieux récits de voyages qui ont fait, et font encore, la renommée de nos écrivains-voyageurs dont les très connus Ella Maillard, Anne-Marie Schwarzenbach, Nicolas Bouvier et Blaise Cendrars dit le «Suisse errant».

A ces poètes de l’ailleurs, tout sauf nombrilistes, intelligemment tournés vers le monde, on peut ajouter aujourd’hui Matthias Zschokke. L’auteur bernois, qui vit à Berlin depuis 1980, sort chez Zoé son denier roman Circulations (traduit de l’allemand par Patricia Zurcher) et pousse la Suisse vers le large, la mêlant malicieusement à ses pérégrinations.

Ce qui distingue Zschokke de ses célèbres prédécesseurs, c’est le rythme auquel il circule dans le monde, allant d’un pays à l’autre, d’une ville à l’autre avec l’agilité d’une souris. D’une souris électronique qui, en quelques clics, vous fait faire le tour de la planète.  

Il y a une frénésie revigorante, une finesse d’observation et une vitesse d’enregistrement sidérantes dans ces Circulations qui font de leur auteur un écrivain-voyageur postmoderne. A ce titre, Zschokke surprend son lecteur très agréablement parce qu’il introduit une nouvelle dimension dans ses écrits, se démarquant nettement de l’atmosphère évaporée et intimiste de Maurice à la poule qui  lui valut en 2009 le Prix Femina étranger.

Circulations s’offre donc sous la forme de mini-récits qui se succèdent à vive allure, démarrent et s’interrompent abruptement, comme s’ils étaient soumis au diktat d’un zapping, reflet d’une agitation planétaire. Le tout file avec bonheur sur 268 pages.

Ça vous met l’eau à la bouche

On commence par décoller de Berlin. On y atterrit à la fin. Entre les deux, arrêt dans de nombreux villages ou villes du monde. De Guggisberg à New-York, en passant par Porto,  le Val Maderan, Weimar, Amman, Budapest, Aqaba, Petra, Zurich, Genève, Rotterdam… toute une géographie se dessine, qui ne suit que la logique du cœur. Le cœur de Zschokke qui, dans l’une des ses haltes, se réveille un jour et s’avoue être amoureux de tout ce qu’il touche de ses yeux.

Ses mini-récits vous mettent l’eau à la bouche, au sens propre comme figuré. Propre, parce qu’on se baigne beaucoup dans Circulations, aussi bien dans les thermes de Budapest, de Baden-Baden ou des Pâquis de Genève, que dans les eaux merveilleuses de la mer Rouge. Figuré, parce que l’auteur se délecte de recommandations gastronomiques, agrémentées de commentaires parfois cinglants, parfois heureux sur les restaurants qu’il fréquente à chaque étape.

Passent  donc à la casserole les habitudes culinaires de chaque pays, la façon de manger de leur population. Le romancier se fait alors guide. Mais c’est un guide rieur et songeur qui remet les choses à leur place, avec beaucoup d’humour. La cuisine est considérée à sa juste valeur, mais pas seulement, les habitudes religieuses et sociales aussi.

«La peur des fanatiques religieux ou des barrières linguistiques et culturelles insurmontables s’évapore à peine est-on arrivé, écrit l’auteur une fois à Amman. On sent même (…) tous les doutes qui nous habitaient chez nous tomber en poussière dans ce climat sec et chaud».

La Suisse, réserve paradisiaque

Quand il dit «chez nous», Zschokke ne pense pas uniquement à la Suisse, «réserve paradisiaque», mais à l’Europe ici vue comme un seul pays, où chaque capitale devient la réplique d’une autre. Tout y est placé sous un même dénominateur: la symétrie. La symétrie dans tout,  même dans les  goûts qui, contrairement à ce qu’on observe en Orient, se développent selon une triste logique commerciale.

L’Orient  est vu ici à travers le prisme de la Jordanie où chaque individu, chaque tribu, chaque coin est un pays en soi. C’est cette «atomisation» identitaire que l’auteur apprécie. Autrefois, elle donna à l’Europe ses couleurs. Zschokke la recherche constamment dans son livre. Il la trouvera également dans le Queens, à la périphérie de Manhattan, là où plusieurs communautés, mexicaines, américaines, indiennes, vivent côte à côte,  marquant les lieux de leur différente touche culturelle.

Circulations: un patchwork tissé de milliers d’impressions. Les villes et les populations s’y entrechoquent. Par moment, on se dit que Zschokke écrit comme un ethnologue, avec la drôlerie en plus et la prétention en moins.

Matthias Zschokke

Né à Berne en 1954. Il passe son enfance et son adolescence près du lac de Bienne, là où Robert Walser a vécu.

Après une formation d’acteur à la Schauspielschule de Zurich, il joue pendant trois ans sur les scènes allemandes, à Bochum précisément.

En 1980, il s’établit à Berlin où il vit aujourd’hui et où il écrit ses pièces de théâtre et ses romans. Il est également cinéaste, auteur de trois films, et mène de front son métier d’écrivain et de réalisateur.

A son actif plusieurs ouvrages. Comme pièces de théâtre, citons, entre autres, L’Heure bleue ou la nuit des pirates, La Commissaire chantante, L’ami riche et L’Invitation, toutes créées à Genève et publiées cette année aux éditions Zoé.

Côté romans, signalons chez Zoé également: Max, qui a obtenu le Prix Robert Walser, Bonheur flottant et Maurice à la poule lauréat du Prix Schiller 2006 et du Prix Femina étranger 2009.

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Le livre

Circulations, roman de Matthias Zschokke, éditions Zoé, Genève, 268 pages.

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