«En attendant Godot», une gaieté à tout crin

Vladimir et Estragon attendent, mais dans la joie et la bonne humeur. les-salons.ch

La célèbre pièce de Samuel Beckett est créée aux Salons, à Genève. Entre ludisme et désespoir.

Ce contenu a été publié le 20 mars 2002 - 10:37

On a souvent souligné la dimension humoristique et clownesque d'«En attendant Godot». On a aussi monté des «Godot» sinistres ou pleurnichards. On a même vu une parodie de Dieu dans cette célèbre pièce de Beckett, sans doute la plus jouée au XXe siècle.

Et dire que pour son auteur elle n'était «rien d'autre qu'une merveilleuse diversion libératrice». C'est aussi sous l'angle de la diversion que le metteur en scène hispano-suisse Xavier-Fernandez Cavada aborde la pièce aux Salons, à Genève.

Sous sa direction, Vladimir et Estragon (les deux personnages principaux de «Godot», incarnés par Michel Demierre et Christian Scheidt) deviennent de joyeux lurons. La vivacité de leurs dialogues qui s'enchaînent sans temps mort, leurs déplacements et gestes très aériens, le sourire qui ne quitte pas leurs lèvres en disent long sur leur état d'âme: ces deux-là ont digéré leur désespoir, à peine entrés sur scène.

Une gymnastique corporelle

Une attitude lourde de sens compte tenu de l'âge des deux acteurs (32 ans chacun), qui donne à leurs personnages une jeunesse certaine. Mais une jeunesse désabusée, dont le dépit va se confondre avec une hystérie exaltée au second acte.

Au point de faire de Vladimir et Estragon (flanqués du fameux couple maître-esclave, Pozzo et Lucky) non pas des «clowns métaphysiques» -selon la formule consacrée. Mais des clowns physiques dont le jeu s'apparente à une gymnastique corporelle qui finit par agacer tant elle force sur le ludisme.

On est loin ici de l'interprétation qu'avaient donnée de «Godot» Serge Merlin et Roger Jendly, dans la fameuse version de Luc Bondy présentée au Théâtre de Vidy il y a trois saisons.

Toute la désolation d'un monde oublié de Dieu emplissait alors les voix de Vladimir et Estragon. Aux Salons, elle fait place à une joyeuseté qui, si elle est trop appuyée, n'en demeure pas moins glaçante.

swissinfo/Ghania Adamo

«En attendant Godot», à Genève, Les Salons; jusqu'au 28 mars. Tel: 022/ 807 06 33

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