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«L’Interdite d’Alger», mystérieuse beauté



Jeune Algérienne manifestant à Paris pour les droits de ses sœurs restées au pays.

Jeune Algérienne manifestant à Paris pour les droits de ses sœurs restées au pays.

(Reuters)

Romancier et Journaliste à Genève, Christian Leconte publie aux éditions Zoé un roman illuminé par le soleil âpre et doux d’une Algérie livrée à ses démons et bercée par le spleen.

Le monde comme une immense prison. L’image remonte à la nuit des temps. Elle dit ce qu’elle dit, que nous sommes une humanité de condamnés, de contrôlés, de surveillés. Dans L’Interdite d’Alger, Christian Lecomte déploie inlassablement cette image. Il la laisse briller par flashes, ou par touches impressionnistes.

Son roman s’écrit avec des allers-retours entre Sarajevo et Alger, entre le début et la fin des années 1990, entre la guerre de Bosnie et la guerre civile algérienne, entre passé et présent. Le présent étant celui de l’héroïne Mina, jeune femme bosniaque, musulmane, mariée à un diplomate occidental en poste à Alger, ville martyrisée par les islamistes.

Autrefois, Mina a vécu le siège de Sarajevo, Christian Lecomte aussi. Le romancier, rédacteur aujourd’hui au quotidien Le Temps, a couvert le siège de la capitale bosniaque pour des journaux français. Il fut ensuite (de 1999 à 2005) correspondant pour la presse romande en Algérie.

Regarder le monde dehors

Alger donc, et deux caméras de vidéosurveillance braquées sur ses rues. «Si Mina pouvait les bouger un peu, elle verrait plus de choses». Le roman s’ouvre sur ces mots.

Les caméras sont installées dans la maison que Mina occupe avec son mari, sécurité oblige. Grâce à elles, cette femme, prisonnière de ses traumatismes bosniaques, peut s’échapper, rêver. C’est du moins ce qu’elle espère. Regarder le monde dehors. Pour lui faire plaisir, son mari a accepté d’orienter de manière différente la vidéosurveillance. «La prise de vue est meilleure». Ce qui permet à Mina d’observer «les lenteurs et les fulgurances d’Alger».

Mais Mina est elle aussi observée, ou plutôt traquée. Elle a eu la mauvaise idée de se lier d’amitié avec sa femme de ménage Khalida. Le milieu diplomatique ne supporte pas les déclassements sociaux. Mina s’en fiche néanmoins. Grâce à Khalida, elle va découvrir une autre vie, qui l’attire, la happe par son côté mystérieux et paradoxalement apaisant. Deux univers féminins qui s’épaulent et s’entrechoquent. D’un côté les tabous arabes, contournés grâce à une joie de vivre incoercible. De l’autre, la liberté occidentale, dévoyée par un abus de pouvoir.

Douceur et âpreté du Sud

Petit à petit, Mina revêt une nouvelle identité. Ce qui n’est pas du goût de son garde du corps (le «body» comme elle dit), chargé de la protéger, quand ce n’est pas de l’espionner. Il lui livre un chantage, l’humilie. Commence alors une échappée infernale, une fugue, l’errance de l’héroïne dans une Algérie livrée à la furie des islamistes mais protégée par la générosité de sa population.

Affleurent également les souvenirs de Sarajevo. L’auteur, par la voix de Mina, renvoie dos à dos deux guerres que la religion nourrit. Il met aussi face à face l’Orient et l’Occident qui s’attirent et se rejettent.

Il y a dans son roman la douceur et l’âpreté du soleil du Sud: le thé, le miel, les cornes de gazelle, le rap «qui parle de spleen», «les routes brûlantes», «les palmeraies luxuriantes», la terre ocre, les ronces, la poussière, les dunes, le sable soulevé par le vent… Sous sa plume l’Algérie prend les traits d’un pays souriant et douloureux, que Kateb Yacine n’aurait pas renié.

Ghania Adamo, swissinfo.ch


* L’Interdite d’Alger, de Christian Lecomte. Editions Zoé (Genève), 110 pages.

Christian Lecomte

Journaliste, il a vécu six années à Sarajevo où il a couvert le siège de la capitale bosniaque pour les journaux français Ouest-France et Le Monde.

Puis il a été, de 1999 à 2005, correspondant pour le quotidien suisse Le Temps et la Radio suisse romande en Algérie.

Il a publié, entre autres, Sarajevo, ville captive chez Syros avec le photographe Jérôme Brézillon, et un roman Le jour où j’ai tordu mon pied dans une étoile chez Desclée de Brouwer (prix spécial de l’UNICEF en 1998).

Il vit actuellement à Genève et travaille pour Le Temps.

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