«Le Dernier des Weynfeldt» pisté par Martin Suter

L'auteur alémanique reste fidèle aux romans dont les pages se tournent toutes seules. swissinfo.ch

L'écrivain alémanique, connu pour ses romans de détective, publie chez Christian Bourgois son nouveau thriller. Il y traque la bourgeoisie zurichoise et révèle aussi bien sa face aristocratique que ses manières triviales. Son livre se lit d'une traite.

Ce contenu a été publié le 14 juillet 2008 - 09:43

Est-il un «Guépard», façon Visconti, témoin d'un monde seigneurial finissant, ou un «Homme sans qualités» façon Robert Musil, oscillant entre quête de plénitude et besoin de futilité?

Longtemps on hésitera entre ces deux personnages bien connus de l'histoire romanesque européenne, avant de se dire que finalement Adrian Weynfeldt est un mélange des deux: un félin aux manières aristocratiques mais aussi un volontariste passif «soulevé par une exaltation céleste et plombé par une mélancolie mortelle».

Complexe, il l'est, attachant aussi cet Adrian Weynfeldt, le héros du dernier ouvrage de l'écrivain zurichois Martin Suter. Lequel signe ici son meilleur roman de détective. Bien meilleur en tout cas que son «Diable de Milan», peut-être parce que «Le Dernier des Weynfeldt» est soutenu par une étude de caractères très fine qui va au-delà d'une simple intrigue de thriller.

Un produit vintage

Adrian, 54 ans mais célibataire, toujours coiffé à la Kennedy, toujours sanglé dans des costumes taillés sur mesure, propre sur lui, propre dans sa vie, est l'unique héritier d'une très riche famille zurichoise et l'enfant tardif d'une mère, probablement froide et distante, qui l'a mise au monde à 40 ans passés.

Le moins qu'on puisse dire c'est que cet «homme à chevalière» est un produit vintage. Tout en lui est rétro: il ne conduit pas, se déplace en taxi, entretient une animosité tenace envers l'ordinateur, refuse l'usage du téléphone portable, vit à Zurich dans un appartement immense et cossu, «tout seul avec sa collection de peintures et de meubles» qu'il bichonne.

Normal, il est lui-même expert en art suisse du début du XXe siècle. Et c'est son métier qui le rend attirant aux yeux d'une poignée d'artistes et de collectionneurs de la haute qui le fréquentent, le regard rivé sur sa fortune et sur sa carte de visite.

Une générosité naïve

Car Adrian Weynfeldt travaille pour une maison de vente aux enchères, style Sotheby's. Un avantage, donc, doublé d'un atout majeur: la générosité. Une générosité naïve qu'Adrian pratique sans compter dans un monde de rapaces dont il devient une proie facile.

Cet homme révérencieux, qui n'a jamais eu «le courage de l'impolitesse», souffre d'un «traumatisme éducatif irréversible». C'est du moins ce que l'on croit, jusqu'au jour où Lorena, une traînée rencontrée dans un bar, lui révèle l'envers du décor somptueux et lisse dans lequel il vit.

Commence alors une descente aux enfers de la magouille rythmée par la vente aux enchères d'un célèbre tableau de Félix Vallotton: «Femme nue de dos devant une Salamandre».

De surprise en surprise, de rebondissement en rebondissement, Martin Suter fait avancer, comme sur un échiquier, le choc entre deux castes, celle des incorruptibles et celle des manœuvriers. Les premiers étant les dinosaures d'un temps ancien obligés d'exorciser leur «traumatisme éducatif» s'ils veulent entrer dans les temps modernes. S'ils veulent survivre dans un monde de chiens.

swissinfo, Ghania Adamo

* «Le Dernier des Weynfledt» (Der letzte Weynfeldt), éditions Christian Bourgois, Paris, 342 pages.

Martin Suter

Né à Zurich en 1948.

Après avoir travaillé dans le domaine de la publicité, il réalise des reportages pour Géo et écrit des scénarios pour le cinéaste suisse Daniel Schmidt.

Depuis 1991, il se consacre à l'écriture de romans («La face cachée de la lune», «Un ami parfait», «Le diable de Milan»...). Certains de ses livres sont devenus des best-sellers comme «Small world» pour lequel il a reçu, en 1997, le Prix du canton de Zurich.
De 1992 à 2004, il collabore avec l'hebdomadaire alémanique Die Welwoche pour lequel il signe une chronique intitulée Business Class. C'est sous même titre que vient de paraître chez Christian Bourgois un premier recueil de ces chroniques. Les textes qui y sont regroupés ont fait l'objet d'une adaptation théâtrale.

Traduit dans plusieurs langues, il est aujourd'hui un auteur internationalement connu.

Il vit entre Zurich, Ibiza et le Guatemala.

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