«Locarno est un espace de liberté pour le cinéma»

Keystone

Il vient de Cannes, il est enfant des années 70 et il ne peut plus attendre de se mettre au travail. Olivier Père, nouveau directeur du Festival international du film de Locarno, entrera en fonction en septembre 2009.

Ce contenu a été publié le 28 septembre 2008 - 07:31

«Je ne sais pas si je crois au destin, mais je crois assurément aux rencontres.» C'est en ces termes qu'Olivier Père, vêtu d'un élégant costume gris clair, commente sa première rencontre avec Marco Solari, lorsque celui-ci est allé le voir cet été sur les bords de la Seine, alors qu'il cherchait un successeur possible à Frédéric Maire.

Face aux journalistes, Olivier Père semble un peu intimidé. L'actuel délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs, un secteur du Festival de Cannes, a ainsi fait son premier bain de foule. A ses côtés, le président Marco Solari est radieux.

Ce dernier évoque leur première rencontre à Paris, devant une choucroute garnie, pour tester l'un des candidats répondant au profil tracé par le conseil d'administration du festival. Ou plutôt par son président: «Un cinéphile passionné, un esprit curieux qui aurait le sens du travail en équipe.»

Mais aussi, souligne Marco Solari, une personne capable de communiquer et de tenir compte des délicats équilibres du système et du cinéma suisses.

Pas de guéguerre avec Zurich

«Nous avons défini un profil, explique encore le président, qui réunit toutes les qualités nécessaires d'un directeur artistique pour Locarno. Je me rappelle que, sur ma liste, je mettais un point d'exclamation à côté de certains noms. Il y en avait deux à côté de celui d'Olivier Père. J'ai donc décidé de faire sa connaissance aussitôt.»

Parmi les critères prioritaires, il y a une profonde connaissance de l'histoire du cinéma et une totale adhésion à la nature du Festival de Locarno. «C'est à dire, précise Marco Solari, événement cinématographique de contenu, de découverte, d'expérimentation.» Une façon de réaffirmer la volonté de se démarquer du clinquant des tapis rouges.

Jeudi, lors de l'ouverture du Festival du film de Zurich, l'allusion au débat sur le glamour et les stars du cinéma était pratiquement inévitable. «Il existe essentiellement deux types de festivals, a déclaré Olivier Père, avec des caractéristiques et des fonctions différentes.»

«Outre les festivals de découverte et de promotion du cinéma d'auteur, comme celui de Locarno, il y a des festivals qui visent à être des vitrines d'avant-premières mondiales. On a aussi besoin de grands noms pour assurer la promotion.»

Marco Solari n'a manifesté aucun désir de revenir sur la polémique suscitée par Nicolas Bideau, le directeur de la section cinéma de l'Office fédéral de la culture, lors de l'événement locarnais de cet été. «Les guéguerres entre Locarno et Zurich n'ont pas de sens. En Suisse, il y a place pour tous», s'est-il contenté de dire.

Un air juvénile mâtiné de Riviera

Le choix d'un directeur français confirme, il est vrai, la volonté du Festival de Locarno de préserver sa dimension internationale. Mais cela ne signifie pas pour autant que ce poste ne puisse être occupé par un Allemand, un Suisse ou un Tessinois.

Outre cela, le président Solari est convaincu de la nécessité de faire place à la nouvelle génération, comme Olivier Père, né en 1971. «Il y a des directeurs qui rajeunissent et des présidents qui vieillissent, dit-il dans un sourire. Quand un président à passé la soixantaine, il se doit d'introduire des éléments jeunes et capables dans son équipe.»

Et Marco Solari n'a aucun doute sur les qualités d'Olivier Père. Le fait que le nouveau directeur vienne de Cannes, la Riviera dorée du cinéma, n'est pas négligeable non plus. «Quoi, il vient de Cannes?», s'est-il entendu demander. Et de répondre: «Il vient de Cannes parce que Locarno a une grande et bonne réputation.»

Là où naissent passion et enthousiasme

Entouré d'une meute de journalistes, Olivier Père semble un peu désorienté. Mais il joue le jeu des interviews. «Locarno est un lieu idéal pour faire briller le cinéma d'aujourd'hui et de demain, explique-t-il. Ses structures sont bonnes et les différentes sections ont une identité bien définie. Je ne viens pas à Locarno pour tout chambouler.»

Quant aux changements possibles, il est bien sûr trop tôt pour en dire quoi que ce soit. «Pour moi, Locarno représente une force alternative du cinéma, une force constructive que n'ont peut-être pas les autres festivals, parce qu'on est confronté à d'autres types d'attente et un autre genre de pressions.»

«Locarno, conclut le nouveau directeur, offre des espaces de liberté très intéressants, c'est un laboratoire où le cinéma vit et peut être vivant. Un espace où naissent passion et enthousiasme.»

Françoise Gehring, Locarno, swissinfo.ch
(Traduction de l'italien: Isabelle Eichenberger)

En bref

Le 25 septembre, le conseil d'administration du Festival international du film de Locarno a nommé Olivier Père directeur artistique dès la fin de la prochaine édition (5-15 août 2009).

Le Français succédera à Frédéric Maire, qui deviendra directeur de la Cinémathèque suisse à partir du 1er novembre 2009.

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Olivier Père

Né à Marseilles en 1971, il a étudié les Lettres à la Sorbonne (Paris IV).

1995: engagé à la Cinémathèque française, il devient rapidement responsable de la programmation et organise de nombreux hommages et événements thématiques.

1996: commence parallèlement une collaboration avec le festival de cinéma Entrevues à Belfort, où il organise des rétrospectives.

1997: collabore à la rubrique cinéma, TV et DVD de l'hebdomadaire culturel «Les Inrockuptibles».

2004: nommé délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs, prestigieuse section indépendante du Festival de Cannes, organisée par la Société des réalisateurs de films.

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