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«Western», sale et beau

Rosinski et l'une de ses toiles américaines…

(swissinfo.ch)

La librairie-galerie Raspoutine, à Lausanne, expose Grzegorz Rosinski. Pas celui de la série Thorgal, non, celui de «Western», un album qu'il cosigne également avec Van Hamme et qui vient de paraître aux Editions du Lombard.

Quelques esquisses. Des dessins. Des planches originales également, déclinaison d'ocres, de beiges, de terre de Sienne. Dans «Western», seules les taches de sang égaient - c'est une expression - la couleur poussière que Rosinski a voulu donner au récit de Van Hamme.

Dans la galerie Raspoutine, on découvre aussi les huiles que l'artiste polonais, installé en Suisse depuis de nombreuses années, a peintes dans l'idée d'offrir des «respirations» au lecteur, respirations qui coïncident avec les différents mouvements du récit.

Et puis pour se faire plaisir, aussi: «J'adore les paysages américains du 19e, début du 20e. Je pense que je suis né un peu trop tard. Quand on fait de la BD, on n'a en général pas le temps de s'adonner à la peinture à l'huile...»

Pourquoi Van Hamme et Rosinski, comblés par 25 ans de Thorgal, se sont-ils lancés dans un western? «Nous nous sommes demandés ce que nous n'avions pas encore fait dans notre vie professionnelle. Nous sommes tombés d'accord sur le fait de nous attaquer à un rêve d'enfance, car ni Jean, ni moi n'avions déjà réalisé de western».

Et quand ce duo là aborde le monde des cow-boys, on n'est évidemment pas déçu. Car si l'ambiance, la violence et le lyrisme du western sont au rendez-vous, on est très loin des clichés héroïques associés en général à ce genre. Pas le moindre John Wayne, dans ces 64 pages. Plutôt des personnages banalement humains, en proie à leurs égoïsmes respectifs: «Ici, pratiquement tout le monde est méchant», commente Rosinski.

Apreté au gain, lutte pour la survie, la seule concession à la tradition «épique» du western provient du fait que le personnage central, le manchot Nate, est l'un des meilleurs pistolets de l'Ouest.

Rosinski, d'ailleurs, n'apprécie guère les super-héros à l'américaine: «J'ai vécu 40 ans dans un système socialiste... on avait aussi des super-héros. A l'est il y avait le réalisme socialiste, à l'ouest c'est le capitalo-réalisme! J'ai toujours été très méfiant à l'égard de ces héros qui luttent pour des causes ridicules, qui défendent la planète contre des envahisseurs de toutes les couleurs, qu'ils soient rouges, verts ou bleus».

Retour donc à la gamme des ocres avec «Western». Un arc-en-ciel plus sensible pour dire les grisailles de l'âme humaine, en quelque sorte.

Bernard Léchot

«Western» de Van Hamme et Rosinski, aux Editions du Lombard. Un tirage spécial comporte un CD-rom qui contient un superbe «making of»


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