Navigation

70 ans de voix des Grisons italiens

Fausto Tognola, présentateur de l’émission de 1968 à 1993. RSI

Ce n'est pas l'émission d'information la plus connue mais c'est la plus vieille du monde. «Voci del Grigioni italiano» (Voix des Grisons italiens) a fêté ses 70 ans d’existence et son entrée au livre Guiness des records.

Ce contenu a été publié le 08 février 2010 - 06:00

Vous allumez la radio, vous montez le volume. C'est vendredi soir et les Voix des Grisons italiens entrent chez vous. Cette émission a su occuper le devant de la scène - radiophonique s'entend - durant 70 ans, décrochant ainsi une place d'honneur dans le célèbre Guiness World Records.

«Le Voci» (les voix), comme l'appellent familièrement ses auditeurs, est en fait l'émission d'informations hebdomadaire la plus ancienne du monde. Pas mal du tout pour un programme consacré aux quatre vallées italophones isolées du canton des Grisons: Mesolcina, Calanca, Bregaglia et Poschiavo.

Les années trente

L'émission remonte aux premiers balbutiements de la Radiotélévision de la Suisse italienne (RSI) lorsque celle-ci s'appelait encore «Radio Monte Ceneri». En 1934, une année après la mise en service de l'émetteur national au Tessin, démarre l’émission «La nostra Mesolcina». En 1939, elle est rebaptisée «Il Quarto d'ora del Grigioni italiano» (Le quart d'heure des Grisons italiens) et vers la fin de la même année, elle prend le nom de «Voci del Grigioni italiano», qu’elle porte encore aujourd’hui.

Durant les deux premières années, le programme subit plusieurs changements. A partir de 1941, il adopte une forme qui n’a pas changé jusqu’à ce jour. Tous les vendredis soirs de 19 h à 19h30, il propose des sujets d'actualité et annonce les évènements prévus dans les quatre vallées italophones du cantons des Grisons et dans la Valteline voisine (Italie du nord).

En réponse aux dictatures

Comme la RSI, «Le Voci» a vu le jour en des temps troublés où la Suisse était coincée entre deux régimes totalitaires, au nord et au sud. «En ce temps-là, Benito Mussolini n'avait pas hésité à revendiquer l'adhésion de la Suisse italienne à l'Italie fasciste. C'est dans un tel contexte que plusieurs programmes spéciaux voient le jour à Radio Monte Ceneri», rappelle l'historien grison Ivo Rogic.

Dans un message de 1938, le Gouvernement suisse définit la radio comme un instrument de «défense spirituelle» du pays. «Il s'agissait de former et d'informer les auditeurs et d’encourager l'union entre les différentes régions linguistiques de Suisse pour contrer la propagande nazie et fasciste qui visait à diviser le pays» souligne encore Ivo Rogic.

Dans un tel contexte, même le concept de Suisse italienne change. Il dépasse les frontières du Tessin pour inclure les Grisons italophones. Selon l'historien du Val Mesolcina, «Voci del Grigioni italiano» jouera donc un rôle important pour la cohésion du pays. «Dès le début, l'émission s'est efforcée de maintenir et de renforcer le lien entre les vallées italophones des Grisons».

Les Grisons italiens

Le Val Poschiavo, les vallées Bregaglia, Mesolcina et Calanca ne forment pas un territoire continu, pas plus qu’une entité politique. Ce sont des régions relativement éloignées les unes des autres et séparées par des montagnes.

Certes, l’émission n'a pas éliminé ces barrières mais elle est parvenue à réduire les distances et à créer ainsi une unité et un esprit «grison-italien» sur les ondes.

«Il est facile d’imaginer la force du nouveau média radiophonique, capable de franchir les montagnes. L’émission a donné aux vallées rhétiques de langue italienne un sentiment de communauté dans leur diversité, que ce soit par rapport à elles-mêmes ou vis-à-vis du reste du canton, du Tessin ou de toute la Confédération» affirme Ivo Rogic.

Les «Voci» d'aujourd'hui

«Les Voix des Grisons italiens» représente aujourd'hui encore un important canal d'information pour la région. A en croire l'historien Rogic, l’émission devient «une arène publique qui met en valeur les thèmes d'actualité et donne la parole aux acteurs de la réalité de cette région».

«C'est la voix de la maison», comme l'avaient définie, en 1987, des auditeurs lors d'un sondage réalisé par SSR SRG idée suisse. Les récents taux d'écoute confirment cet attachement des Grisons italophones à leur émission.

«Chaque vendredi, elle est suivie par environ la moitié des auditeurs de la RSI. Elle figure aussi parmi dans les dix meilleurs scores pour le téléchargement quotidien depuis le site Internet de la radio. Les jeunes aussi l'apprécient beaucoup», note avec satisfaction Alessandro Tini, son rédacteur responsable actuel.

L'émission vient donc de souffler ses 70 bougies. Et ce n’est sûrement pas l’air de «Joyeux anniversaire» qui marque le mieux cet évènement mais celui de l'hymne des Grisons italiens, qui commence par ces mots: «Popoli ci affratella, l'italica favella» («Peuples, la langue italienne nous rend frères»).

Luca Beti, swissinfo.ch
(Traduction de l’italien, Gemma d’Urso)

Voci del Grigioni italiano

Sous sa forme actuelle, l’émission est diffusée depuis le 25 novembre 1941. Les juges du Guiness des records lui ont reconnu 68 ans d'existence car ils n'ont pas tenu compte des deux premières années, lorsqu'elle l'émission avait un autre nom.

Depuis les années 80, l’émission a un correspondant fixe à Coire, le chef-lieu des Grisons. Les collaborateurs de la RSI des vallées italophones des Grisons et de la Valteline y apportent aussi leurs contributions.

Selon un sondage réalisé par la SSR en 1987, l'émission est suivie régulièrement par la moitié de la population des Grisons italophones. Elle est aussi bien connue et appréciée au Tessin.

End of insertion

Les Grisons italiens

Cette région représente une minorité linguistique du canton des Grisons et de la Suisse.

Sa superficie couvre un cinquième de la surface totale du canton. Elle est formée de quatre vallées sises au sud des Alpes soit le Val Poschiavo, le Val Bregaglia, la Mesolcina et le Val Calanca.

Les Grisons italiens comptent environ 14'000 habitants. La diaspora est au moins aussi nombreuse, formée de gens qui ont du émigrer pour des raisons économiques. Pour cette minorité, la langue représente l'élément le plus fort de cohésion interne.

End of insertion

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article

Joignez-vous à la discussion

Avec un compte SWI, vous avez la possibilité de faire des commentaires sur notre site web et l'application SWI plus.

Connectez-vous ou inscrivez-vous ici.