A faire pâlir de morbidesse sa Gracieuse Majesté

Séquence chaude dans une ambiance morbide. (Photo tirée du site).

Le week-end des Berner Tanztage a décollé avec la breakdance des Bâlois de Ruffnec Company. Tandis que la Dampfzentrale a baigné, en fin de semaine, dans l'humour noir anglais, dansé par le collectif de la réputée chorégraphe d'avant-garde, Lea Anderson.

Ce contenu a été publié le 02 septembre 2001 - 21:55

Tout se passe et tout se danse comme dans une maison de poupées hantée par la mort. Quand la dominante noire du décor s'essouffle, la couleur chair est servie sur des plateaux rouges à roulettes. Encore que les visages des douze danseuses et danseurs soient tantôt masqués tantôt grimés du début à la fin du spectacle, «Smithereens». Livide.

Glauque et déconcertant

L'aiguille d'un vieux gramophone crispe l'ouïe. Par-dessus la musique pré-enregistrée, viennent se greffer en chair et en os un saxophoniste et un accordéoniste. Ils égrainent des airs du début du 20e siècle. On est en plein dans l'excentricité d'un chorus line revisité.

Le spectacle n'est pas franchement enthousiasmant, mais il est intéressant à plus d'un titre. Hochements de têtes et balancements de hanches deviennent des mouvements déconcertants lorsqu'ils sont interprétés par douze zombies qui, de droite à gauche de la scène, défilent comme des automates.

Lauréate d'un Oscar, Sandy Powell a créé les costumes de tout ce petit monde pour le moins loufoque. De la poupée désarticulée à la danseuse-autruche en frou-frou. Des hommes en smoking aux filles de joie.

Grand écart sur échasses

Chez ces danseurs anglais «The Cholmondeleys» et leurs pendants féminins «The Featherstonehaughs», la grâce rejoint l'humour quand la danseuse perchée sur ses échasses se fait aider par deux complices pour exécuter un grand écart, dans une valse qui n'a de fin qu'une sortie de scène prématurée.

Lea Anderson joue perpétuellement sur la corde raide entre le déconcertant et le grotesque, entre l'érotique et le vulgaire, entre l'ironique et le tendre.

Reste que l'ambiance est glauque sur le plateau et la scène presque continuellement plongée dans une demi-obscurité. Accentuée le plus clair du temps par une volonté de ne pas suivre le danseur par un projecteur directionnel.

Une jolie particularité, cependant: le rideau de fond de scène ne tombe pas jusqu'au sol et laisse entrevoir les jambes et les pieds des danseurs qui changent de costumes dans les décors de l'arrière-scène.

Du neuf avec du vieux

C'est la troisième fois que Lea Anderson est invitée aux Berner Tanztage, après 1992 et 1996. C'est sûr, ses créations hantent les salles et marquent les esprits. C'est une chorégraphe de l'avant-garde. Avec une pointe de dérision très british et tout en délicatesse.

Reste qu'il est troublant de voir à quel point les créateurs d'aujourd'hui semblent ne concevoir l'avenir qu'en revisitant le passé. Et ce, même dans un art comme la danse contemporaine qui, jusqu'alors, avait habitué le spectateur à une innovation beaucoup plus vierge d'influences.

Qu'en sera-t-il avec la compagnie genevoise Alias et son chorégraphe brésilien Guilherme Botelho que le Tout-Berne adore voir et revoir (Ils reviennent pour la troisième fois aux Berner Tanztage)? Mercredi et jeudi soirs dans une toute nouvelle création «L'odeur du voisin»...

Emmanuel Manzi

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