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Alberto Giacometti, homme de famille

«Si les visiteurs, immobiles, ont l'impression que les figures bougent, c'est que nous sommes sur la bonne voie», dit le commissaire de l'exposition.

Après le Kunsthaus de Zurich, c'est la Fondation Beyeler à Riehen qui offre un vaste panorama de l'œuvre du génial Grison, éclairée ici par le rôle de sa famille. L'architecture de Renzo Piano lui fait le plus beau des écrins.

Déjà vu quinze fois Alberto Giacometti, et peut-être dix fois Augusto, le cousin éloigné, Diego, le frère, ou Giovanni, le papa ? Ne passez pas pour autant votre chemin trop vite, s'il devait vous pousser jusqu'à Riehen, dans les beaux locaux de la fondation Beyeler.

L'architecture, due à Renzo Piano, est pour beaucoup dans la réussite de cette nouvelle rétrospective d'Alberto Giacometti. L'écrin formé par les belles salles allongées, dans lesquelles les sculptures découpent la lumière tombant des plafonds, semble avoir été conçu pour l'artiste.

L'exposition forme un enchaînement logique et chronologiquement heureux avec «Giacometti l'Egyptien», l'exposition qui vient de se terminer à Zurich, et lui donne d'enrichissants échos.

Là où Zurich montrait le lien filial entre Giacometti et ses ancêtres égyptiens – un lien que le jeune homme a construit indépendamment de son père – Beyeler s'attache aux liens biologiques. La famille Giacometti est indissociable de la construction de l'œuvre du jeune Grison.

Présence exceptionnelle

Quelques œuvres ont d'ailleurs fait le déplacement de Zurich à Bâle – en toute harmonie et sans jalousie, a expliqué Felix Baumann, président de la Fondation Alberto-Giacometti de Zurich. «Mais il est clair que nous n'aurions pas prêté ces œuvres si ce n'était pour Ernst Beyeler, grâce à qui la fondation a vu le jour», a rappelé le président.

Le fait que les deux fondations Giacometti – celle de Zurich et celle de Paris – soutiennent la rétrospective lui donne une plus grande légitimité encore. La première a prêté quelque 35 œuvres, la seconde vingt.

A découvrir les 150 œuvres exposées (une juste quantité), expliquant tout le cursus artistique d'Alberto Giacometti, on s'étonne que l'exposition ne se fasse que maintenant, 11 ans et demi après l'ouverture des lieux. «C'est l'une des plus chères jamais organisées par la fondation, mais l'une de celles qui tenaient le plus à cœur à Ernst Beyeler», selon le directeur Sam Keller.

«Exposer Alberto Giacometti est aussi simple en apparence que compliqué dans les faits», explique le commissaire d'exposition Ulf Küster. L'idée du choix de l'axe familial est née en 2006, lors de discussions entre Ernst Beyeler et le dernier frère d'Alberto, Bruno, architecte, (102 ans cet été) et son épouse, décédée depuis.

Ulf Küster a décidé d'axer son travail sur la famille selon trois thèses: l'internationalisme du Val Bregaglia, dont les habitants partaient pour gagner leur vie mais revenaient très souvent au pays, avec leur bagage linguistique et leurs connaissances du vaste monde, la constellation particulière de la famille et l'héritage du père, Giovanni.

Le processus au cœur de l'oeuvre

Cet éclairage sur une famille résolument artiste (la sœur, Ottila, morte en couches à 37 ans, tissait pour des décorateurs) est aussi un regard sur le processus de création et la manière de résoudre les questions artistiques. Or le père et le fils trouvent des solutions souvent très différentes.

L'anecdote sur le travail de nature morte, où Alberto peint de toutes petites poires tandis que le père peint instinctivement les objets en grandeur nature, est révélatrice d'un questionnement sur la réalité plus aigu, et aussi plus douloureux, chez le fils aîné.

La série de portraits, peints et sculptés, que le fils fait du père et les portraits que le père fait du fils sont un miroir autant artistique qu'intime. «Comme tous les génies, Alberto est égocentrique, rappelle le commissaire d'exposition. Tous les membres de la famille lui servent de modèle. Il a besoin de cet espace émotionnel pour créer.»

Bruno, le petit frère, se souvient qu'Alberto promenait son compas sur son visage pour en prendre les proportions. Il n'aimait pas trop ça...

Concrétisant ce souvenir, «Le sculpteur», tableau de Giovanni (1923) montre un face à face tendu entre Alberto, scrutateur, et son modèle, penché en arrière. L'analyse détaillée qu'Alberto pratique sur ses modèles, telle qu'elle se révèlera plus tard avec les séries de portraits, est déjà à l'œuvre.

Espace et mouvement

Le questionnement sur l'espace est aussi constitutif de l'œuvre. Pour Alberto, ce sont les figures et le mouvement (les roues des chariots par exemple) qui créent l'espace, permettent de passer du petit (géniale idée d'exposition de placer une sculpture miniature sur un énorme socle, seul dans une salle...) au grand, voire au surdimensionné.

D'où le vœu d'Ulf Küster: «Si les visiteurs, immobiles, ont l'impression que les figures bougent, c'est que nous sommes sur la bonne voie...» Grâce, aussi, à la belle lumière rendue possible par Renzo Piano, le vœu devrait se réaliser.

Ariane Gigon, Riehen, swissinfo.ch

GIOVANNI, LE PÈRE,
PEINTRE SOUS-ESTIME

«C'était mon rêve de conquérir Paris, mais maintenant, c'est vous qui le ferez avec la sculpture, l'industrie et l'architecture», écrit Giovanni Giacometti à ses trois fils à Paris, en 1927. La sculpture, c'est pour Alberto, l'industrie (ingéniosité), pour Diego le designer, et l'architecture pour Bruno.

Professeur, mentor, soutien inconditionnel et stratège de la carrière de ses fils, Giovanni avait lui-même, notamment, étudié à Paris, en même temps que Cuno Amiet, qui fut un très proche ami et le parrain d'Alberto.

Né le 7 mars 1868 à Stampa, fils d'un aubergiste, c'est lui qui a «ouvert la voie pour devenir peintre, affrontant les désaccords familiaux et étudiant grâce à des bourses», rappelle le commissaire d'exposition Ulf Küster, pour qui le père est un des artistes de la modernité suisse les plus sous-estimés.

La première salle de l'exposition montre dix de ses tableaux, dont un saisissant «Autoportrait devant un paysage hivernal» où il fixe l'avenir avec force mais aussi anxiété.

Père et fils ne cesseront de se témoigner leur admiration réciproque, jusqu'à la mort de Giovanni, en 1933, et au-delà, puisqu'Alberto organisera de nombreuses expositions d'œuvres de son père.

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