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Basquiat, mythique, tragique, génial… chez Beyeler



Jean-Michel Basquiat dans son studio de Great Jones Street à NoHo, New York, 1985

Jean-Michel Basquiat dans son studio de Great Jones Street à NoHo, New York, 1985

Il aurait eu 50 ans cette année: mort à 27 ans, l’artiste américain Jean-Michel Basquiat a créé une œuvre monumentale en huit années seulement. La Fondation Beyeler de Riehen, près de Bâle, lui consacre la plus grande rétrospective européenne à ce jour.

Si l’abus de drogues est souvent associé à des personnalités sombres et tourmentées, avec Jean-Michel Basquiat, mort d’une surdose à New York à l’âge de 27 ans, il semble qu’on ait tout faux. «Il débordait de vie et d’enthousiasme», raconte Glenn O’Brien, un écrivain, critique musical et membre de la Factory d’Andy Warhol.

Les textes de Glenn O’Brien, qui a aussi écrit un film dans lequel Basquiat interprète le rôle principal («Downtwon 81»), font partie des richesses de la nouvelle exposition de la Fondation Beyeler de Riehen, sobrement intitulée «Basquiat». Ils mettent en lumière, loin des clichés et du mythe construit après la mort tragique de la comète Basquiat, l’œuvre et le contexte de sa création.

Plus de cent toiles, dessins et «objets picturaux» sont accrochés à Riehen. Toutes, petites ou grandes, sur toile ou sur bois, sont traversées par un sentiment d’urgence quasi palpable. Comme si Basquiat avait su qu’il lui fallait concentrer l’œuvre d’une vie sur huit petites années. Il réalisera plus de 1000 tableaux et plus de 2000 dessins.

«Penser à la vie»

Il peignait tout le temps, disent ceux qui l’ont connu. «Je commence un tableau et je l’achève. Je ne pense pas à l’art pendant que je travaille, j’essaye de penser à la vie.»

L’exposition s’ouvre sur les monumentaux «Boy and dog in a Johnnypump» et «Profit I» (2,2 mètres sur 4 mètres), de 1982, qui coupent le souffle. Il y a ce crâne que l’on retrouve presque partout, avec sa mâchoire-grille, et ce personnage un bras en l’air et l’autre tourné vers le bas, également figure récurrente. Ici, les deux bras sont tournés vers le haut. Victoire ou geste effrayant? A chacun sa lecture.

La figure du boxeur noir symbolise la lutte contre le pouvoir blanc toujours oppressant dans les années 80. Basquiat peint de grandes figures mythiques, Cassius Clay, Sugar Ray Robinson, sur des toiles posées sur des palettes.

Collaborations avec Warhol

Ironiquement, c’est d’ailleurs en boxeurs que la galerie Shafrazi montrera Basquiat et Andy Warhol pour l’affiche d’une exposition de 1985. Après de mauvaises critiques, Basquiat mit fin à la collaboration. Basquiat a côtoyé toutes les «stars» de l’époque, de Madonna à Keith Haring en passant par David Byrne et Jim Jarmusch.

L’artiste aux origines hawaïennes et portoricaines prenait tout ce qu’il trouvait pour peindre. Des mots, des couleurs, des décors, peints, effacés mais toujours visibles (dans des «repentirs» intentionnels), des références, des événements de sa vie, des hommages aux sportifs et musiciens noirs: Basquiat trouve de la place pour tout sur ses toiles, avec une intelligence d’agencement qui laisse pantois.

Ses allégories dénoncent la société de consommation, la discrimination ou la violence. En précurseur du hip-hop et en musicien et DJ qu’il est aussi, il récupère les textes, poétiques ou vindicatifs, qu’il a «graffés» au début de sa carrière.

Ce «révolutionnaire» (selon Dieter Buchhart, un des commissaires d’exposition), passe des surfaces remplies de motifs, de dessins ou de textes, à des fonds monocolores. Le «Riding with death», où le cheval est un squelette, peint en 1988, ne pouvait que devenir prophétique.

Dessins d’enfant

L’exposition a pu voir le jour grâce à Bruno Bischofberger, marchand d’art et collectionneur suisse qui a soutenu Basquiat dès 1981 et l’a fait venir à Zurich en 1983. C’est aussi lui qui avait lancé l’idée de collaboration avec Andy Warhol et Francesco Clemente. «Warhol était jaloux car Basquiat peignait plus vite que lui», a raconté le galeriste lors de l’ouverture de l’exposition.

Pour Bruno Bischofberger, Basquiat était un peintre «sincère, sauvage, difficile, mais surtout quelqu’un qui n’a jamais menti». «Il peignait des dessins d’enfants monumentaux qui m’ont toujours fait penser aux fresques de Lascaux», ajoute-t-il.

«Jean disait qu’il voulait peindre comme un enfant», confirme Fab Five Freddy, ami de Jean-Michel Basquiat devenu réalisateur, également présent à Bâle. «Nous venions tous les deux de Brooklyn et Jean-Michel était le seul qui connaissait aussi Caravage, Warhol et qui savait ce qui se passait dans la rue.»

Les photos de l’artiste en jeune homme «rayonnant» (titre d’un documentaire à sortir en 2010) ponctuent le catalogue. Avec ses cheveux fous et sa silhouette adolescente, Jean-Michel Basquiat, dont le groupe de musique s’appelait «Gray» en référence au livre d’anatomie («Gray’s Anatomy», 1858) qui l’a a accompagné toute son enfance, finit par rappeler encore un autre Gray, Dorian ou le portrait à jamais éternel raconté par Oscar Wilde.

Ariane Gigon, swissinfo.ch, Bâle/Riehen

EXPOSITION BASQUIAT

50e. La Fondation Beyeler présente jusqu’au 5 septembre 2010 plus de cent œuvres de l’artiste américain Jean-Michel Basquiat (1960-1988), à l’occasion du 50e anniversaire de sa naissance.

Paris. L’exposition a été conçue en collaboration avec le Musée d’art moderne de Paris, où elle sera présentée du 15 octobre prochain au 30 janvier 2011.

Catalogue. Le catalogue contient une interview inédite, des illustrations et de nombreuses photos, dont quelques unes avec Madonna, qui fut la compagne de Jean-Michel Basquiat.

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Jean-Michel Basquiat

Brooklin. Jean-Michel Basquiat, enfant d’une famille aisée, est né le 22 décembre 1960 à Brooklyn d’un père haïtien et d’une mère portoricaine.

Porto Rico. En 1974, vivant avec son père après le divorce de ses parents, Jean-Michel le suit à Porto Rico. Il est inscrit dans une école pour enfants doués.

SAMO©. Il invente un personnage fictif et son pseudonyme, SAMO©, sous lequel il travaillera avec Al Diaz.

Envol. Il rejoint New York en 1978. En 1981, il est présent dans une exposition collective dans le Queens, aux côtés de Keith Haring, Robert Mapplethorpe et d’autres. L’année suivante, il est le plus jeune des artistes exposés à la Documenta 7 de Kassel.

Collectif et individuel. En 1984, Basquiat, Warhol et Francesco Clemente commencent à réaliser des œuvres communes sous l’impulsion du galeriste suisse Bruno Bischofberger. Les expositions individuelles se suivent sans discontinuer.

Morts. Le 22 février 1987, Andy Warhol meurt à l’âge de 58 ans, après une opération. Basquiat se renferme. Après une tentative de cure de désintoxication, Jean-Michel Basquiat meurt de surdose le 12 août à 27 ans dans son loft à New York.

Somme. En huit ans, il aura peint plus de mille tableaux et deux milles dessins.


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