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Bex, reggae, rock et nostalgie

Sinsemilia lors de la soirée de samedi.

(swissinfo.ch)

Sinsemilia avec son reggae aussi généreux qu'engagé, Gotthard avec son hard aussi solide que le roc et Björn Again avec toute la magie d'ABBA: trio gagnant pour la seconde nuit du Bex Rock Festival.

Il est 20 heures 30 sous la grande tente de Bex. Avec leurs dreadlocks, leurs tenues chamarrées et leurs rythmes de là-bas, les dix musiciens de Sinsemilia enflamment dès les premières notes une foule que l'on dirait conquise d'avance.

Depuis presque dix ans, ce groupe de Grenoble constitue un cas à part sur la scène française. Nourris de Bob Marley, de Peter Tosh et autres Burning Spear, ses fondateurs ont commencé par s'exprimer en anglais, avant d'inventer le reggae francophone.

L'orientation n'en est que plus claire: solidarité, multiethnisme et une ouverture à l'autre qui va plus loin que les slogans type «Hey man, we're all brothers». Le Front national, la police, les douaniers: tout le monde en prend pour son grade, mais sans haine, dans la bonne humeur.

Et le groupe n'hésite pas à offrir, en prime, une version hyper-speedée de «La mauvaise réputation», en clin d'œil à ce vieil anarchiste de Brassens.

Aujourd'hui, Sinsemilia - qui tire son nom d'une variété de cannabis - ne fait plus de la légalisation son cheval de bataille. «Il y a encore en France tellement d'intolérance, de racisme et d'inégalités, que le combat prioritaire est ailleurs», explique Mike, le chanteur.

Et ces combats, le groupe les mène avec une belle énergie. Sautillants d'un bout à l'autre de la scène, les musiciens possèdent une faculté assez incroyable de communiquer leur enthousiasme et de faire passer leur message à leur public.

Y compris au moment du final, lorsque Mike et sa tribu demandent à la foule de s'asseoir et viennent lui parler les yeux dans les yeux, avec juste quelques arpèges de guitare sèche.

Retour à l'électricité avec les cinq rockers de Gotthard, la contribution la plus convaincante de l'Helvétie à la tribu du hard depuis au moins quinze ans.

Même si, sur disque, le groupe tend à évoluer vers des climats plus intimistes, à la scène, il reste cette formidable machine à swinguer, qui ne fera pas par hasard les premières d'un certain Bon Jovi cet été.

Totalement prévisible, le groupe n'en est pas moins parfaitement efficace. Et le public adore.

Il ne boudera pas non plus son plaisir à l'heure du bouquet final. Aux crinières de lions et aux guitares hurlantes de Gotthard succèdent en effet les paillettes et les envolées lyriques d'ABBA... enfin, plutôt de Björn Again, mais qui se soucie de la différence?

Depuis douze ans, les quatre Australiens font revivre la légende des quatre Suédois (y compris lors de premières parties prestigieuses, comme celles de Toto ou des Spice Girls), et personne ne songerait à s'en plaindre.

De «Waterloo» à «Thank you for the music», tous les tubes y passent, pour le plus grand bonheur d'au moins deux générations. Fermez les yeux, vous êtes au cœur des seventies.

Et le fait est qu'ABBA a imprégné nos mémoires bien plus que certains voudraient l'admettre. Tellement évidentes, ces mélodies entendues mille fois n'ont rien perdu de leur magie, ni de leur force.

Alors, même si le kitsch des tenues fait sourire (à commencer par les quatre musiciens qui les portent), la bonne musique, elle, ne se démode pas. Et en cette fin de nuit, Bex aura vu déferler quelques milliers de «Dancing Queens».

Marc-André Miserez


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