Casse-tête stupéfiant pour l'armée

swissinfo.ch

La consommation de drogues pose un véritable problème à l'armée. L'an dernier, 600 mesures disciplinaires ont dû être prononcées.

Ce contenu a été publié le 17 mai 2002 - 18:25

La semaine dernière, six jeunes aspirants ont été forcés de quitter leur école d'officiers. Ils ont admis avoir consommé quelque 20 grammes de cocaïne durant leur service.

Cette consommation de drogues dures à une large échelle est une nouveauté. Ce qui n'est pas le cas de la consommation de drogues douces.

L'an dernier, la hiérarchie militaire a dû prononcer 600 mesures disciplinaires pour usage de cannabis. La punition peut aller jusqu'à 10 jours d'arrêt ferme.

Représentation de la société

La Suisse appliquant le système de milice, elle n'a pas d'armée de métier. Chaque année, 25 000 jeunes Suisses et Suissesses entrent à l'école de recrue.

Or, selon des sondages effectués auprès de ces jeunes, environ 30% admettent consommer des produits à base de cannabis de façon répétée. Une situation qui n'est pas sans alarmer l'armée.

En 1978, la part des fumeurs de cônes était encore de 6,6%. Cette évolution inquiète Gianpiero Lupi, médecin-chef de l'armée: «ce qui se passe dans notre armée de milice est le reflet de ce qui arrive dans la société civile.»

La Suisse n'est toutefois pas seule à devoir faire face à des soldats amateurs de joints: «mes collègues d'autres armées de milice, comme en Autriche ou en Norvège, sont confrontés aux mêmes problèmes.»

Fouilles avec des chiens

Les responsables de l'armée suisse ont déjà réagi au milieu des années nonante via des campagnes de sensibilisation. «Nous ne sommes pas une institution de désintoxication, mais l'armée peut contribuer à stopper la consommation de drogues», estime Gianpiero Lupi.

Seulement voilà: cette prévention faite à l'armée arrive tard, puisque les consommateurs commencent à toucher à la drogue de plus en plus jeunes. Après les nouveaux cas de ces derniers jours, le commandant de corps Jacques Dousse a d'ores donc et déjà annoncé davantage de contrôles dans les casernes.

Des policiers patrouilleront plus fréquemment avec des chiens. Jusqu'à présent, la police effectuait chaque année une dizaine de «descentes» dans les places d'armes pour cause de drogue.

Tolérance zéro

La consommation de drogues douces est encore interdite en Suisse. Mais cela devrait changer: les premiers jalons politiques ont déjà été posés pour dépénaliser la consommation. C'est ce que souhaite le Conseil fédéral.

Mais les militaires, eux, ne voient pas les choses de la même manière: «les recrues qui fument des joints posent un problème de sécurité», souligne Peter Bolliger, chef du service psycho-pédagogique de l'armée suisse.

Et peut-être même plus qu'on ne le croit: «la substance active du cannabis, le THC, se dépose dans les graisses du corps humain. Selon certaines études médicales, il pourrait ensuite être évacué lors de situations stressantes.»

Or, justement, à l'armée, les situations de stress sont fréquentes. Pour Peter Bolliger, il est clair qu'en cas de libéralisation de la consommation dans la société civile, alors l'armée devra appliquer des règles plus strictes.

«Nous avons déjà cela avec l'alcool pour les conducteurs de l'armée, précise Peter Bolliger. Nous appliquons la tolérance zéro, alors que, dans la vie civile, un taux d'alcoolémie de 0,8 pour mille est autorisé.»

swissinfo/Peter Salvisberg

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