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Comment Andy Warhol a brouillé l’histoire de l’art

Entre photo et peinture, pub et art, inventivité et déclinaison...

«Avant, après»: comme le titre d’une de ses séries de tableaux, il y a un «avant» et un «après» Andy Warhol dans la deuxième moitié du 20e siècle. C’est ce que montre l’exposition du Kunstmuseum de Bâle, centrée sur les années 1961-1964.

Ce n’est pas un hasard: les «nez» avant et après (l’opération chirurgicale) sont exposés dans la première salle de la nouvelle exposition temporaire du Kunstmuseum de Bâle, consacrée à Andy Warhol. «Before and after» montrent un nez féminin, de profil, au trait noir fort.

Or, outre le fait qu’Andy Warhol a lui-même fait refaire son nez, cet «avant-après» peut être vu comme une «métaphore du changement radical que Warhol est en train d’opérer dans la compréhension de l’image», écrit l’historien de l’art Arthur C. Danto dans le catalogue de l’exposition.

C’est sur ce moment de rupture, soit sur les années 1961-1964, que le musée bâlois a décidé de se concentrer, lui qui a acquis des œuvres de l’icône du pop art dès 1970. En 1998, le Kunstmuseum avait déjà organisé une exposition sur les dessins de l’artiste américain.

Coupures de presse originales

«Pièce par pièce, l’exposition raconte l’histoire de cette rupture, quasiment au ralenti», a expliqué la commissaire d’exposition Nina Zimmer. En quelques séries connues réparties sur huit salles, le spectateur découvre ainsi comment Andy Warhol a exploité le principe de la reproductibilité de la peinture, grâce, surtout, à la sérigraphie.

La présence des objets originaux ayant inspiré le dessinateur publicitaire qu’était Warhol, dont la plupart viennent des archives de l’artiste à Pittsburgh, sa ville natale, plongent non seulement le spectateur dans l’acte créatif, mais raccrochent aussi les œuvres à leur époque – passée.

Car concernant leur esthétique, leurs couleurs surtout, les œuvres d’Andy Warhol n’ont pas pris un cheveu blanc, vrai ou pastiche, comme ceux de la perruque de l’artiste à la mèche. C’est en voyant les coupures de journaux utilisées pour isoler le motif des «flowers», ou un exemplaire du magazine «Life» de 1962 dont il utilisera les portraits d’Elizabeth Taylor, ou encore une publicité pour les soupes Campbell, que l’œuvre de Warhol reprend pied dans son époque de création.

Chablons improvisés

«On voit à l’œuvre une lente automatisation des éléments picturaux, poursuit Nina Zimmer. D’abord, Warhol imite les mécanismes à la main, avec des chablons improvisés, jusqu’à ce qu’il découvre la sérigraphie». La technique lui permet dès lors de transformer tous les matériaux iconographiques en tableaux de grand format.

Dans une interview, l’artiste déclarera même au «Time», en mai 1963: «La peinture est astreignante. Je veux montrer le machinal. Les machines ont moins de problèmes. J’aimerais bien être une machine, pas vous?»

C’est en utilisant des images faisant déjà partie de la mémoire collective, comme les photos de journaux et les publicités, que Warhol change la donne picturale.

Un carré: c’est plus simple

Avec les «Flowers, des hibiscus photographiés et publiés dans un magazine, on peut suivre le processus d’isolation des motifs qu’il choisit pour les répéter. Il trace un carré autour de quatre d’entre eux, car «je peins volontiers dans un carré: on ne doit pas décider quel côté sera plus long ou plus court. C’est juste un carré.»

Andy Warhol n’aura de cesse de réclamer la simplicité et la «superficialité» de son travail. «Il n’y a rien derrière, seulement ce qui est à la surface», revendique l’ancien publicitaire. C’est l’arrivée d’une nouvelle attitude, la «nouvelle coolness, qui va de pair avec l’art de l’emballage», selon Nina Zimmer.

Un art de l’emballage qui s’exprime au mieux avec les boîtes de soupe de la marque Campbell. Andy Warhol utilise les listes d’arôme, les découpe, les colle et recrée ainsi des images. Comme avec les Elvis Presley sérigraphiés les uns sur les autres ou à des intervalles irréguliers, il recrée des réalités dont la «superficialité» est laissée à l’interprétation des spectateurs.

Après les vitrines exposant les objets originaux utilisés par Warhol, le visiteur entre dans le vif du sujet, avec des dessins, au graphisme publicitaire encore très marqué. Il y a des portraits de Ginger Rogers ou des profils de voitures de course et des dessins de chaussure qui rappellent son ancien travail de publicitaire.

Suicides et accidents de voiture

Le visiteur peut ensuite comparer les tableaux «Dollar bills», recto et verso, de 1962, puis les séries de «Liz» Taylor tirées des photos de «Life».

Le parcours – du point de vue thématique – devient dramatique avec la série «Suicide» ou «Death & Disaster», tirées d’agences de presse. La dernière salle est comme un havre de paix après la catastrophe et ne contient que quelques «Flowers» monumentaux.

En 1964, Andy Warhol déclare en avoir fini avec la peinture et vouloir se concentrer entièrement au cinéma. «Je pourrais faire deux choses en même temps, mais les films sont plus excitants»… Néanmoins, note Nina Zimmer, il reviendra régulièrement à la peinture…

Ariane Gigon, Bâle, swissinfo.ch

Pratique

L’exposition Andy Warhol. The Early Sixties Paintings and Drawings 1961-1964 a lieu jusqu’au 23 janvier 2011 au Kunstmuseum de Bâle.

Elle est visible du mardi au dimanche entre 10h et 18h. Fermeture le lundi.

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ANDY WARHOL

Pittsburgh. Andy Warhol est né en 1928 à Pittsburgh en Pennsylvanie.

Pub et théâtre. Résidant à New York dès 1949, il est dessinateur publicitaire pendant une dizaine d’années, et dessinateur de costumes de théâtre.

Peinture. Il commence à peindre au début des années 1960. Il projette des images sur un mur et peint à la main sur les motifs, tout en continuant à recherchant des mandats en tant que dessinateur publicitaire.

Sérigraphie. En 1961, il perd son client principal et se retire complètement de la branche publicitaire en 1962. Les premiers articles sur l’artiste Andy Warhol apparaissent cette année-là. Il expérimente la technique de la sérigraphie photographique.

Duchamp. Il rencontre son maître, Marcel Duchamp, lors d’une exposition à Los Angeles en 1963. C’est l’année où il commence à porter la perruque argentée.

Factory. Il inaugure la Factory, sur East 47e rue et la 3e avenue, en 1963.

Dépendant. En hiver 1963, il commence à prendre des médicaments, dont il restera dépendant jusqu’à sa mort.

Censure. Un tableau réalisé pour l’Exposition mondiale de New York en 1964, «Thirteen Most Wanted Men» est censurée par le gouverneur de New York.

Cinéma. Cette année-là, il décide d’arrêter de peindre et de ne plus faire que des films.

Mort. L’icône du pop art Andy Warhol meurt à New York en 1987.

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