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Keith Taylor, un ancien commercial qui a vendu des centaines d'hypothèques subprime, témoigne devant la cour.

(Saga Production)

Dans «Cleveland Vs. Wall Street», les victimes de la crise des subprime s’en prennent aux banques au cours d’un faux procès. Ce film du Suisse Jean-Stéphane Bron est en compétition au Festival de Cannes, qui s’ouvre ce mercredi.

Le documentaire fait partie de la sélection de la Quinzaine des réalisateurs. Son auteur est un des trois Suisses en course pour une récompense cette année dans le cadre du premier festival de cinéma de la planète.

swissinfo.ch: D’où vous est venue l’idée de «Cleveland Vs. Wall Street»?

Jean-Stéphane Bron: Je suis intéressé par des films qui ne sont pas directement politiques, mais qui génèrent des idées et provoquent la discussion.

Mon but est de réaliser un triptyque. Il comprendra le documentaire de 2003 intitulé «Le génie helvétique» et consacré au processus démocratique [suisse], «Cleveland Vs. Wall Street», abordant la finance et l’économie, et un troisième film, «La guerre», consacré au lien entre politique et économie à l’Organisation mondiale du commerce. Ce dernier film est actuellement en développement et pourrait sortir en 2012.

swissinfo.ch: Quelle est l’idée derrière votre dernier film?

J.S.B.: Faire un film sur le système financier et l’économie, c’est très compliqué. [Mais] ce procès nous a permis de réunir des gens aussi différents qu’un idéologue [de l’économie de marché] et quelqu’un qui a perdu sa maison. Quel est le lien entre les deux?

L’histoire nous parle du monde dans lequel nous vivons: devons-nous accepter ce qui se passe? Pouvons-nous changer les choses? Avons-nous appris quelque chose de cette notion abstraite de subprime?

Le fait que dans la petite ville de Cleveland, une poignée d’individus tentent quelque chose nous montre qu’il est possible de reprendre le contrôle de nos vies, malgré un système qui semble impénétrable.

Chaque jour, nous entendons parler d’économie. Nous savons que cela nous concerne, mais notre impression est que nous n’y pouvons rien. Le procès nous rappelle que l’action est possible, même si elle paraît restreinte ou insignifiante.

swissinfo.ch: Cette année, le festival accueille une série de films qui dénoncent la cupidité. Quelle est votre regard sur cette tendance?

J.S.B.: Nous ne sommes pas exactement de retour à la période militante des années septante. Mais je pense que les films documentaires partent du désir de voir le cinéma parler à nouveau de la période et du monde dans lequel on vit. Le cinéma redécouvre nos vies, ce questionnement est totalement dans l’air du temps.

«Wall Street» est un film incroyable sur les années quatre-vingt et [le nouveau film d’Oliver Stone] «Wall Street: Money Never Sleeps» son équivalent pour la période actuelle.

swissinfo.ch: Jusqu’où Cleveland a-t-elle été affectée par la crise des subprime?

J.S.B.: Les habitants de Cleveland appellent leur ville «The ground zero» ou l’épicentre de la crise des subprimes. L’analogie avec un tsunami ou un tremblement de terre est claire, l’impact a été très violent.

swissinfo.ch: Barbara Anderson, une activiste du Empowering and Strengthening Ohio’s People (ESOP), se détache dans votre film. Qui est-elle?

J.S.B.: Elle incarne une sorte d’Antigone qui ose dire «non» et se confronter aux forces qui la dépassent. Il y a quelque chose de très symbolique en elle. Elle montre comment, face à ces forces évasives et abstraites, vous pouvez faire quelque chose, même si c’est dur et que vous risquez la défaite; c’est ce que j’aime dans ce qu’elle fait.

swissinfo.ch: Autrement dit, les organisations comme ESOP, nées dans les communautés, peuvent faire la différence aux Etats-Unis?

J.S.B.: Absolument. Elles sont un des mérites de la démocratie américaine et quelque chose qui m’a beaucoup surpris.

ESOP a un taux de succès de 90% dans le sauvetage des maisons et la renégociation des hypothèques dans la région de Cleveland. Ils poussent et forcent les banques à renégocier avec les propriétaires.

Mon image des Etats-Unis était celle d’un pays très individualiste, du chacun pour soi. Mais dans chaque quartier, je suis tombé sur des acteurs communautaires extrêmement engagés. Même Obama a ce background; c’est un ancien acteur communautaire. Il s’agit de personnes qui ont foi en leurs quartiers et en la rue et qui pensent qu’il est possible d’agir.

Il y a quelque chose de très subtil dans la démocratie américaine, qui questionne les forces dominantes, même si je n’ai aucune illusion sur le rapport de forces. Cela m’a vraiment surpris et impressionné.

swissinfo.ch: Avoir droit au tapis rouge à Cannes, qu’est-ce que ça fait?

J.S.B.: Quiconque joue au tennis rêve de jouer un jour sur le central de Wimbledon. Cela est aussi vrai de Cannes pour tout réalisateur.

Simon Bradley, swissinfo.ch
(Traduction de l’anglais: Pierre-François Besson)

«Cleveland Vs. Wall Street»

Le 11 janvier 2008, Josh Cohen et ses associés, avocats de la ville de Cleveland, assignent en justice les 21 banques qu’ils jugent responsables des saisies immobilières qui dévastent leur ville.

Mais les banques de Wall Street qu’ils attaquent s’opposent par tous les moyens à l’ouverture d’une procédure. Cleveland Vs. Wall Street raconte l’histoire d’un procès qui aurait dû avoir lieu.

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Festival de Cannes

Plus grand festival de la planète, Cannes a lieu jusqu'au 23 mai.

Le festival s’ouvre avec le «Robin des Bois» de Ridley Scott qui, comme «You will meet a tall dark stranger» de Woody Allen, ne fait pas partie des 19 films en compétition pour la palme d’or. Le jury est présidé par le réalisateur Tim Burton.

Parmi ces 19 films figurent les œuvres de Kiarostami, Mike Leigh, Tavernier, Kitano mais aussi de Mathieu Amalric et Xavier Beauvois.

«Fair game», avec Sean Penn et basé sur l’histoire vraie de l’agente de la CIA Valerie Plame ainsi que «L’exode – soleil trompeur 2», la suite du film sur la répression staliniste signé Nikita Mikalkov, sont particulièrement attendus.

Le Franco-algérien Rachid Bouchareb présente «Hors la loi», sur la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, et le Mexicain Alejandro Gonzales Inarritu «Biutiful», avec l’oscarisé Javier Bardem.

L’Asie est bien présente avec des films thaï, japonais, chinois et sud-coréen. Deux films du Tchad et d’Ukraine sont aussi en course pour succéder au «Ruban blanc» de Michael Haneke.

Le chanteur des Rolling stones Mick Jagger est attendu sur la croisette pour le documentaire «Stone in exile», portant sur l’enregistrement de l’album «Exile on Main Street».

En dehors de Jean-Stéphane Bron, deux autres réalisateurs suisses sont à Cannes: Jean-Luc Godard pour «Film Socialisme» et Michaela Müller, avec son film d’animation «Miramare».

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Jean-Stéphane Bron

Né à Lausanne en 1969.

1988-89: Etudie à l’école de cinéma Ipotesi, Italie.

1989-94: Etudie la réalisation au DAVI (Département d’audiovisuel de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne). Diplômé en 1995.

Filmographie: 12, chemin des Bruyères (1995), Ted Robert, le rêve américain (coréalisateur, 1996), Connu de nos services (1997), La bonne conduite (1999), En cavale (2001), Mais im Bundeshaus – le génie helvétique (2003), Mon frère se marie (2006), Traders (2009).

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