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Fo fou à Carouge

De gauche à droite: Fred Mudry (Le Commissaire Pisani), Pierre Dubey (Le Fou) et Maria Mettral (La Journaliste).

(Marc Vanappelghem)

A Genève, François Rochaix crée «Mort accidentelle d'un anarchiste» de Dario Fo, prix Nobel de littérature 1997.

Telle que mise en scène, cette pièce fantasque fait sourire quand on rêverait qu'elle déraille.

Depuis qu'il a succédé à Georges Wod au Théâtre de Carouge, François Rochaix a largement contribué au rajeunissement du public de cette importante institution genevoise, fréquentée jadis par des spectateurs vieillis dans la crainte de créations dites «intellectuelles».

Rochaix, qui est un grand pédagogue (il a enseigné longtemps l'art dramatique aux Etats-Unis), connaît donc bien sa matière théâtrale. Et c'est certainement pour cela que ses choix de pièces sont toujours bien pensés.

Il l'a prouvé à plusieurs reprises. Comme en janvier dernier lorsqu'il a monté à Carouge «Les Physiciens» de Friedrich Durrenmatt, en guise d'hommage à Einstein dont on célèbre cette année la mémoire. Il le prouve encore aujourd'hui avec la création de «Mort accidentelle d'un anarchiste». Pièce du dramaturge italien Dario Fo que l'on peut aisément greffer sur l'actualité.

Mais Rochaix a un péché mignon. Si ses choix sont réfléchis, il ne parvient pas toujours à les justifier sur scène. Il colle tellement au texte que la part d'inventivité reste minime sur le plateau. Autrement formulé: Rochaix illustre plus qu'il ne commente.

Tragédie déguisée en vaudeville

C'est le cas dans «Mort accidentelle... » dont on attendait pourtant beaucoup. Et pour cause... la pièce est une «farce militante». Ou si l'on préfère, une tragédie déguisée en vaudeville, qui remet en cause certains procédés mafieux du pouvoir politique. Procédés de nos jours très florissants.

Un vent de folie, dont on ne sent absolument pas la vigueur sur scène, souffle donc sur cette «Mort». La pièce s'inspire d'un fait divers. En 1969, une bombe explose dans la Banque Agricole, à Milan. On rejette alors la faute sur un anarchiste, Giovanni Pinelli, pour constater quelques années plus tard que c'était l'Etat italien qui était impliqué dans cet attentat.

Mais dans l'intervalle, Pinelli était mort. Il s'était jeté par la fenêtre du commissariat de police, lors de son interrogatoire à Milan. Le doute a subsisté longtemps sur la réalité de cet accident: était-ce un suicide ou une mort provoquée?

Question lancinante placée au coeur de la pièce de Dario Fo, que l'on peut lire comme une contre-enquête menée par un Fou. Oui, un Fou qui s'introduit dans un commissariat et se fait passer, successivement, pour un enseignant, un juge, un capitaine... Jusqu'à embarquer son entourage dans des situations incongrues qui mettent en cause les multiples fonctions de l'Etat.

Un fou trop sage

La transposition de cette pièce dans le présent n'est pas interdite. Elle est même suggérée par Dario Fo. Il suffit donc de remplacer le mot «anarchiste» par le mot «terroriste» et d'insinuer, comme le fait l'auteur, que les terroristes sont souvent fabriqués par le pouvoir politique. Celui-là même qui les traque ensuite jusqu'à la mort.

Sur la scène de Carouge, c'est Pierre Dubey qui incarne le rôle central du Fou. La folie de l'acteur marche ici à l'énergie: il est tout azimuté, mais il n'a rien d'inquiétant. Son Fou n'a pas l'ambiguïté d'un mythomane qui navigue entre schizophrénie et constat lucide. Et qui dès lors peut inquiéter le pouvoir.

Le spectacle de Rochaix fait donc sourire quand on rêverait qu'il déraille. Et lorsqu'on quitte la salle, on a le vague sentiment d'avoir assisté à un policier du samedi soir, façon Eddy Murphy, avec un comique troupier.

swissinfo, Ghania Adamo

Faits

«Mort accidentelle d'un anarchiste», à voir à Genève, Théâtre de Carouge, jusqu'au 8 mai.
Mise en scène: François Rochaix
Scénographie: Christophe Kiss
Avec Maria Mettral (La Journaliste), Ahmed Belbachir (Le Commissaire Bertosso), Pierre Dubey (Le Fou), Jeff El-Eini (Le 2ème Agent), Hervé Loichemol (Le 1er Agent), Fred Mudry (Le 2ème Commissaire) et Laurent Sandoz (Le Préfet de police).

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