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Jean-Luc Bideau «La foi, c’est mettre de l’amour dans ce qu’on fait»



Dans sa nouvelle série, Jean-Luc Bideau (à gauche) endosse les habits d'un prêtre.

Dans sa nouvelle série, Jean-Luc Bideau (à gauche) endosse les habits d'un prêtre.

Dans Ainsi-soient-ils, nouvelle série diffusée à la Télévision Suisse et bientôt sur Arte, Jean-Luc Bideau incarne le rôle d’un Supérieur de séminaire. A sa charge, de jeunes candidats à la prêtrise. Entretien avec un acteur bien dans sa peau de guide spirituel.

Cinq jeunes hommes choisissent d’entrer dans les ordres. Ils rejoignent le séminaire des Capucins à Paris, dirigé par le père Fromenger (Jean-Luc Bideau). Ouvert d’esprit, n’hésitant pas à contester l’autorité vaticane, ce Supérieur à la voix charismatique va aider ses séminaristes à trouver leur place dans un monde où l’argent bouscule la foi.

Jean- Luc Bideau qui sait fait rire, sait aussi émouvoir. Le voici héros pieux de cette série TV présentée sur RTS Deux (Radio Télévision Suisse) et Arte, sous le titre Ainsi-soient-ils. Entretien.

swissinfo.ch: Jouer le rôle d’un prêtre a-t-il changé quelque chose au regard que vous posez sur notre société laïque?

Jean-Luc Bideau: J’avoue que je suis attiré par tout ce qui concerne la religion chrétienne. En 1986, j’avais d’ailleurs mis en scène, à Genève, à l’occasion du 450e anniversaire de la Réforme, l’Evangile selon Saint Marc.

Entrer donc dans le personnage du prêtre ne m’a posé aucun problème. Ce qui me préoccupe en revanche, c’est notre société pourrie par le consumérisme et au sein de laquelle la religion ne représente plus rien. Ce constat, je l’ai fait il y a longtemps. Et mon regard est aujourd’hui le même: les valeurs chrétiennes n’existent plus. Les églises sont vides. Et lorsqu’elles se remplissent, c’est quand le Pape est en visite dans tel ou tel pays. Est-il un élément fédérateur? Certes. Mais il ne fédère qu’autour de son image. C’est mon avis. Il n’engage que moi bien sûr.

swissinfo.ch: Etes-vous de ceux qui pensent que modernité et religion ne font pas bon ménage?

J.-L. B. : Je pense que la modernité a généré l’individualisme, qui est à l’opposé de ce que prêchent les religions. En Occident, on ne supporte plus la vie de groupe. Aujourd’hui, on voyage seul, ou tout au plus avec son copain ou sa copine. L’idée de «communauté» n’existe plus sous nos latitudes.

Vous la trouverez, en revanche, au sein des Eglises du Proche-Orient qui, par crainte des islamistes, restent profondément unies par l’esprit de groupe. Je l’ai constaté lors d’un voyage en Syrie il y a une année. Je logeais alors dans un cloître. Et j’ai eu le sentiment que là-bas (comme en Egypte ou en Irak d’ailleurs), le combat des chrétiens est mené pour leur survie communautaire. La foi restant une affaire strictement personnelle.

swissinfo.ch: Les crises sociales trouvent souvent un exutoire dans le repli communautaire. Ainsi-soient-ils le montre bien: certains séminaristes entrent en religion pour échapper à un problème familial. Vous les mettez en garde en leur parlant de «discernement». Dans votre bouche de prêtre que signifie ce mot?

J.-L. B. : Je précise qu’en parlant de «discernement» je m’adresse à des séminaristes de 18-19 ans. J’aurais pu leur dire: «Cassez-vous si ça ne vous plaît pas». Mais bon… soyons sérieux. Ces jeunes ont une conscience personnelle très fragile. Beaucoup d’entre eux ne savent pas pourquoi ils sont entrés dans les ordres. Mon devoir est donc de leur éviter tout égarement et de faire naître en eux une lucidité, indispensable à un choix de vie rigoureux.

Il ne faut pas oublier que le personnage que j’incarne est un prêtre ouvrier appartenant à la mouvance du catholicisme social de gauche. Il a donc une idée élevée de la démocratie. Il ne lui viendrait pas à l’esprit de retenir, malgré lui, un jeune séminariste.

swissinfo.ch: Vous jouez en effet le rôle d’un prêtre progressiste. En face de vous, il y a un cardinal traditionaliste qui vous met des bâtons dans les roues. Cette querelle des Anciens et des Modernes au sein de l’Eglise n’est-elle pas trop vieille?

J.-L. B. : Oui, mais elle reste d’actualité. Vous savez, les milieux religieux fonctionnent un peu comme les milieux politiques. Au sein d’un même parti, vous avez des gens butés, dépassés par leur temps, et des intelligents qui font avec. Quoi qu’il en soit, je ne vois de valeurs ni en politique ni en religion. Notre époque a laissé le capitalisme gagner. Tout le monde court après le fric, et tout le monde trouve cette course excitante.

swissinfo.ch: Qu’est ce qui manque à l’Eglise aujourd’hui pour attirer vers elle des candidats à la prêtrise?

J.-L. B : Ce qui lui manque, ce sont des arguments très forts lui permettant de vaincre le capitalisme débridé dont je vous parle. Et puis, il lui faut réexaminer le problème de la sexualité des prêtres. Comment voulez-vous tenir le serment de chasteté dans un monde comme le nôtre?!

swissinfo.ch: En fin de compte, quel est le but d’Ainsi-soient-ils?

J.-L. B. : Envoyer un message d’espoir. La série montre qu’avec la foi on est capable de changer la société, ou en tout cas de la rendre meilleure.

swissinfo.ch: La célèbre série américaine Urgences a suscité, dit-on, de nombreuses vocations médicales. Peut-on espérer de nouvelles vocations religieuses avec Ainsi-soient-ils?

J.-L. B. : On peut espérer en tout cas un questionnement sur la foi. En quoi consiste-t-elle? Les fervents vous répondront: à aimer Dieu et son prochain. Moi j’ajouterais: à mettre de l’amour dans ce qu’on fait.

Jean-Luc Bideau

Né à Genève le 1er octobre 1940.

Il intègre le Conservatoire de Paris pour se consacrer à la comédie.

Il fait ses preuves dans la pièce Arturo Ui de Bertolt Brecht.

Dans les années 1960, il est dirigé par de célèbres cinéastes français (Grangier, Lautner, Malle), et devient très populaire en Suisse. On le retrouve dans le Dernier Tango à Paris (1972), Etat de siège (1973) et Le Convoi de la peur (1978).

Dans les années 1970-1980, il tourne avec de grands réalisateurs, dont les Suisses Tanner et Goretta. Il joue alors des rôles variés (La Salamandre, 1971, L’Invitation, 1973, Tout feu tout flamme, 1982, Y'a-t-il un Français dans la salle?, 1982, Inspecteur Lavardin,1986…).

Actif dans les années 1990 avec La Fille de d'Artagnan (1994) et Fantôme avec chauffeur (1996), il se contente de seconds rôles dans les années 2000 (Les Portes de la gloire, 2001, Ripoux 3, 2003).

De 1998 à 2002, sa carrière prend un nouvel essor avec la série H, aux côtés de Jamel Debouze, Eric et Ramsy.

Il a été sociétaire à la Comédie-Française pendant 10 ans.

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La série

Ainsi soient-ils, série TV en huit épisodes réalisée par Rodolphe Tissot (France, 2012).

Avec notamment, Jean-Luc Bideau, Carlo Brandt, Michel Duchaussoy, David Baiot, Clément Manuel…

A voir sur RTS Deux, tous les dimanches à 21h50, jusqu’au 7 octobre. Puis du 11 octobre au 1er novembre sur Arte.

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