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Le BBL de retour à Moscou Le fantôme de Béjart plane sur le Bolchoï

Par , Moscou


Le spectacle allie le classicisme d’une œuvre comme la Cantate 51 de Bach à des pièces contemporaines.

Le spectacle allie le classicisme d’une œuvre comme la Cantate 51 de Bach à des pièces contemporaines.

Invité à Moscou pour les célébrations du centenaire du «Sacre du printemps» d’Igor Stravinsky, le Ballet Béjart Lausanne en a profité pour alterner la présentation d’œuvres de son fondateur décédé il y a 6 ans et une création originale.

Danser en Russie, n’est jamais quelque chose d’anodin. «Danser au Bolchoï représente beaucoup dans l’univers de la danse. Ça faisait très longtemps qu’on n’était pas venus, alors bien sûr, il y a une tension, une angoisse d’être à la hauteur, de la salle et du lieu», explique Gil Roman, directeur du Ballet Béjart Lausanne (BBL).

Donner les clés aux spectateurs

Et la salle comble de la Nouvelle scène du théâtre du Bolchoï à Moscou n’est pas de nature à faire baisser la pression qui pèse sur les épaules du chorégraphe. Dès le lever de rideau, pourtant, les danseurs drapés dans une blancheur immaculée, qui contraste avec le fond de la scène bleuté, dégagent un calme et une harmonie qui inondent la salle et submergent les spectateurs. Petit à petit, les effets de la Cantate 51 se font sentir et transportent l’assistance hors du réel.

Gil Roman, directeur du BBL

Danser au Bolchoï représente beaucoup dans l’univers de la danse. Ça faisait très longtemps qu’on n’était pas venus, alors bien sûr, il y a une tension, une angoisse d’être à la hauteur

A Moscou, peut-être plus qu’ailleurs, la frénésie et l’agitation qui caractérisent cette mégapole au quotidien cèdent le pas à la grâce et à la légèreté des danseurs portés par la musique de Jean-Sébastien Bach auquel Maurice Béjart a souhaité rendre hommage. Mais le calme qui s’est déployé dans la salle, n’a pas forcément atteint le directeur de la troupe. «On espère que le public aimera parce qu’on vient non seulement avec des classiques comme le Sacre du printemps ou la Cantate 51, mais aussi avec une création», explique Gil Roman.

Donner aux spectateurs les clés qui leur permettront de se faire leur propre idée des ballets exécutés par la troupe est l’un des axes sur lesquels repose toute la création de Maurice Béjart. Bien évidemment son successeur conserve cette colonne vertébrale, mais il lui incombe de faire évoluer la troupe avec de nouvelles œuvres.

Un organisme vivant

«J’ai fait énormément de création aux côtés de Maurice pendant 30 ans. Il était évident pour lui que la troupe ne pouvait pas exister sans créateur car il était hors de question pour lui de ne faire que du répertoire. Il faut donc tout le temps réinventer, revivifier… Une troupe est un organisme vivant qui se transforme. Elle n’est jamais la même d’année en année. Il y a des danseurs qui partent, d’autres qui arrivent mais en même temps, elle reste la même dans un esprit de don de soi, d’aller vers les gens, de partager avec eux», souligne Gil Roman.

Aller vers l’autre pour mieux s’enrichir, faire cohabiter l’ancien et le nouveau, développer ses créations pour mieux trouver sa voie, des préoccupations perceptibles dès les premières mesures de Syncope, l’une de ses créations qui remonte à 2010. Bach fait place à une musique contemporaine avec laquelle la troupe met en lumière ces moments de la vie où l’être vacille entre conscience et inconscience, réalité et imagination, stress et décompression.

Ses sources d’inspiration sont très vastes. «Mes danseurs m’inspirent, j’ai des musiciens qui travaillent pour moi, leur musique m’inspire. Les sujets sont souvent des prétextes que je développe après, en chorégraphie, avec mes danseurs, je n’arrive jamais avec mon ballet écrit», confie le directeur du BBL.

Condamné à se réinventer

Quant à la question de la filiation, Gil Roman ne se la pose pas en tant que telle. «Il y a toujours une base classique dans la compagnie, une volonté de faire un spectacle qui nourrit les gens. Mais ça ne m’intéresse pas de faire du Béjart, ce que je veux, c’est trouver mon propre langage et le développer», affirme le chorégraphe.

Une intention qui se retrouve dans l’interprétation des œuvres du maître, qu’il s’agisse du classicisme de l’Offrande à Stravinsky ou de l’animalité du Sacre du printemps. Car en définitive, la troupe est condamnée à se réinventer pour continuer à avancer. «Les ballets de Maurice sont retravaillés, remis en question par ma musicalité, par les danseurs, par la jeunesse et par l’énergie. Ce qui m’intéresse, c’est d’avoir une compagnie, des interprètes que je peux développer. Je ne prends pas de danseurs formatés mais des danseurs en formation», assène le directeur du BBL, qui reste conscient du fait que ce qui attire d’abord le public, c’est le nom de Béjart et ses ballets.

Gil Roman, directeur du BBL

Il y a toujours une base classique dans la compagnie. Mais ça ne m’intéresse pas de faire du Béjart, ce que je veux, c’est trouver mon propre langage et le développer

Clin d’œil lausannois

Mais la renommée, même illustre, ne fait pas tout. «Le nom ne suffit pas. Si les gens viennent voir la troupe et que le spectacle déçoit, ils ne reviendront pas», explique Gil Roman en soulignant le soutien indéfectible qu’a toujours voué le public lausannois à la troupe, avant comme après qu’il en prenne la direction. «Lausanne, c’est notre lieu, notre patrie, notre public», se félicite le directeur du BBL avant d’ajouter que des amis sont venus depuis la capitale vaudoise pour les soutenir, ici à Moscou.

Déjà conquis ou simplement curieux, les Moscovites se sont déplacés en nombre pour assister à l’une des quatre représentations données par le BBL dans la capitale russe. Mais que les amateurs de ballet dans le monde se rassurent, BBL continuera ses tournées. L’étape moscovite fait suite à des spectacles présentés au Japon, la troupe sera à Marseille le mois prochain avant de s’attaquer à Paris. Peut-être même qu’elle sera à Saint-Pétersbourg au début de l’été, mais rien n’est fait à l’heure actuelle. En plus d’être un besoin artistique, les tournées internationales sont une nécessité économique. Sans elles, BBL ne serait pas en mesure de s’acquitter des salaires.

BBL

La compagnie Ballet Béjart Lausanne (BBL) a été fondée par le chorégraphe Maurice Béjart en 1987, lorsqu’il a quitté Bruxelles et le Théâtre de la Monnaie pour s’établir à Lausanne en Suisse.

En 1992, il installe dans le même bâtiment que la compagnie l’Ecole-Atelier Rudra-Béjart en remplacement de l’Ecole Mudra de Bruxelles. Lorsqu’un ballet requiert davantage de danseurs que la compagnie n’en compte, le chorégraphe peut ainsi puiser dans le contingent de l’Ecole pour compléter son effectif.

Depuis la mort de Maurice Béjart le 22 novembre 2007, c’est Gil Roman, l’un de ses principaux danseurs, qui a repris la direction artistique de la compagnie.

Ballet Béjart Lausanne compte actuellement 35 danseurs mais contrairement à d’autres troupes n’a pas de danseur étoile ni de soliste attitré. Chaque danseur se développe, trouve sa place dans la compagnie et peut, s’il se développe particulièrement, avoir plus de rôles mais ça ne l’exonère en aucune manière de participer aux ensembles.

La troupe donne 100 représentations par année dans le monde et compte 20 programmes différents à son répertoire.

En termes de logistique, BBL c’est 70 artistes et techniciens du spectacle sur les tournées, 1200 costumes, 2500 paires de chaussons de danse et 150’000 km parcourus par saison.

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