Le sacre espagnol de Pipilotti Rist

Une image tirée de «Homo sapiens sapiens», audio-video installation de 2005 © Pipilotti Rist

La vidéaste alémanique a reçu lundi à Barcelone le Prix Joan Miró. Vedette en Suisse, Pipilotti Rist n'est pas vraiment connue du grand public en Espagne. Cette récompense sera suivie d'une exposition en 2010.

Ce contenu a été publié le 04 mai 2009 - 07:31

«Welcome, Swiss Himalaya» annonce la page d'accueil du site Internet de Pipilotti Rist. On sourit. L'artiste suisse serait-elle donc un sommet de talent? C'est du moins ce que suggère cette annonce ludique. On sourit doublement quand, deux secondes après, la même page laisse entendre en voix off: «You are the queen».

Elle ne manque pas d'air Pipilotti, se dit-on. Bon, c'est connu, les grands artistes sont narcissiques.

Et ce n'est pas Rosa Maria Malet, directrice de la Fondation Joan Miró à Barcelone, qui nous contredira. «Vous savez, le narcissisme est inhérent à la personnalité de tout grand créateur, confie-t-elle, et Pipilotti n'échappe pas à la règle. Remarquez, on peut le lui pardonner, elle est tellement inattendue, tellement inventive!».

Deux qualités précisément mises en avant par ladite Fondation qui remettra donc officiellement, ce 4 mai, le Prix Joan Miró à la créatrice saint-galloise.

Liberté de ton

Les critiques ont beaucoup commenté les œuvres de Pipilotti Rist. Ils ont même pas mal déliré sur sa personnalité de femme mystérieuse et d'artiste provocatrice dont le travail est nimbé d'érotisme.

Ses vidéos, dans lesquelles elle met souvent en scène son corps nu, ont donné lieu à des commentaires déroutants. Certains voient en elle une pop star influencée par la culture télévisuelle, d'autres une féministe libre et libérale, d'autres encore une irréductible surréaliste.

Pour Rosa Maria Malet, «Pipilotti ne peut être enfermée dans une étiquette. Ce qui la caractérise, dit-elle, c'est justement une totale liberté de ton créant la surprise au détour de chaque image. En cela, elle est tout aussi insaisissable que Joan Miró. Son point commun avec le peintre catalan, c'est le pouvoir créatif qui vous donne l'impression d'être illimité. Comme Miró, elle est une pionnière ; dans sa lignée naîtront d'autres talents probablement».

Pas une découverte

La récompense barcelonaise vient donc s'ajouter au riche palmarès de la vidéaste alémanique. Laquelle recevait, à 38 ans déjà, le prestigieux Lion d'Or à la Biennale de Venise. C'était en l'an 2000.

Plus jeune que celui de Venise, le Prix Joan Miró a, quant à lui, été institué en 2007 et attribué cette année-là à l'artiste danois Olafur Eliasson. «C'est une récompense qui s'octroie tous les deux ans, explique Rosa Maria Malet. Elle a pour objectif de consacrer un mouvement artistique contemporain et de présenter au grand public son auteur».

Si Pipilotti Rist est une vedette en Suisse, elle ne l'est pas en Espagne. Certes, le milieu culturel sait qui elle est, mais pas le commun des mortels. «Avec ce prix, nous essayons de soutenir des artistes plutôt jeunes, qui ont déjà prouvé l'originalité et la force de leur imaginaire mais dont le travail est méconnu de nos visiteurs», affirme Rosa Maria Malet.

«Pas plus qu'Eliasson, Rist n'est une découverte, poursuit-elle. Elle a déjà fait ses preuves. Mais jusqu'ici, elle n'a jamais eu pour elle toute seule une exposition en Espagne. Aussi, ce prix permet-il à des créateurs insolites, qui ne sont pas forcément accessibles à tout le monde, de jouir d'une meilleure visibilité».

Exposition à venir

Le Prix Joan Miró, doté de 70.000 euros, drainera un large public. Et pour cause, une exposition est consacrée aux œuvres du lauréat, dans l'année qui suit la remise du prix. «Elle a lieu à la Fondation, à Barcelone, précise Rosa Maria Malet. Ce fut le cas pour Olafur Eliasson. Ce sera le cas pour Rist qui présentera chez nous ses réalisations. Je pense que son style entrera en résonance avec l'architecture si particulière et originale de notre établissement».

A cet égard, Rist n'est pas une novice, on s'en doute. En 2008, elle avait séduit le public américain avec «Pour Your Body Out», une installation présentée dans l'atrium du Museum of Modern Art (MoMA), de New-York. Elle y avait alors réussi un pari: arracher le musée à l'espace public de la ville. Son installation était une invitation privée au rêve, adressée à chaque visiteur, dans une mégapole où l'échappée belle reste difficile.

L'exposition de Barcelone, consacrée donc à la lauréate, est prévue pour l'été 2010. Les 70.000 euros ont eux aussi un prix: «Leur bénéficiaire s'engage à présenter non seulement ses anciennes œuvres mais aussi de nouvelles, créées spécialement pour l'occasion», conclut Rosa Maria Malet.

swissinfo, Ghania Adamo, Barcelone

Pipilotti Rist

Elisabeth Charlotte. Elle est née à Grabs (Saint-Gall) en 1962, de son vrai nom Elisabeth Charlotte Rist.

Formation. Après son bac, elle suit, de 1982 à 1986, des études artistiques (illustration et photographie) à la Haute Ecole d'arts appliqués de Vienne. Elle enchaîne ensuite (1986-1988) avec des cours de création audiovisuelle à la Schule für Gestaltung, à Bâle.

Rock 'n'roll. De 1988 à 1994, elle est membre du groupe de musique « Les Reines prochaines »

Installations. De 1990 à 2001, elle travaille à Zurich, dans le domaine des installations vidéo.

Flop. Mandatée comme directrice artistique de l'exposition nationale prévue en 2001, elle sera débarquée en cours de route.

Corps. Vidéaste avant tout, elle aborde dans ses films les questions d'identité. C'est le corps féminin, et le sien particulièrement, qui l'intéresse. Espiègle, ludique, inventive, elle use avec brio des potentialités techniques de son medium, jusqu'à en tirer des effets donnant un statut ambigu à l'image.

Prix. Elle est lauréate de plusieurs prix, dont le Lion d'Or de la Biennale de Venise (2000) et le Prix Joan Miró (2009).

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