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Steichen, admiré et décrié, devenu icône

Marlene Dietrich.

Le Musée de l'Elysée à Lausanne et le Kunsthaus de Zurich présentent la rétrospective la plus complète à ce jour du photographe américain.

En 70 ans de carrière, Edward Steichen (1879-1973) n'a cessé d'innover, irritant parfois ses contemporains.

Quel contraste! Une silhouette fine, collée au cadre de l'image: cette ombre, c'est Edward Steichen, alors âgé de 19 ans, qui deviendra un véritable monument de la photographie du 20e siècle.

Monument, Edward Steichen a aussi signé une «épopée photographique», pour reprendre le beau titre donné par le Musée de l'Elysée de Lausanne à la rétrospective qu'il lui consacre.

Il en a fallu une autre, d'épopée, pour préparer cette présentation, la plus complète jamais réalisée de l'œuvre du photographe. «Les questions de droits ont été très longues à régler», a expliqué lors du vernissage le directeur du Musée de l'Elysée William Ewing, la plupart des chefs d'œuvre appartenant aux plus grands musées du monde, sans compter les collections privées.

Génial touche-à-tout

Or s'il est une chose que l'exposition révèle dans toute sa splendeur, c'est non seulement le talent de Steichen, mais c'est surtout l'abondance et la diversité de son œuvre.

Paysages, portraits, natures mortes, peinture, mode, presse, édition, photo de guerre, architecture, graphisme, publicité et pour finir réalisation d'expositions: Steichen fut un génial touche-à-tout, souvent en avance sur ses contemporains.

Les premiers tirages de Steichen, dans les tons sépia, relèvent le souci pictorialiste dont se revendique sa génération de photographes: «La photographie est l'égale de la peinture, disent-ils, et nous le prouvons.»

Tirages intacts

«Conçues pour être des œuvres d'art et pour être exposés, ces photographies ont été très bien conservées, dès le début, explique la co-commissaire d'exposition Nathalie Herschdorfer. Elles n'ont pas bougé. De plus, Steichen était un excellent technicien.»

N'hésitant pas à changer de voie, au risque de se faire détester par ceux qui l'adulaient, Edward Steichen se lance dans la photo de mode en prenant la tête, en 1923, des départements photo des magazines «Vanity Fair» et «Vogue». C'est ce volet qui est exposé à Zurich.

Toutes les stars chez Steichen

«Toutes les stars - acteurs, politiciens, écrivains - sont passées chez lui», précise William Ewing. «Or, ajoute-t-il, la maison d'édition Condé Nast, qui détient les fonds, avait un peu caché ses archives. Nous sommes arrivés à un moment où elle était d'accord d'ouvrir un peu. Quelle surprise: il y avait 2000 photographies! C'est là que l'idée de faire une deuxième exposition s'est imposée.»

Au Kunsthaus de Zurich, quelque 200 tirages originaux saisissent par l'apparente simplicité des lumières de Steichen, qui ne recourait pas à des effets artistiques. Pragmatique, il fait poser Gary Cooper ou Greta Garbo sans (trop d') affectation, mettant en valeur tant les créations des couturiers que celles et ceux qui les portaient.

Horticulteur passionné

Entre autres passions, Edward Steichen achètera aussi de nombreuses œuvres à ses contemporains, qu'il fera exposer. Obsédé par les fleurs, il gagnera un prix pour un iris qui porte son nom!

Travailleur acharné, il coloriera lui-même les 600 exemplaires d'un tirage couleur de la revue «Camera Work» fondée avec Alfred Stieglitz.

Sa dernière carrière, celle de directeur de la photographie au MoMA, ne sera pas la moins prolixe: en 15 ans, il organise 46 expositions, dont plusieurs sont des succès planétaires.

Loin du glamour des stars des années 20-30, il contribue à diffuser largement les images de la Farm Security Administration (FSA), qui, avec des photographes comme Dorothea Lange et Walker Evans, sont une radiographie sans fard de l'Amérique de la Grande Dépression.

Edward Steichen expose aussi Brassaï, Cartier-Bresson ou Doisneau. Il se lance dans d'intenses parcours thématiques. Certains, sur la guerre, réalisés avant sa nomination, ne sont pas dénués d'un certain esprit de propagande.

«The Family of Man»

Sans cloisonner les genres, il fait se côtoyer photojournalisme et photo amateur ou scientifique. L'apothéose de cette nouvelle recherche est une exposition qui est aujourd'hui la seule inscrite au Registre Mémoire du monde de l'UNESCO, «The Family of Man», ouverte en 1955, qui se voulait, après-guerre, une «vision optimiste de l'avenir. L'exposition est aujourd'hui installée en permanence au Luxembourg et une reproduction en 3D termine le parcours du Musée de l'Elysée.

«Ces dernières décennies, Steichen est un peu tombé dans l'oubli, explique Todd Brandow, co-auteur de l'exposition. Il a touché à tellement de domaines. Avec sa forte personnalité, il ne s'était pas fait que des amis.»

Mais plus de 30 ans après sa mort, les inimitiés se sont effacées. Le Musée de l'Elysée en est sûr: l'heure d'Edward Steichen a – une nouvelle fois – sonné.

swissinfo, Ariane Gigon, Zurich/Lausanne

EDWARD STEICHEN

1879: naissance dans le Grand-Duché de Luxembourg. Sa famille, aux ressources modestes, émigre aux Etats-Unis alors qu'il a 18 mois.

1900: visite de Paris, rencontre Rodin. Etudes de beaux-arts. Connu autant comme photographe que comme peintre.

1902: participe à la fondation du mouvement Photo-Secession, mouvement aussi dit «pictorialisme» qui veut mettre la photographie au même niveau que la peinture, autour d'Alfred Stieglitz. Lancement du magazine «Camera Work».

1905-1911. Expositions à la Galerie 291. Steichen est le premier à faire venir Picasso à New York, Matisse et bien d'autres. Il se passionne pour les fleurs.

1917: Steichen s'engage dans l'armée comme reporter de guerre.

1923-1937: photographe en chef de «Vogue» et de «Vanity Fair». Réalise les portraits de toutes les célébrités de l'époque.

1942: photographe de guerre au sein de la Navy.

1947: nommé directeur de la photographie du MoMA. Il organise 46 expositions jusqu'en 1962, dont «The Family of Man», inscrite au Registre Mémoire du monde de l'UNESCO.

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DEUX EXPOSITIONS

Du 18 janvier au 24 mars, le Musée de l'Elysée à Lausanne présente «Edward Steichen. Une épopée photographique».

La rétrospective a été conçue par le directeur du Musée de l'Elysée William Ewing, en collaboration avec Todd Brandow de la Foundation for the Exhibition of Photography, au Minnesota.

Un deuxième volet, «Carnet mondain», au Kunsthaus de Zurich, est consacré uniquement aux photos de mode des années «Vanity Fair» et «Vogue» - quelque 200 tirages. (Jusqu'au 30 mars)

La rétrospective a été inaugurée au Musée du Jeu de Paume à Paris en octobre 2007 car son ouverture coïncidait avec la saison des défilés et le mois de la photo.

Une reconstitution virtuelle de l'exposition «Family of Man» est également présentée à Lausanne.

Deux catalogues ont été édités en 5 langues français, allemand, anglais, espagnol et italien. Ils contiennent quelque 500 images et de nombreuses contributions de spécialistes.

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