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Trois Suisses à la rentrée Echappée littéraire au cœur de l’automne

Début septembre, le Livre sur les Quais, foire d'automne de la littérature tenue à Morges, sur les rives du Léman, a permis à plus 330 auteurs de rencontrer leur public.

Début septembre, le Livre sur les Quais, foire d'automne de la littérature tenue à Morges, sur les rives du Léman, a permis à plus 330 auteurs de rencontrer leur public.

(Keystone)

Comme les vacanciers, les écrivains «rentrent» eux aussi. Dans l’espace francophone, la fin de l’été voit chaque année la parution, par centaines, de nouveaux romans. Parmi ceux-ci, de nombreux Suisses cet automne. Sélection.

Dans l’espace francophone européen, c’est désormais un rituel; il porte un nom: «la rentrée littéraire». Le monde des écrivains, des éditeurs, des libraires et de la presse entre ainsi en ébullition chaque année à partir de fin août. L’effervescence dure jusqu’à la première semaine de novembre qui voit le couronnement des grands talents par des prix prestigieux comme le Goncourt ou le Femina. Dans cette course à la publication, la France arrive en tête, avant la Suisse et la Belgique. Normal: elle compte les plus importantes maisons d’édition de l’aire francophone.

(Keystone)

Martin Suter

Né à Zurich en 1948. Après avoir été publicitaire à Bâle, il multiplie les reportages pour «Géo». Il écrit des scénarios pour le réalisateur suisse Daniel Schmidt, des comédies pour la télévision et des paroles pour le chanteur suisse Stefan Eicher. Depuis 1991, il se consacre à l’écriture de romans. Son premier livre «Small world», vendu à un million d’exemplaires, rencontre un succès mondial. Il est l’auteur, entre autres, de: «Le diable de Milan», «Le cuisinier», «Le dernier des Weynfeldt» et de la série policière des «Allmen». Il vit à Zurich.

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Cet automne est prévue donc la parution de quelque 600 livres écrits ou traduits en français par des auteurs de différentes nationalités. Impossible de parler de tous, bien sûr. Nous avons donc opéré une sélection (drastique), choisissant parmi les nombreux auteurs suisses trois romanciers publiés dans de grandes maisons d’édition parisiennes. Les trois que swissinfo.ch a interrogés sont très attendus pour cette rentrée. D’abord l’aîné: Martin SuterLien externe, Zurichois, 67 ans, qui sort, dans une traduction française, «Montecristo» chez Christian Bourgois. Deux jeunes genevois ensuite: Douna LoupLien externe, 33 ans, et Joël DickerLien externe, 30 ans, qui publient respectivement «L’Oragé» (Mercure de France) et «Le Livre des Baltimore» (de Fallois).

Martin Suter

Faut-il présenter Suter, le romancier suisse le plus lu de son vivant dans le monde? Traduit dans une trentaine de langues, son succès va grandissant au fil de ses nombreux thrillers. L’argent y est très souvent le mobile du crime. Son «Montecristo» n’échappe pas à la règle. En toile de fonds: la haute finance helvétique. Aïe!!!

Un jeune vidéo-reporter zurichois découvre qu’il est en possession de deux billets de 100 francs portant le même numéro de série. Cette anomalie lui met la puce à l’oreille. Il décide de mener l’enquête. A partir de là, se tisse une immense toile d’araignée retenant dans son filet quelques grandes institutions de l’Etat. La Banque nationale suisse, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, et même la Police, en prennent pour leur grade.

(Jeremy Spierer)

Joël Dicker

Né à Genève en 1985 dans une famille originaire de France et de Russie. En 2010, il obtient son diplôme de droit de l'Université de Genève. Dès 2008-2009 il se lance dans un premier roman, historique, «Les derniers jours de nos pères» publié chez de Fallois/L’Age d’Homme en janvier 2012. Son deuxième roman, «La vérité sur l’Affaire Harry Quebert», sort la même année chez le même éditeur. Il est couronné, entre autres, du Grand Prix du roman de l’Académie française et du prix Goncourt des lycéens. Son troisième roman «Le Livre des Baltimore» (de Fallois) sortira en librairie le 29 septembre prochain.

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Le roman contient une sacrée dose d’ironie. Il fait penser à la célèbre et sarcastique formule de Jean Ziegler: «Une Suisse au-dessus de tout soupçon». On le dit à Martin Suter, qui réagit: «Je ne suis pas un essayiste politique. Je voulais juste une histoire qui commence petite puis se développe comme un champignon atomique. Avant de démarrer mon roman, je me suis posé cette question: qu’arriverait-il si dans la réalité les choses se passaient comme je les décris?»

Mais n’est-ce pas là une manière détournée de dénoncer la corruption au sein de l’institution? demande-t-on à l’écrivain. «Je ne dénonce rien, répond-il. Je crée tout simplement des situations crédibles, car je crois au réalisme dans la fiction: plus l’atmosphère d’un roman est réelle, plus l’action qui s’y passe paraît probable. Le lecteur peut penser que je me livre à une critique sévère, mais non, je montre tout simplement le monde tel qu’il est, et le monde des finances va mal aujourd’hui ».

Martin Suter raconte qu’il vient de recevoir une lettre d’un haut responsable suisse à l’administration des Finances. «Il m’avoue avoir reconnu bon nombre de situations décrites dans mon roman. J’en étais flatté», lâche l’écrivain.

Joël Dicker

Lui aussi connaît la célébrité. Le succès planétaire qu’a rencontré son roman «La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert» (vendu à 3 millions d’exemplaires dans le monde) a fait de lui une star. Autant dire un poids: «J’ai un lectorat qui attend et je ne voudrais pas le décevoir», confie le romancier dont «Le Livre des Baltimore» se veut comme une suite à «L’Affaire Harry Quebert».

Sauf qu’ici on est loin du rythme haletant et captivant de cette «Affaire» au centre de laquelle se plaçait le personnage de l’écrivain à succès Marcus Goldman. On retrouve ce même personnage dans «Le Livre des Baltimore». Revenant sur sa jeunesse, Marcus raconte l’histoire de sa famille américaine à deux branches: les Goldman de Baltimore riches et célèbres et les Goldman de Montclair, très modestes. En un mot, un canevas éprouvé, digne d’un scénario hollywoodien aux tonalités sirupeuses. Le tout relevé par des rivalités familiales, des amours larmoyantes et un Drame annoncé avec un grand «D» mais qui tombe comme un pétard mouillé lorsqu’il arrive.

(Elisa Larvego)

Douna Loup

Née à Genève en 1982, de parents marionnettistes. Attirés par le lointain, ils appellent leur fille Douna, du nom d’un village africain. A l’âge de 3 ans, elle quitte la Suisse pour la France où ses parents s’installent. Des allers-retours entre les deux pays font naître chez elle un regard interrogatif sur la notion d’identité. Baccalauréat en poche, elle part à Madagascar où elle est engagée par des religieuses dans un orphelinat. «J’aidais les enfants à faire leurs devoirs du soir», raconte-t-elle. Elle est l’auteure de 3 romans publiés chez Mercure de France: «L’Embrasure», «Les lignes de ta paume» et «L’Oragé». Elle est mariée à un Malgache et mère de 2 filles.

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Où est passé le talent de Dicker? Le romancier se défend: «Je n’ai pas l’impression d’avoir baissé de niveau. Il faut dire que «Le Livre…» arrive dans un contexte difficile, après l’immense succès de «L’Affaire Harry Quebert» qui est un polar. Le lecteur qui s’attend donc à un nouveau policier sera forcément déçu. Pour ma part, je ne voulais pas m’enfermer dans un genre littéraire, mais plutôt m’offrir une liberté dans l’écriture». 

Douna Loup

Si Dicker situe l’action de son «Livre…» dans l’Amérique d’aujourd’hui, Douna Loup, elle, emmène son lecteur dans le Madagascar des années 1920. L’écrivaine franco-genevoise connaît bien l’«île rouge» pour y avoir travaillé comme humanitaire à l’âge de 18 ans. Son troisième et très beau roman «L’Oragé» revient donc sur la vie de deux poètes et militants malgaches (Rabe et Esther dans le roman) ayant réellement existé et vécu au début du siècle dernier sur leur île occupée alors par la France.

«Je cherchais depuis longtemps à écrire une histoire sur la colonisation française. Quand j’ai découvert les deux poètes, leur figure s’est très vite imposée à moi», raconte l’auteure qui, à travers la colonisation, s’interroge sur la notion d’identité. «Le rapport à une autorité dominante, toujours conflictuel, passe par la langue», confie-t-elle. Le malagasy, que la romancière parle, se frotte au français dans son roman émaillé d’expressions malgaches qui donnent à son écriture poétique un goût de l’ailleurs. Ce goût qu’elle-même porte comme une prédestinée dans son prénom: Douna. 

swissinfo.ch

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