L'art pour tous?

Art et rencontre (ici au stand de l’artiste zurichoise Bettina Biller, à gauche). swissinfo.ch

Hors du circuit feutré et néanmoins pointu des galeries, 148 artistes d'ici et d'ailleurs s'exposent à Montreux.

Ce contenu a été publié le 13 mars 2003 - 15:03

«Art forum» vise à faire se croiser artistes, public et milieux économiques, loin de tout sectarisme artistique.

Commençons par une métaphore culinaire. A une extrémité, il y a les fast-foods. Malbouffe à la chaîne, sans goût ni recherche. A l'autre extrémité, une cuisine inabordable pour le commun des mortels - parce que trop chère, intimidante et parfois rebutante à force d'avant-gardisme.

Entre ces deux extrémités, il existe une multitude de cuisines, plus ou moins savoureuses, plus ou moins originales, plus ou moins créatives, où presque chacun peut trouver son bonheur. Comme à Art Forum.

«Ce qu'on aimerait éviter, c'est les prises de tête... Cela n'a pas la forme d'une galerie, ce n'est pas feutré, c'est une manifestation tout public et les gens se sentent donc à l'aise pour rencontrer les artistes et échanger avec eux», commente Martin Bornand, président de la Fondation Art Forum.

Art et économie

A l'origine, il y a en 1996 un Congrès national de la Jeune chambre économique, axé cette année-là sur l'art et, exceptionnellement, ouvert au public.

Le succès remporté donnera aux organisateurs l'envie de poursuivre l'expérience. Ce qui se traduira par le renouvellement biennal de l'aventure, et la création d'une fondation qui gère aujourd'hui la manifestation.

Dans la continuation de l'intention d'origine, le monde économique de la région est invité à participer à l'événement, soit lors du vernissage, soit lors d'un petit-déjeuner avec les artistes qui permet aux deux univers de se croiser et d'échanger. Et puis, les organisateurs tentent également de faire se déplacer les milieux directement concernés, galeristes et marchands d'art.

«On souhaite mettre en place ces relations, mais nous ne voulons pas nous immiscer dans ce processus. Chaque artiste a la possibilité d'avoir ces contacts, de les valoriser comme il le peut, mais nous ne nous en mêlons pas. Du reste, nous ne prenons pas de commission sur le montant des ventes», constate Martin Bornand.

Lien direct avec les artistes

C'est sur leur participation à Art Forum que les artistes paient leur dû: un montant de mille francs. Sur environ 500 postulants, ils sont 148 à participer à cette édition 2003. Dont une grosse centaine de Suisses, et une trentaine de Français.

Dans la plupart des grandes foires artistiques, ce sont des galeristes qui sont invités, et qui sélectionnent eux-mêmes les œuvres de l'un ou l'autre de leurs poulains. Ce qui rend évidemment l'accès impossible aux artistes qui ne sont pas déjà bien engagés dans le système - et cautionnés par lui.

«Chez nous, la sélection se fait directement sur le dossier de l'artiste, selon des critères définis préalablement», précise le peintre Dany Dasto, président du jury. Du jury, car la manifestation est accompagnée d'un concours, qui se conclut par la remise de huit à neuf prix.

Fragmentation totale

Peintres, sculpteurs, verriers, photographes, bijoutiers... Les secteurs sont divers, et les approches pour le moins multiples. «C'est un choix délibéré de présenter au public un éventail le plus large possible», constate Jean-François Gailloud, responsable de la programmation artistique.

Mais cette diversité des registres comme de la qualité ne pénalise-t-elle pas la manifestation auprès des milieux de l'art? «On est là pour montrer des talents qui ne seraient peut-être jamais exposés dans les galeries», répond Dany Dasto.

Parfois pour des raisons de qualité, il faut l'avouer. Quelques toiles feraient indéniablement l'admiration d'un contingent de touristes japonais à Montmartre, sur la Place du Tertre. Et d'autres démontrent que leurs auteurs n'ont pas encore coupé le cordon ombilical qui les relient à la figure du Maître - Dali, Turner, Rockwell, Saint-Phalle...

Mais souvent, parce que les artistes en question ne font pas partie des courants admis par l'art contemporain «officiel», lequel, sous ses apparences d'ouverture débridée, peut faire preuve, comme chacun le sait, d'un rare dogmatisme.

Enfin, il y a ceux qui n'ont pas encore trouvé le chemin des galeries, mais qui le trouveront tôt ou tard. Car Art Forum 2003 comporte quelques perles. Les reliefs orientaux de Faïk Al-aboudi. Les étranges et sinistres figures de Muriel Desambois. Les très érotiques créatures de Nestor K. Les sculptures de Elouni Janhaoui ou de Joseph Staiano... (cf. encadré)

On pourrait en citer d'autres... Mais l'exposition est vaste.

Les ambitions d'Art Forum? Une dimension plus internationale, pour le président de la Fondation, notamment par le biais de synergies avec d'autres salons en Europe. Et, pour le responsable artistique, l'espoir de recevoir «un nombre de dossiers toujours plus important, pour pouvoir exposer un niveau artistique meilleur à chaque édition.

swissinfo, Bernard Léchot, Montreux

«Art Forum», Montreux, Centre de congrès et d'exposition jusqu'au 16 mars. Entrée gratuite.

En bref

- Art Forum en est à sa quatrième édition.

- La manifestation, biennale, vise à faire se rencontrer des artistes, les représentants des milieux économiques de la région et à susciter l'intérêt du monde de l'art: galeristes, marchands.

- Elle prétend davantage à la popularité qu'à l'avant-gardisme.

- 148 artistes sont présents jusqu'au 16 mars: peintres, sculpteurs, verriers, photographes, bijoutiers.

- Un concours est organisé, qui verra la remise de huit à neuf prix pour une dotation totale de 25 000 francs.

- Lors de sa dernière édition, Art Forum a drainé environ 10 000 visiteurs.

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