L'odeur du voisin Alias à Berne

Dans le bureau d'Alias, on danse même sur les chaises à roulettes. (Service de presse Alias). swissinfo.ch

Décidément, les 15èmes Berner Tanztage flirtent comme jamais avec le succès. Salle archicomble à nouveau pour Alias. La compagnie genevoise a déclenché un engouement sans précédent, mercredi et jeudi soirs à la Dampfzentrale de Berne, avec sa nouvelle création «L'odeur du voisin».

Ce contenu a été publié le 07 septembre 2001 - 08:59

S'il est un spectacle qui colle parfaitement au thème «amuse-bouche» de la 15ème édition des Berner Tanztage, c'est bien la nouvelle création «L'odeur du voisin» de la compagnie genevoise Alias du chorégraphe brésilien Guilherme Botelho.

En effet, Alias vous convie à table dans un restaurant où, derrière son comptoir, un sommelier orchestre la danse des allées et venues de clients tendrement caricaturés.

Au restaurant de l'Alias Compagnie

Un timide emprunté désespère de ne pouvoir être servi. Il est finalement tellement recroquevillé sur lui-même que c'est à peine s'il finit par consommer son plat.

Une femme et un homme sont assis à deux tables différentes, mais sans oser se regarder. Et pourtant, chacun d'eux exécute exactement les mêmes gestes.

Soudain, à une autre table, un homme engueule sa femme. Et prend à témoin le brochet qui est dans son assiette. Un peu comme dans Astérix, où l'un des Gaulois de l'irréductible village brandit son poisson qu'il prétend pouvoir vendre frais, alors que, pour ses potentiels clients, il est déjà pourri.

En fait, la première partie de «L'odeur du voisin» reprend le précédent spectacle d'Alias «De beaux restes», Prix d'auteur de la Seine-St-Denis, à Paris. Et décline l'approche de l'autre, de son voisin. Souvent maladroite et donc comique, mais toujours tendre et à peine exagérée.

Au propre comme au figuré, Alias fait basculer le quotidien dans la danse et l'humour. Les mets gémissent de douleur ou d'extase, selon qu'on y porte la fourchette de telle ou telle façon. La nappe est à bouffer!

Le bureau infernal de l'absurde déplaisir

Mais la force d'Alias est aussi dans le niveau très élevé de ses danseurs. A l'image de Kylie Walters qui se contorsionne avec une infinie souplesse sur des chansons sud-américaines.

Après un frugal entracte, le spectateur retrouve dans un bureau les personnages de chacune des saynètes du restaurant. Là, le chorégraphe leur fait danser l'absurdité des gestes et des comportements dans lesquels tombent irrémédiablement un patron, un comptable et des employés de commerce.

Il y a même une secrétaire qui, complètement dévêtue derrière son bureau, tape machinalement sur son ordinateur. La tête tantôt penchée de côté, histoire de tenir le cornet de son vieux téléphone; tantôt penchée en arrière, comme pour trouver une échappatoire à sa corvée quotidienne.

Dans «L'odeur du voisin», Guilherme Botelho aborde comment un employé ressent son collègue de travail, quel comportement il en découle. C'est une véritable étude sur la société du travail.

Blanches comme des feuilles tombées du ciel

Et comme toujours chez Alias, le spectacle se veut très visuel et direct. La danse se décline athlétique, avec des gestes amples et toujours exagérés.

Heureusement qu'il y a la danse pour nous faire réfléchir sur la folie de nos vies. En perte de sens? Au final, des dizaines, des centaines de feuilles blanches tombent du ciel sur les bureaux de ces messieurs dames.

C'est comme si l'on se retrouvait alors dans un hôpital psychiatrique où tout est blanc. De la table aux chaises. Des lits aux malades mentaux.

Un cataclysme inconnu a projeté à terre les employés de l'office. Seul le petit comptable cravaté aux grosses lunettes et à la jaquette de célibataire endurci reste debout, stoïque, et vient au devant de la scène contempler la fin d'un monde. Hagard et jouisseur, il a le zizi qui s'est échappé de son pantalon. C'est là tout le surréalisme chorégraphique d'Alias.

Emmanuel Manzi

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