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La bohème, du Sacré-Cœur à l'Abbatiale

Pour l'an 2000, la petite ville vaudoise de Payerne se paie un beau cadeau: «Utrillo et les peintres de Montmartre», une exposition que ne renieraient pas de plus grandes métropoles.

Ce contenu a été publié le 07 avril 2000 - 11:27

Pour l'an 2000, la petite ville vaudoise de Payerne se paie un beau cadeau: «Utrillo et les peintres de Montmartre», une exposition que ne renieraient pas de plus grandes métropoles.

Payerne, son saucisson, son aérodrome. Oui, mais aussi sa superbe abbatiale romane. Et jouxtant celle-ci, de vastes espaces récupérés principalement sur l'ancien couvent, espaces qui proposent cinq cent mètres de cimaises! Payerne, une modeste cité de 7500 habitants environ, auxquels s'ajoutent pour quelques mois Utrillo, Picasso, Modigliani, Renoir, Dufy, Van Dongen... Des noms qui, avant d'être prestigieux, fleurent bon la bohème.

En 184 toiles, dont 60 de Maurice Utrillo, c'est Montmartre qui s’offre à nous. Pas celui d'aujourd'hui, où des «artistaillons» croquent le touriste sur une Place du Tertre déguisée en décor de comédie musicale. Non, un Montmartre brinquebalant, pauvre et néanmoins fêtard, le «Lapin Agile», anciennement «Lapin-à-Gill» s'en souvient encore. Le Montmartre de la première moitié du siècle où entre villageois et chansonniers, se pressaient des peintres à l'avenir indéfini.

«Du réalisme au futurisme en passant par le cubisme, le fauvisme et l'impressionnisme, bien entendu, toutes les tendances sont nées à Montmartre, et, autour d'Utrillo, on a voulu faire ressortir l'ambiance, l'atmosphère de création et de fête qui y régnait», explique Jean-Pierre Jornod, commissaire de l'exposition.

Paradoxalement, les tendances et les écoles, Utrillo, poivrot magnifique, s'en est toujours moqué. Il peignait, tout simplement. Pour conquérir et dépasser sa mère, Suzanne Valadon, qui fut modèle de Puvis de Chavannes, de Renoir et de Toulouse-Lautrec, et peintre elle-même. Et, quand l'argent manquait, pour pouvoir troquer une chopine de rouge contre une toile.

Il peignait avec génie, en particulier entre 1910 et 1914, son «époque blanche», la plus cotée chez les collectionneurs. Puis comme un simple artisan, lorsque l'asile psychiatrique, l'alcool et surtout le succès eurent émoussé sa justesse et son inventivité picturales.

En Suisse, la dernière exposition Utrillo remonte à 1955, l'année de sa mort, au Musée Jenisch de Vevey. Depuis, plus rien. Il faut dire qu'en général, il est de bon ton de mépriser Utrillo, sa naïveté, sa facilité, sa prolixité. C'est oublier un peu vite son authenticité, et le témoignage à la fois esthétique et social que représente son œuvre. Et puis la part du rêve: «Dans les cafés voisins nous étions quelques-uns qui attendions la gloire, et bien que miséreux, avec le ventre creux, nous ne cessions d'y croire...» dit la chanson d'Aznavour.

Bernard Léchot

«Utrillo et les peintres de Montmartre», à l'Abbatiale et au Musée de Payerne du 9 avril au 18 septembre

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