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La fragilité ravageuse de Sophie Hunger



Une prestation qui fera date à Montreux...

Une prestation qui fera date à Montreux...

(Keystone)

Mercredi soir, la jeune chanteuse suisse alémanique a déployé ses ailes pour la deuxième fois au Montreux Jazz Festival, devant une salle fascinée. Une Sophie Hunger beaucoup plus lumineuse que ses albums ne le laissent présager…

23h30. Après cinq chansons en guise de rappels, Sophie Hunger, tout de rouge vêtue, entourée de ses cinq musiciens, remercie la foule. Une foule qui pendant 90 minutes l’a écoutée avec une attention totale, rare.

Peu avant, entre deux titres, dans son français hésitant et timide, elle faisait cet aveu: «Il y a beaucoup d’années, j’ai fait un ‘pass’ illégal pour le backstage… et je suis restée quatre jours. J’avais 21 ans. J’ai pensé: c’est le paradis… et je ne pensais pas faire un jour partie de ça. Merci!»

Comme quoi il est parfois utile de braver les lois, festivalières en tout cas. Il y a six ans, Sophie Hunger se glissait donc subrepticement en coulisse. Aujourd’hui, le Miles Davis Hall lui fait un triomphe.

De l’ombre à la lumière

Rappel des faits… Il y a deux ans, lors de son premier passage au Montreux Jazz Festival, la Bernoise Sophie Hunger, zurichoise d’adoption, n’est connue que de quelques happy few. A son actif ne figure qu’un CD, «Sketches On The Sea», enregistrement maison et autoproduit.

Mais des images extraites de ses concerts circulent déjà sur YouTube, alimentant le buzz d’un étonnant génie en herbe venu des contrées helvétiques. Signé par un label suisse romand, «Two Gentlemen», Sophie Hunger publie ensuite «Mondays’s Ghost», salué avec une rare unanimité – Rolling Stone Magazine va jusqu’à la mentionner parmi les «10 newcomers» de l’année.

Tournée internationale, prestations audiovisuelles diverses (on se souvient notamment d’un Nagui quelque peu décontenancé par les silences et l’humour décalé de la jeune Bernoise participant à l’émission Taratata), Sophie Hunger devient une sorte de référence de la chanson alternative – si ce mot a un sens.

En 2010 paraît son 3e album, «1983». Un disque relativement difficile d’accès, mais qui poursuit cette mise en place d’un univers personnel, paradoxalement frais et sombre à la fois. Si l’anglais et l’allemand y dominent, y figure également un titre en suisse allemand et un autre en français: la reprise éthérée de «Le vent nous portera», de Noir Désir.

Une reprise qui va sérieusement faciliter la tâche à Sophie Hunger pour pénétrer le marché français. Son label, «Two Gentlemen», est romand, l’album a été enregistré à Paris et il y a clairement en France une curiosité frémissante à l’égard de l’artiste germanophone. Ce qui d’ailleurs n’est pas une première: un certain Stephan Eicher a aussi connu la célébrité grâce, principalement, à l’Hexagone…

Après avoir présenté il y a quelques jours une création spéciale aux Eurockéennes de Belfort et avant de participer au Festival des Vieilles Charrues, en Bretagne le 16 juillet, Sophie Hunger passait donc mercredi soir, après les Mumford & Sons, au Miles Davis Hall de Montreux.

Deux mondes

Soyons franc. Tout en leur trouvant d’évidentes qualités, je n’ai jamais complètement adhéré aux albums de Sophie Hunger. Ou disons que je ne me les suis jamais passés en boucle. Trop grincheux. Et cette attitude de petit ourson boudeur…

Mais voilà… avec elle, la scène est un autre monde. Tapis sonore de cymbales, de basse et de guitare. Trombone irréel. Et soudain la voix de Sophie Hunger, à la limite du cri primal… L’ouverture du concert nous dit tout de suite qu’on entre dans une autre dimension.

«Lovesong To Everyone» au climat rock pour commencer, «invisible» funkisant pour continuer, deux titres de son dernier album, dont elle va jouer de très nombreux titres au cours du concert. Des titres qui soudain prennent des allures de futurs classiques: «Citylights Forever», «Your Personal Religion», formidablement rageur ou le superbe «Headlines», calme malgré sa lourde batterie. Pas un mot dans la salle. Silence religieux, non, disons plutôt 'absolu', pour cette voix suspendue, qui joue aussi bien du murmure fragile que de sa puissance. Il y aura aussi la reprise de Noir Désir, et «1983», la chanson-titre de l’album, en allemand.

Autour de Sophie Hunger, cinq musiciens, tous Suisses, qui sculptent brillamment l’univers de la chanteuse, laquelle passe régulièrement de la guitare au clavier: Simon Gerber (basse), Julian Sartorius (batterie), Manuel Troller (guitare), Christian Prader (flûte, guitare, piano), et l’incontournable Michael Flury, dont le trombone transcende les versions live des chansons de Sophie Hunger, un trombone dont le jeu évoque davantage celui d’une guitare saturée que d’un cuivre.

Sophie Hunger n’est pas une bête de scène. Conserve quelques tics des grands timides. Parle avec ce mélange de paralysie et d’audace qu’avait par exemple Charlotte Gainsbourg dans ses jeunes années. Elle bouge peu. Mais rayonne. Beaucoup de choses semblent se passer en elle. Ainsi quand, lors des rappels, dans une ambiance musicale martelée et paroxystique, inondée de lumière rouge, après avoir poussé sa voix là où on personne ne l’attend, elle tourne ses yeux grands ouverts vers le ciel. Volcan intérieur.

A quand un album live?

Bernard Léchot, Montreux, swissinfo.ch

Sophie Hunger

Berne. De son vrai nom Émilie Jeanne-Sophie Welti, Sophie Hunger est née en 1983 à Berne. Enfant, elle vit à Londres puis à Bonn, villes où son père diplomate est en fonction.

Tardive. Elle commence le piano à 9 ans, mais n’insiste guère. Elle commence à chanter dans un groupe rock à 19 ans (2002), et ce n’est qu’à 23 ans qu’elle compose sa première chanson.

Autoproduit. Son 1er album, autoproduit et bricolé, «Sketches on Sea» est publié en 2006. Il contient des chansons en anglais, en allemand, en suisse allemand. Sophie y joue du piano et de la guitare.

Two Gentlemen. Elle est rapidement prise en main par le label romand «Two Gentlemen» qui va largement participer à lancer et à aiguiller sa carrière.

Montreux. En 2008, reconnaissance rapide, elle donne un 1er concert dans le cadre du Montreux Jazz Festival (Miles Davis Hall).

Discographie. Côté albums, suivront «Monday's Ghost» (2008) et «1983» (2010). Avec le groupe «Fisher», sous le nom Emilie Welti, elle publie «Fisher» (2006). Elle a également signé des musiques de films.

Concerts. Sophie Hunger tourne beaucoup, en Suisse et dans plusieurs pays européens, dont la France. Elle vient de présenter un projet spécial aux Eurockéennes de Belfort, en compagnie du Canadien Patrick Watson et de l’Américain Piers Faccini.

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Montreux Jazz Festival

Plus de deux semaines. Le 44ème MJF se tient du 1er au 17 juillet.

Partout! Outre les concerts payants donnés dans les deux salles principales du festival (Auditorium Stravinsky et Miles Davis Hall), de nombreuses spectacles et animations complètent le menu, dont les multiples concerts gratuits, les croisières musicales sur le Léman, les workshops instrumentaux, les concours.

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