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La photo, une «revanche» avant tout historique

Sous le titre «Hinter den Bergen», l’Autrichien Lois Hechenblaikner offre une lecture dialectique et burlesque de la vie dans les Alpes d’autrefois et d’aujourd’hui.

De l’excentricité urbaine à la folie guerrière, en passant par la commercialisation du sexe, l’exposition présentée à Genève dans le cadre du festival «50JPG» ratisse large. «La Revanche de l’archive photographique» interroge la mémoire individuelle et collective. Ambitieux.

Il faut savoir dire «non» lorsque les droits humains sont bafoués. Mais également dire «oui» à la créativité artistique. Non aux guerres, aux prisonniers d’opinion, aux camps de concentration, au terrorisme… Oui aux artistes qui savent illustrer les injustices.

«La Revanche de l’archive photographique» est dans ce désir-là, libérateur et créateur. Libérer la mémoire alourdie par des souvenirs douloureux. Lui offrir la photo comme espace d’expression. C’est ce que fait cette exposition présentée dans le cadre du festival «50JPG» (50 Jours pour la photographie à Genève), au Bâtiment d’art contemporain.

Organisée par le Centre de la photographie, cette «Revanche», avant tout historique, couvre des travaux d’artistes réalisés entre 1970 et 2010. Elle constitue le cœur des «50JPG», manifestation triennale dont la troisième édition se tient donc à Genève jusqu’au 31 juillet.

A l’affiche de cette exposition ambitieuse et touchante, des photographes et des vidéastes du monde entier. Une quarantaine environ. Tous n’ont pas forcément la mémoire endolorie. Cette mémoire-là se cultive surtout dans des pays où les carcans sclérosent la vie. Quelques Etats du Proche-Orient ou d’Amérique latine. Leurs artistes ont l’œil fin. Ici des Libanais, là des Argentins.

L’érotisme pour libérer la parole

Côté libanais, il y a, entre autres, Walid Raad et Akram Zaatari. Les photos prises par le premier réveillent les blessures d’une guerre, celle qu’Israël livra au Liban durant l’été 1982. Vues impressionnistes de Beyrouth scintillant sous les feux ennemis. Pauses bucoliques des soldats israéliens se reposant à l’ombre de leurs chars, sur le flanc des collines qui dominent la ville.

La vidéo réalisée par Akram Zaatari est, quant à elle, d’une précision chirurgicale. Elle suit les gestes tout aussi chirurgicaux d’un ancien membre de la résistance communiste au Liban, détenu dans une prison israélienne. Le prisonnier a trouvé un moyen ingénieux pour communiquer avec son entourage. D’une main fragile, il écrit une lettre en miniature sur un papier miniature enroulé autour d’une toute petite capsule que l’on se passe de bouche en bouche lors d’un baiser échangé. L’érotisme pour libérer la parole.

Côté argentin, il y a cette voix qui ne vous lâche pas. Elle remplit l’espace par son intonation lancinante, brouillée au rez-de-chaussée, puis plus claire au fur et à mesure que l’on se rapproche du premier étage. La voix égrène des noms. Elle s’échappe d’un téléviseur. A l’image, des élèves d’un collège de Buenos Aires. Ils répondent présents à l’appel. Pas tous, car parmi eux certains ont disparu.
Il faut dire que nous sommes dans l’Argentine des généraux, celle des années 1970. La dictature ne fait pas de cadeau. Il est bon de le rappeler. L’artiste argentin Marcelo Brodsky le fait à sa manière dans cette vidéo intitulée «Buena Memoria».

Les Alpes d’hier et d’aujourd’hui

En matière de mémoire, il y a plus gai dans l’exposition. Il y a cette projection de diapositives, signées Lois Hechenblaikner. L’artiste autrichien suggère ici une lecture dialectique et burlesque de la vie dans les Alpes tyroliennes. Les Alpes d’autrefois et les Alpes d’aujourd’hui. Le temps qui a passé entre les deux charrie son lot de vulgarité et d’opportunisme commercial. Au poulailler d’hier qui se fond dans le paysage, fait pendant le kiosque en tôle qui jure avec les pâturages. On y vend de la bouffe à emporter. En lettres rouges, l’enseigne affiche «Happy Chicken».

C’est que l’urbanisme est passé par là. La montagne en souffre. Et les villes ne sont pas épargnées, victimes elles aussi d’une modernité agressive. Pour le dire, voici Marie Sacconi. La plasticienne romande a puisé une soixantaine de photos dans les archives d’une entreprise de nettoyage genevoise. Prises par les employés eux-mêmes, ces photos racontent l’avant et l’après d’un «combat de rue». Combat pour une ville propre. Avant, ce sont les tags et les graffitis qui envahissent l’espace public. Après, ce sont les containers.

Tels qu’agencés par Marie Sacconi, les clichés suggèrent une mise au rebut de l’art de la rue, si tant est que l’on puisse considérer le graffiti comme art.

De l’excentricité urbaine à la folie guerrière, en passant par la commercialisation des pratiques sexuelles (interviews de prostituées réalisées sur vidéo), l’exposition ratisse large. Elle interroge la mémoire historique aussi bien que l’intime ou le quotidien. En un millier de photos, défile un monde complexe, multiple, confronté au temps qui passe. Un peu comme dans ce film vidéo, tourné par le Canadien Roy Arden, où se succèdent à un rythme effréné les images d’une société, la nôtre, prise de vitesse.

Ghania Adamo, swissinfo.ch

Infos pratiques

«La Revanche de l’archive photographique», Genève, Centre de la photographie, Bâtiment d’art contemporain. A voir jusqu’au 31 juillet.

L’exposition est présentée dans le cadre du festival «50JPG».

A noter que le 22 juin, à 18h30, une conférence sera donnée à cet effet par Jacob Holdt.

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Les «50JPG»

Les «50JPG» (50 Jours pour la photographie à Genève) est une triennale consacrée à la photographie, conçue par le Centre de la photographie, Genève (CPG).

La première édition eut lieu en 2003. Chaque édition questionne par la photographie une problématique contemporaine.

Après «Représentation du travail/Travail de représentation», en 2003, et «Photo Trafic», en 2006, voici, pour l’année 2010, «La Revanche de l’archive photographique».

Cette troisième édition réunit autour d’elle une vingtaine d’institutions, de galeries d’art et d’espaces alternatifs genevois proposant des expositions photographiques sur le même thème.

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