Lausanne se penche sur son passé récent

Comptoir Suisse, Beaulieu, vue générale, 1935. A. Kern

En 550 photos, le Musée historique de Lausanne nous plonge dans un passé proche et déjà lointain. Cette belle exposition s'intitule «Regards sur la ville: Lausanne, 1900-1939».

Ce contenu a été publié le 11 mars 2001 - 10:49

Dans un salon bourgeois, Gustave Doret, Jean et René Morax prennent la pose autour d'un piano; nous sommes en 1910. Un peu plus loin, de jeunes enfants, vêtus sinon de haillons, en tout cas de vêtements symptomatiques de leur pauvreté, trient des pommes de terre. Nous sommes en 1919, dans le quartier mal famé d'alors, sous le Pont Bessières d'aujourd'hui...

Une photo rare. Car, dans la première moitié du siècle dernier, le 20e, les photographes ne s'intéressaient pas de la même façon à tous les sujets: «Les images les plus difficiles à trouver ont été celles de la vie quotidienne, et plus particulièrement des classes défavorisées», commente Anne Leresche, commissaire de l'exposition.

«La bourgeoisie est largement représentée... En revanche, des photographies représentant des femmes au travail ou des ouvriers oeuvrant dans les conditions très rudes de l'époque sont rares. D'abord ce n'était pas vendable, personne n'aurait mandaté un photographe pour ça. Et deuxièmement, les patrons n'avaient pas du tout envie qu'on montre la réalité de l'entreprise», ajoute-t-elle.

Pourtant, quelques documents laissent deviner l'âpreté de l'existence de certains... Au début du siècle, ce sont, semble-t-il, 80% des enfants lausannois qui souffraient de malnutrition et de maux apparentés.

Dans la période envisagée, 1900-1939, Lausanne bouge... déjà. Le remblayage de la Vallée du Flon, à base de terre et d'ordures, mange progressivement les vignes qui y poussaient. La famille Mercier achète tout le coin pour le transformer en zone industrielle, triste pépinière d'entrepôts. La poésie n'y reviendra qu'à la fin du siècle, quand les artistes auront pris possession des bâtiments industriels...

La ville s'équipe en eau et en électricité. Les routes se développent, pour répondre à une nouvelle venue baptisée automobile. Et les ponts, car Lausanne a la topographie capricieuse.

«Lausanne a connu une croissance en trois dimensions. Il y a un bas de la ville, une périphérie en creux, et une ville haute reliée par ses ponts... Cela perturbe sa lecture, mais cela contribue à faire de Lausanne un site singulier: plongées, contre-plongées, pour quelqu'un qui a le regard du photographe ou du cinéaste, c'est un environnement spatial intéressant», constate Sylvain Malfroy, historien de la ville au Département d'architecture de l'EPFL.

Les 550 photos de l'exposition sont tirées des 100.000 images que comptent les archives du musée. Un simple échantillon peut-être, mais un échantillon suffisamment fort pour que l'on sente respirer cette ville d'il y a longtemps, finalement pas si longtemps que ça: on imagine aisément l'émotion, face à ces photos, de ceux qui l'ont connue alors.

Bernard Léchot

«Regards sur la ville: Lausanne 1900-1939», au Musée historique de Lausanne, Place de la Cathédrale 4, jusqu'au 19 août.

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