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Les «racines» suisses du batteur Billy Cobham

Une autre façon de voir Billy Cobham...

(swissinfo.ch)

Il y aura bientôt trente ans qu’une véritable légende de la batterie, Billy Cobham, vit en Suisse. A l’occasion de la sortie de son nouvel album, «Palindrome», nous nous sommes rendus chez lui, dans la campagne bernoise, pour un long entretien dont voici la première partie.

Billy Cobham… Un nom qui résonne dans la tête de ceux qui ont suivi l’aventure du jazz et du rock, et qui ont vu ces deux genres pourtant éloignés oser des rapprochements et des métissages aussi décoiffants que parfois dérangeants sous le nom de «jazz fusion». On disait aussi «jazz rock», à une autre époque.

Billy Cobham, un nom auquel viennent s’accoler, dans notre mémoire, une multitude d’autres noms: Miles Davis, John McLaughlin (ils créèrent ensemble le ‘Mahavishnu Orchestra’), Carlos Santana, les frères Brecker, Tommy Bolin, George Duke… et la liste pourrait être encore très longue.

Billy Cobham, batteur ambidextre et maître des polyrythmies, et compositeur dans de multiples registres vit depuis de nombreuses années dans un village bien helvétique, situé entre Berne et Bienne.

swissinfo.ch: J’écoutais votre dernier album en venant chez vous… C’est assez étrange d’entendre votre musique dans ce paysage de campagne bernoise. Comme un décalage!

Billy Cobham: Et c’est pourtant ici que cela a été créé! Il s’agit maintenant pour moi de réaliser que j’ai passé près de trente ans ici, et que j’ai donc écrit largement plus de musique ici en Suisse que n’importe où ailleurs auparavant!

swissinfo.ch: Comment aviez-vous choisi de vous établir ici?

B.C.: C’était au début des années 80. Nous étions à la fin d’une tournée, et j’avais décidé de traîner quelques jours à Zurich. C’était une période un peu ‘volatile’ aux USA. Jimmy Carter avait quitté sa place, Reagan lui avait succédé et avait subi une tentative d’assassinat…

Ce qui m’a frappé alors, c’est le nombre d’angles différents à travers lesquels on analysait cela ici. Chaque chaîne de télévision suisse - en français, en allemand, en italien, en romanche - couvrait l’actualité américaine, plus les chaînes allemandes, françaises! Je me suis dit: l’Europe peut donc avoir toutes ces opinions, tous ces regards différents en fonction des langues et des régions? Il serait peut-être intéressant d’apprendre quelque chose au contact des gens d’ici.

D’autant plus qu’il me semblait que, aux Etats-Unis, je n’avais plus rien à ‘extraire’ de la société. J’avais besoin d’un break, besoin de voir si je pouvais développer des relations humaines ailleurs. Et je me sentais bien en Europe.

Je jouais parfois dans un petit club de Zurich, le Bazillus. Un soir, un gars m’a dit: «Eh Billy, j’espère que tu joueras mieux que la dernière fois!» Et j’ai trouvé ça intéressant: il ne me l’a pas dit de façon négative. En fait, il avait un regard critique, analytique, par rapport à la musique. Impossible d’entendre ça aux USA! Là-bas, ce serait «Yeah, sounds good, man, yeah, right!», et c’est à peu près tout. J’ai réalisé qu’ici, si un jour tu ne joues pas vraiment bien, on va te critiquer. Cela t’amène à t’interroger, à réfléchir.

Bref, ainsi va la vie. A cette époque, l’idée de vivre ici m’a attiré. Je me suis donc dit que j’allais voir si je pouvais rester six semaines. Trente ans plus tard, j’essaie toujours de rester six semaines!

swissinfo.ch: Et maintenant, vous parlez bien sûr (!) couramment le suisse allemand et le français!

B.C.: Grüezi mitenand, ich bin Billy Cobham, ich lebe in der Schweiz, ja! (Eclat de rires).

En ce qui concerne le français, non, car je vais très rarement en Suisse romande. C’est d’ailleurs incroyable… j’ai joué pour la toute première fois de ma vie à la Radio suisse romande il y a quelques semaines! Je n’avais jamais été invité à le faire auparavant! En Suisse, les quatre régions linguistiques sont vraiment hermétiquement séparées. Si tu joues en Suisse allemande, personne ne te connaîtra pour autant en Suisse romande, en Suisse italienne ou chez les Romanches! Et c’est quelque chose dont je pâtis: en Suisse, je n’ai presque toujours joué qu’en Suisse allemande.

swissinfo.ch: Je connaissais le problème pour les musiciens suisses, mais je ne pensais pas que cette frontière linguistico-culturelle était aussi valable pour Billy Cobham!

B.C.: Dans les autres régions, personne ne sait que je suis ici! Bref, je suis toujours «a new kid in town», un nouveau venu. Après trente ans! Dans un sens, c’est sympa, mais dans un autre, ce serait bien de pouvoir jouer partout, surtout avec le groupe que j’ai maintenant (qui inclut plusieurs musiciens francophones, ndlr). Ce serait un rêve de jouer en Suisse romande!

Or les choses ne se font pas toutes seules: il faut que quelqu’un nous invite. Le seul festival romand qui a eu cette démarche pour le moment est celui de Claude Nobs, le Montreux Jazz Festival.

swissinfo.ch: Vous êtes né au Panama, vous avez vécu aux Etats-Unis puis en Suisse. Avez-vous des racines quelque part, ou cette notion n’est-elle pas très importante pour vous?

B.C.: Mes racines sont importantes… et pourtant, pendant longtemps, j’ai eu l’impression de ne pas en avoir. Les Etats-Unis, c’est en fait simplement un pays où j’ai été emmené par mes parents - qui sont entretemps décédés, il y a trois ou quatre ans. Mes racines, en fait, je les ai cherchées jusqu’à ce qu’on arrive dans ce village: je crois que mes racines sont ici.

C’est un lieu tranquille, et j’ai besoin de tranquillité. Alors que Zurich est comme New York. J’ai une bonne expérience des villes, mais ce n’est plus pour moi. J’avais envie de calmer le jeu, d’apprécier la vie. Je peux le faire ici. Et cela me rend plus créatif, parce que je peux voir les choses autrement.

Entre ce village de Suisse allemande et Panama City, je suis plutôt heureux. ‘This is where it should be’…

A SUIVRE…

Bernard Léchot, swissinfo.ch




Billy Cobham

Panama – NY. Né en 1944 à Panama, il grandit à New York où s’est installé sa famille. Il obtient son diplôme de la ‘High School of Music and Art’ en 1962.

Miles Davis. A la fin des années 60, il va collaborer notamment avec les Brecker Brothers, puis travailler avec le trompettiste Miles Davis, avec lequel il tourne et enregistre plusieurs albums.

Mahavishnu Orchestra. L’étape suivante sera la fondation en 1971, avec John McLaughlin, du Mahavishnu Orchestra, formation-clé de ce que l’on nommera le ‘Jazz Fusion’.

Spectrum. Son 1er album solo, ‘Spectrum’ (1973), avec notamment le guitariste Tommy Bolin et le claviériste Jan Hammer, fera l’effet d’une bombe musicale.

Collaborations. Les bases sont posées… Au cours des années 70, 80 et 90 les collaborations vont être multiples: Carlos Santana, Carly Simon, Jack Bruce (‘Jack Bruce & Friends’), Stanley Clarke, George Duke, John Scofield, Grateful Dead etc.

Peter Gabriel. Avec Peter Gabriel, il collabore à la musique de ‘La dernière tentation du Christ’, participe au festival Womad en 1993. Une partie de ‘Palindrome’ a été travaillée dans les studios Real World, et la plus grande partie à Berne.

Séries. Il s’est attelé à plusieurs ‘Séries’ discographiques. ‘Drum N voice’ (dernier volet en date en 2009, avec notamment Chaka Khan, Gino Vanneli, George Duke, Brian Auger, John Scofield), mais aussi ‘The Art of Jazz’ (alternant trio, quartet, quintet) ou les relectures de son passé musical comme ‘Palindrome’.

«Open handed lead». Billy Cobham est un ambidextre de la batterie, c'est-à-dire qu'il peut mener le tempo de l'une ou l'autre main et a développé un style éminemment personnel grâce notamment à cet atout.

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Palindrome

Musiciens: Ernie Watts (bois), Michael Rodriguez (trompette), Marshall Gilkes (trombone), Jean-Marie Ecay & Dean Brown (guitares), Philippe Chayeb (basse), Wilbert Junior Gill (Steel drums), Christophe Cravero (keyboards and violin) & Marco Lobo (percussions).

Reprises: ‘Moon Germs’ (tiré de ‘Total Eclipse’, 1975), ’Days Grace’ (album ‘Flight Time’, 1981), ‘Two For Juan’ (album “Picture This”, 1987), ‘Alfa Waves’ (album ‘The Traveler’, 1995) et ‘Mirage’ (album ‘Focused’, 1997).

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Sonic Mirror

Film. En 2007, le réalisateur Mika Kaurismäki a consacré un film documentaire à Billy Cobham. «Un voyage musical depuis la Finlande jusqu'au Brésil en passant par les Etats-Unis et la Suisse où un centre d'accueil de jeunes autistes utilise la musicothérapie».

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