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On ne change pas un style qui gagne

Reuters

Un doux mélange de styles, de stars et d’improvisation: Mathieu Jaton connaît à fond la recette du succès du Montreux Jazz. Le nouveau directeur ne peut, et ne veut marquer l’événement de sa griffe personnelle. Il veut au contraire préserver l’esprit insufflé par Claude Nobs, son prédécesseur et fondateur du festival.

Ce contenu a été publié le 03 juillet 2013 - 11:00
Andreas Keiser, swissinfo.ch

Mathieu Jaton n’avait que 18 ans quand Claude Nobs l’a engagé comme assistant. En 1999, à sa sortie de l'école hôtelière de Lausanne, le jeune homme devenait ainsi responsable du marketing et du sponsoring puis, en 2011, secrétaire général. Depuis quelques années, il s’était vu confier la direction par Claude Nobs, fondateur en 1967 de ce festival devenu incontournable et qui en était resté le maître spirituel jusqu’à sa mort, en janvier dernier.

Aujourd’hui, à 38 ans, Mathieu Jaton est le patron d’une entreprise affichant un budget annuel de 25 millions de francs, et qui emploie 25 employés à temps plein, sans compter le millier de temporaires et bénévoles engagés durant la manifestation.

Improvisation et spontanéité toujours reines

Claude Nobs était exigeant. Il attendait une loyauté absolue, selon ses anciens collaborateurs. Si, à New York, à Tokyo ou à Berlin, le nom de Montreux évoque immédiatement le Jazz Festival plutôt que la station idyllique et un peu endormie des bords du Léman, c'est à Claude Nobs qu’en revient le mérite.

En manager pragmatique, Mathieu Jaton professe en toute sérénité qu’il peut et qu’il doit poursuivre l'œuvre de son mentor charismatique. «C’est extrêmement difficile de développer une ‘patte’, qu’elle soit de Jaton ou de Nobs», répond-il quand on lui demande quelle direction musicale il veut donner à l'avenir au festival. «La patte 'Montreux' que je défends, c’est la qualité. Nous devons offrir les meilleures conditions possibles pour que des gens comme David Bowie jouent quatre heures de plus que dans un concert normal. La culture de Montreux, c'est l'imprévisible, l'improvisation, ce sont les rencontres spontanées, les jam sessions.»

Quarante-huit soirées

Mathieu Jaton ne se perd pas en considérations alambiquées sur la ligne artistique du festival. «Nous cherchons qui est disponible et qui peut convenir à Montreux. Les médias dissertent à chaque fois sur les concepts et les stratégies de notre programmation. Mais nous sommes dans un monde différent.»

Ce pragmatisme s’explique par le fait que le festival se joue sur seize jours dans trois grandes salles dont les programmes sont de styles très différents les uns des autres. Ce qui signifie qu’il faut vendre 48 soirées.

Montreux a donc d’emblée une position différente des grands festivals européens qui, habituellement, se tiennent en plein air, sont d’une durée plus courte, ne comptent qu’une à deux stars par jour, avec des groupes un peu moins connus. «Dans les open airs, le public achète une ambiance tandis que, chez nous, il achète un concert d'artiste», précise Mathieu Jaton.

Legs à l’Unesco

«The Claude Nobs Legacy», la collection des enregistrements audio et vidéo du Montreux Jazz Festival, a rejoint les documents du Patrimoine mondial de l'Unesco.

Ce n'est que la deuxième inscription suisse après les manuscrits de Jean-Jacques Rousseau.

Le legs de Claude Nobs contient 10’000 bandes magnétiques et plus de 5000 heures d’enregistrement de concerts depuis la création du festival en 1967.

Parmi celles-là, des enregistrements exceptionnels, par exemple la toute dernière parution de Miles Davis sur scène en 1991. Claude Nobs a offert les bandes encore de son vivant à l'Unesco.

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Retour aux sources

Cette édition 2013 voit la sortie de scène du Miles Davis Hall et du Jazz Café, qui appartiennent désormais au passé. Mais, outre les concerts gratuits à l’extérieur, Montreux offre toujours trois salles de concert. L’Auditorium Stravinsky est, comme toujours, réservé aux stars. La nouveauté, c’est le Montreux Jazz Lab (2000 places), consacré aux découvertes de l’électronique, de la pop et du rock, et le Jazz Club (350 places assises), qui propose des musiciens connus et moins connus du jazz et du blues.

Le Jazz Club marque un retour du festival à ses racines: le jazz. Du coup, il y a moins de pression pour remplir chaque jour deux grandes salles. «Le Jazz Club, c’était mon idée. J'ai discuté de ce changement encore avec Claude et nous avons pris cette décision ensemble, raconte Mathieu Jaton. Cela nous permet une plus grande flexibilité pour présenter des jeunes ou des musiciens moins connus. Ils étaient parfois un peu perdus dans les grandes salles et n'étaient pas assez pris au sérieux.»

En outre, le Club accueille aussi cette année des stars comme George Benson, David Sanborn ou Charles Lloyd qui avait été la grande attraction en 1967, avec un pianiste de 22 ans, un certain… Keith Jarreth.

Le fait que beaucoup de musiciens, et certains depuis des décennies, viennent régulièrement à Montreux n’est absolument pas «un concept», précise Mathieu  Jaton. «C’est très clair: les concepts se résument aux tournées des musiciens. Par exemple, je ne peux pas dire 'je veux Herbie Hancock ou David Bowie'. S’ils ne tournent pas, ça ne marchera pas.»

Prince voulait les trois

Depuis des années, le Montreux Jazz emploie six concepteurs de programme. Claude Nobs se consacrait aux projets spéciaux, à la coordination et à la vision générale. Maintenant, ces tâches incombent à Mathieu Jaton. «C’est très important de ne pas programmer trois groupes du même style le même soir dans trois salles différentes. Cela cannibaliserait le public. De plus, chaque soirée doit avoir une certaine cohérence, une histoire propre, comme par exemple le concert avec Bobby Womack et Wyclef Jean. Là, ce seront deux générations de la musique noire qui se succéderont sur la scène.»

Autrefois, Montreux était l'unique grand festival d'été en Suisse. Aujourd’hui, il y en a environ 400 à se partager les faveurs du public. Sa légende confère à Montreux l'avantage que beaucoup de musiciens veulent absolument s’y produire pendant leur tournée. Ainsi, Mathieu Jaton a-t-il reçu en février un appel du manager de Prince. «Nous lui avons proposé trois dates possibles. Il a répondu qu’il les voulait les trois.»

Les trois concerts de la star sont vendus depuis des semaines. Il en sera de même pour la plupart des autres soirées. La vente à l’avance a rarement aussi bien marché que cette année: Mathieu Jaton ouvre donc la succession de Claude Nobs sur un succès.

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