Moritz Leuenberger sur la corde raide

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Round décisif ce mardi à Bonn dans les négociations entre la Suisse et l'Allemagne sur la question du trafic aérien au nord de Zurich. Soumis à de très fortes pressions, le président de la Confédération dispose d'une marge de manoeuvre étroite, dans un dossier devenu depuis quelques semaines un enjeu véritablement national.

Ce contenu a été publié le 04 septembre 2001 - 08:50

C'est au soir du 23 avril dernier que la tempête s'est levée. Le ministre des Transports et président de la Confédération, Moritz Leuenberger, venait de se mettre d'accord avec son homologue allemand sur les grandes lignes d'un nouvel accord sur le trafic aérien entre les deux pays.

Point litigieux: l'utilisation du ciel allemand par les avions en approche de l'aéroport de Zurich-Kloten. Résultat: des restrictions de survol le soir et le week-end, ainsi qu'un plafonnement à 100 000 vols par an, dès 2005.

«Inacceptable!» s'écrièrent de nombreuses voix, surtout à Zurich. «Jamais un conseiller fédéral n'a été autant humilié à l'étranger», jugeait même Elmar Lederberger, membre de l'exécutif de la métropole zurichoise, et pourtant camarade de parti du socialiste Leuenberger.

Depuis, le front du refus - emmené par Unique Zurich Airport, la société privée qui gère l'aéroport de Kloten - n'a cessé de s'élargir. Des opposants qui agitent la menace d'un échec devant le Parlement, au cas où l'accord serait signé.

Position commune des partis bourgeois

En outre, les trois partis gouvernementaux bourgeois viennent d'écrire une lettre commune - une démarche exceptionnelle - au Conseil fédéral. Un appel demandant au gouvernement de rester ferme face à l'Allemagne.

Radicaux, démocrates du centre et démocrates-chrétiens jugent que les mesures prévues discriminent la Suisse. Et qu'elles sont ainsi contraires à l'esprit de l'accord bilatéral passé avec l'Union européenne. Ils critiquent, en particulier, le critère retenu dans le projet d'accord, celui du nombre de survols, lui préférant une limitation du bruit.

Le ministre des Transports se retrouve donc soumis à de très fortes pressions. D'autant que la toute dernière rencontre de Moritz Leuenberger avec son homologue allemand, Kurt Bodevig, n'a pas permis conclure. Principales pierres d'achoppement: la conformité à l'accord bilatéral, justement, ainsi que le nombre de mouvements durant la période transitoire.

Plus grave, en annonçant que Berlin prendrait unilatéralement des mesures restrictives en cas d'échec, le ministre allemand a encore fait monter la pression d'un cran. Un véritable chantage, selon le quotidien zurichois Blick.

Difficile, mais pas impossible

La mission de Moritz Leuenberger est difficile. Mais pas impossible. D'autant que le président de la Confédération a marqué plusieurs points, ces derniers jours.

Il a tout d'abord amené ses collègues du Conseil fédéral à réitérer leur volonté d'aboutir à un accord. Il a ensuite réussi à convaincre les onze cantons concernés à soutenir, eux aussi, une poursuite des discussions.

Enfin, lors des derniers entretiens de Watteville, Moritz Leuenberger a réussi à modérer l'opposition des partis bourgeois, dont aucun n'a finalement exigé la rupture immédiate des négociations.

On met d'ailleurs aujourd'hui en avant, tant au PRD qu'au PDC, la valeur tactique de la lettre envoyée la semaine dernière au Conseil fédéral. «C'était pour que l'Allemagne sente que Moritz Leuenberger ne peut pas faire n'importe quoi et qu'il est soumis à une forte pression politique interne», explique Barbara Perrirard, porte-parole du Parti radical.

Du coup, la position de Unique semble quelque peu s'affaiblir. L'aéroport de Kloten - soutenu notamment par Swissair et par les aéroports de Bâle et de Genève - a fait parvenir au gouvernement, il y a une dizaine de jours, un document rejetant l'accord élaboré en avril. En se déclarant prêt à assumer les conséquences négatives d'un tel échec.

Pierre Gobet, Zurich

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