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Parfum de soufre au pays du fromage

H.R. Giger devant l'une des ses oeuvres.

(swissinfo.ch)

Le club bullois «Globull» propose jusqu'au 5 mai un décor signé H.R. Giger, histoire de rappeler au monde que le créateur d'«Alien» tient Musée dans le village voisin de Gruyères. Visite guidée.

Trois parkings précèdent l'arrivée au village médiéval de Gruyères. C'est dire le nombre de cars et donc de touristes - 1 million par année, dit-on - qui font escale dans ce joli village médiéval, qui alterne restaurants à fondue et boutiques de souvenirs.

Mais cet écran propret cache des univers beaucoup plus troubles: celui du Centre International de l'Art Fantastique qu'on peut découvrir dans le château des Comtes de Gruyères, en haut de la cité, et celui du Musée H.R. Giger, en contrebas, dans le Château Saint-Germain.

Ambiance noire. Murs moyenâgeux et sols de caoutchouc parcourus de signes gigeriens, moitié hiéroglyphes, moitié circuits intégrés... Monstres cinématographiques - une salle entière est consacrée à «Alien», le monstre que H.R. Giger extirpa de son étrange cerveau pour le film de Ridley Scott. Etoiles à six branches.

Et puis, il y a bien sûr cet érotisme violent qui suinte de moult toiles de Giger, de ces réseaux de lignes peintes à l'aérographe, de ces sombres camaïeux de gris où des créatures aussi sculpturales que soumises se font prendre par tous les orifices - les «trois que les dieux t'ont donnés», aurait dit Gainsbourg. Et qui donc leur fait ainsi subir les derniers outrages? Des hommes? Des bêtes? Des machines... Dans l'univers humanoïdo-technologique de Giger, les catégories traditionnelles volent en éclats.

Qu'est-ce qui préside à la démarche de H.R. Giger, l'esthétique ou la provocation? «Il y a les deux. C'est esthétique et provocant, c'est vrai. Je m'amuse beaucoup avec le catholicisme: les diableries, ce genre de choses... Cela relève du passé, mais ça marche toujours!» répond-il dans un sourire. Car l'homme sait sourire.

L'univers de H.R. Giger peut faire peur... qu'est-ce qui fait donc peur à H.R. Giger? «A une époque, j'avais la peur d'étouffer, l'impression de ne plus respirer. Maintenant, je n'ai plus de problèmes liés à la claustrophobie». Son travail lui a-t-il donc servi de thérapie? « Il me semble, oui. Je ne pensais pas à ça en travaillant, mais oui, ça y est, c'est fait!» On aimerait le croire.

H.R. Giger a découvert Gruyères alors qu'il avait été invité à exposer au Centre d'Art Fantastique par Etienne Chatton, l'ancien conservateur. Séduit par le lieu, il a ensuite acheté le Château Saint-Germain. En 1998, son Musée était créé.

Le rêve d'un train, si si, d'un train, qui conduirait les visiteurs d'une salle à l'autre, est toujours présent. En attendant la concrétisation de ce projet, il construit un bar «Giger», en face du Musée, comme il en existe d'ailleurs déjà un à Coire. L'ouverture est prévue pour cet automne. Les pensionnaires de la maison de retraite qui fait face au Château Saint-Germain, ça ne s'invente pas, s'en réjouissent sans doute déjà.

Avec ou sans train, avec ou sans bar, l'escale au Musée H.R. Giger vaut réellement le détour. Mais... âmes prudes s'abstenir. Pour celles-ci, la fondue moitié-moitié et la vue sur les vertes Préalpes suffiront largement.

Bernard Léchot


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