Pas de triomphalisme suite à l'éviction d'Israel Singer

Israel Singer (au premier plan) avait qualifié la neutralité helvétique face au nazisme de «crime». Keystone

La mise à la porte du chef exécutif du Congrès juif mondial (CJM) n'engendre aucun triomphalisme de la part de la section suisse de l'organisation, en partie responsable de la crise actuelle.

Ce contenu a été publié le 17 mars 2007 - 13:07

En 2004, la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) avait demandé un audit externe sur l'utilisation de fonds ayant transité par le bureau de Genève du CJM.

«Son despotisme l'a mené à sa perte», titre la «Basler Zeitung» samedi à propos du renvoi d'Israel Singer. Le quotidien bâlois relève aussi que cette éviction réhabilite dans le même temps le président de la Fédération suisse des communautés israélites.

Alfred Donath, lui, ne triomphe pas. Il se dit même plutôt triste quant à la «fin politique» d'un homme qui a joué un «rôle important» durant plusieurs années à la tête du Congrès juif mondial. Et espère que le CMJ saura «tirer toutes les conséquences» de cette affaire pour se démocratiser et faire en sorte de redorer son image.

Car la mise à l'écart d'Israel Singer fait suite à une période de remous, après que divers versements financiers irréguliers ont été mis en lumière.

Irrégularités financières

L'affaire remonte à 2004 lorsque le Congrès Juif Mondial, dont le siège est à New York, décide de fermer du jour au lendemain son bureau de Genève et de licencier le personnel, sans explication.

«A l'époque, nous avons été consternés par cette décision», se rappelle Alfred Donath dans «Le Temps» de samedi.

Peu avant, plusieurs versements douteux (pour un total de 1,2 million de dollars) sont partis de New York pour atterrir à Genève. Avant de retourner à New York en transitant par Israël et Londres. Selon certaines sources cet argent devait enrichir la caisse de retraite d'Israel Singer.

Un audit externe

Afin de ne pas être considérée comme complice des opérations financières douteuses du bureau genevois du CJM, la Fédération suisse des communautés israélites décide de réclamer un audit à la société PriceWaterhouseCoopers.

Le rapport est accablant. Aux 1,2 million de dollars s'ajoutent 3,8 autres millions de dollars qui ne sont pas «documentés». En d'autres termes, de grosses sommes sont sorties, soit en liquide soit par chèques, sans motif et vers des destinations inconnues.

Les Israélites de Suisse portent un jugement très sévère sur cette situation «hautement insatisfaisante».

En février 2006, Israel Singer a été obligé de renoncer, pour cause de mauvaise gestion, à toutes responsabilités financières au sein du CJM, après un accord passé avec le procureur général de l'Etat de New York, Eliot Spitzer.

Dans son rapport, la justice américaine avait dénoncé une mauvaise gestion au sein du CJM. Le rapport n'avait relevé aucun agissement contraire à la loi, mais mettait en évidence l'absence de contrôle financier efficace pour superviser l'utilisation des dons.

Un homme influent

Israel Singer est connu en Suisse pour avoir critiqué à plusieurs reprises le rôle de la Suisse durant la IIe Guerre mondiale.

En tant que secrétaire général du CJM, il était monté au front durant les années 1990. Il s'en était alors pris aux banques suisses en raison des comptes en déshérence des victimes de l'Holocauste ainsi qu'à la politique de neutralité de la Suisse face au régime nazi.

En janvier 2005, à l'occasion des 60 ans de la libération du camp d'Auschwitz, il avait qualifié la neutralité helvétique face au nazisme de «crime». Ces déclarations avaient suscité l'émoi.

Parallèlement à ses critiques, Israel Singer avait loué la création par la Confédération du Fonds spécial pour les victimes de l'Holocauste au printemps 1997.

Il avait qualifié l'accord d'août 1998 entre les banques suisses et les milieux juifs de «pas dans la bonne direction».

Selon le quotidien israélien «Haaretz», le renvoi d'Israel Singer fait des vagues au sein du Congrès juif mondial. Europe et en Israël, des dirigeants auraient même menacé de retirer leurs organisations du CJM.

swissinfo et les agences

En bref

En 2004, la Fédération suisse des communautés israélites a demandé au Congrès juif mondial (CJM) des explications sur la fermeture du bureau de Genève et exigé un audit externe.

Elle a été alertée par le dépôt de 1,2 million de dollars sur un compte bancaire genevois par l'ex-secrétaire général du CJM Israel Singer.

Suite à un accord passé avec la justice américaine en janvier 2006, Israel Singer ne s'occupait plus de la gestion financière du CJM.

Il s'était déjà retiré au début de l'année de la direction de l'organisation et ne présidait plus que le conseil stratégique du CJM, un nouvel organe de conseil.

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