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Rencontre avec un jeune auteur suisse Quentin Mouron, le diable et son grimoire

(Fabien Wulff-georges)

Le jeune écrivain suisse Quentin Mouron se montre impitoyable envers «la bêtise contemporaine» ​​​​​​​qu’il chasse à coup de griffe. La preuve par «Vesoul, le 7 janvier 2015», son dernier ouvrage allègrement sarcastique, paru chez l’éditeur français Olivier Morattel. L’occasion d’un portrait.  

A Lausanne où il vit, Quentin MouronLien externe change régulièrement d’appartement. Tous les six mois environ il déménage, histoire de se créer des univers nouveaux et étranges. Un besoin que cet auteur de 29 ans et six romans revendique même pour son écriture, laquelle se déploie la plupart du temps dans des lieux insolites. Les seules choses qui doivent lui rester familières, ce sont ses draps: «Quand je plie bagage, je les emmène toujours avec moi, je n’aime pas dormir dans ceux des autres», avoue Quentin en étouffant un rire. 

Farceur, non il ne l’est pas, mais satirique, oui, voire féroce. Ça crépitait déjà dans «La Combustion humaine», l’un de ses romans qui se moquait allègrement du milieu littéraire et journalistique suisse, mais alors là dans son dernier ouvrage, c’est un bouillonnement explosif. «Vesoul, le 7 janvier 2015», ainsi donc s’intitule sa nouvelle fiction qui se passe sur les routes de France, la veille de l’attentat terroriste commis contre Charlie Hebdo. Un road novel (comme on dit road movie) qui renoue avec le roman picaresque et s’écrit à coup de rencontres avec des individus échauffés par leur cause: «militants politiques», «minorités humiliées», «utopistes sanguinaires»… 

Quentin Mouron parle de son nouveau roman, dans le 12h45 de la Radio Télévision Suisse (RTS): 

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Un monde devenu fou 

Bref, des borderline, comme le narrateur lui-même, un jeune suisse qui fuit son pays pour échapper à la Protection Civile. Il est pris en auto-stop par un autre suisse, celui-ci gérant de fortune, qui se rend à un congrès. Deux hommes que tout sépare mais qu’un même monde réunit. Un monde urbain et rural devenu fou, où les manifestations politiques et culturelles excentriques («Festival international du Foutre», «Hivernale des Poètes»… ) constituent des pauses sur la route et des haltes caricaturales dans le récit.  

«Ici, il faut toujours faire profil bas, une attitude que je déplore et qui revient à mettre en garde les têtes qui dépassent.» 

Fin de la citation

La caricature, Quentin Mouron y recourt volontiers. «A la bêtise contemporaine, je préfère répondre par l’humour et la moquerie. L’aberration que je vois autour de moi est telle que je la prends comme une insulte. Une insulte que je répare à ma manière, par la littérature», confie le romancier. Qui jure néanmoins ne pas détester notre époque. 

«Le XXe siècle n’était guère plus reluisant avec ses deux grandes boucheries, sauf que maintenant la bêtise humaine est décuplée par les réseaux sociaux. Avec la résurgence de l’antisémitisme, par exemple, on assiste à une vraie chasse à l’homme», ajoute celui qui se dit privilégié de vivre aujourd’hui en Suisse. 

Quentin Mouron a séjourné 10 ans au Québec, avec son père peintre et sa mère institutrice. Il a par la suite beaucoup voyagé aux Etats-Unis. Deux de ses romans, «Au point d’effusion des égouts» et «Trois gouttes de sang et un nuage de coke», se passent respectivement à Los Angeles et à Boston. Et un troisième, «Notre-Dame-de-la-Merci», prend place dans le nord québécois. Errance et solitude y sont racontées avec violence et justesse. 

Pourquoi faire profil bas? 

Mais pourquoi diable sortir de la Suisse pour parler de notre monde? «Parce qu’en Europe, mais en Amérique aussi, les problèmes sociaux sont bien plus déchirants que chez nous», répond Quentin Mouron. Le jeune homme se dit admiratif de l’esprit frondeur qui caractérise les Français mais qui manque cruellement aux Suisses. «Ici, il faut toujours faire profil bas, dit-il, une attitude que je déplore et qui revient à mettre en garde les têtes qui dépassent.» 

Lui en tout cas est loin de passer inaperçu. Bon, il n’a pas la notoriété internationale du Genevois Joël Dicker, auteur de thrillers, très jeune lui aussi. Mais la présence de Quentin Mouron dans les médias francophones reste quand même importante. «On va jusqu’à me reprocher de soigner un peu trop mon image», confie-t-il. L’écrivain ne se préoccupe pas cependant des commentaires malveillants. «Je n’ai pas le mauvais goût de m’afficher de façon insistante.» 

De toute manière lui et Joël Dicker ne boxent pas dans la même catégorie. Autant mettre en compétition Georges Simenon et Flaubert. Flaubert dont Quentin Mouron se dit inspiré, n’hésitant pas à affirmer: «J’espère avoir un peu de sa férocité et de son esprit sarcastique.» 

Sur la couverture de «Vesoul, le 7 janvier 2015», il y a la photo de Quentin Mouron. Cheveux noirs, longs, et regard tout aussi noir, l’auteur tient entre ses mains un livre qui brûle. C’est le diable et son grimoire. La magie opère. Satané Mouron!

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