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Les robots remplaceront-ils les enseignants?

Le robot japonais «Pepper», sur lequel est également basé «Lexi» est engagé non seulement comme robot d'apprentissage, mais aussi dans les hôtels et les commerces. © Keystone / Urs Flueeler

Les robots supplanteront-ils les professeurs? Que ce soit en classe ou à travers l’enseignement à distance, les experts y voient un énorme potentiel, mais également un danger si les machines deviennent trop humaines.

Ce contenu a été publié le 02 mars 2021 - 13:42

«Bonjour tout le monde, je suis Lexi.» Par ces mots, un robot humanoïde salue les étudiants de l’Université de Saint-Gall. L’intérêt est grand. La salle de conférence est bondée.

Sabine SeufertLien externe, professeure en management et innovations pédagogiques à l’Université de Saint-Gall, a utilisé le robot dans ses cours pour la première fois en 2019, à titre d’essai. «Lexi», doté d’une intelligence artificielle, était déjà capable d’effectuer des tâches auxiliaires simples. L’Université est actuellement à la recherche de nouvelles applications.

Pour sa part, «Thymio» ne semble, en revanche, pas du tout humain, si ce n’est qu’il est capable d’apprendre. Avec ce mini-robot, les enfants de toute la Suisse apprennent déjà la programmation. Ils peuvent voir aussitôt un résultat: par exemple, un dessin qu’ils lui ont commandé.

Des robots tels que «Lexi» et «Thymio» sont les fers de lance de la transformation numérique qui se joue actuellement dans les salles de classe et les universités de Suisse. La pandémie de Covid-19 et l’enseignement à distance décrété par de nombreux établissements soutiennent ce changement technologique.

Mais quel potentiel pédagogique offrent ces outils? L’utilisation de robots éducatifs permet-elle de réduire la fracture numérique au sein de la société? Les écoles et les universités sont-elles prêtes?

La Suisse est déjà assez avancée dans le développement de tels systèmes, selon Francesco MondadaLien externe, codirecteur du Pôle de recherche national RoboticsLien externe soutenu par le Fonds national suisse de la recherche scientifiqueLien externe. «Nous avons conçu certaines des normes internationales», déclare-t-il.

En termes d’application pratique, en revanche, la Suisse ne fait pas partie des nations leaders. D’après Sabine Seufert, elle sera prête à utiliser efficacement les robots dans l’enseignement dans dix à quinze ans.

Dans l’enseignement à distance, la professeure voit plus de possibilités via l’utilisation de chatbots, comme ceux que l’on trouve sur les sites Internet des banques et des compagnies d’assurance. Ces assistants virtuels peuvent favoriser l’interaction et accompagner les enseignants.

Sabine Seufert en est convaincue: l’utilisation d’un chatbot comme tuteur a du sens, surtout dans l’apprentissage des langues, qui nécessite beaucoup de répétitions. Un soutien à l’apprentissage précieux, car «les enseignants sont aujourd’hui complètement débordés, comptant 20 à 25 élèves dans leur classe».

De nombreuses écoles pas encore prêtes

«Un robot peut casser les codes de la salle de classe traditionnelle et susciter un grand intérêt. Il apporte une nouvelle dynamique à la salle de classe», explique Francesco Mondada, également professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), où il dirige le Centre des sciences de l’apprentissage (LEARN)Lien externe.

Dans la pratique, d’autres pays s’avèrent nettement plus avancés. La France, par exemple, utilise depuis des années les robots comme outils de programmation. L’informatique y est une matière obligatoire. Mais toutes les écoles n’ont pas les moyens de s’offrir des robots.

«En Suisse, nous commençons à les introduire dans certains manuels scolaires. Mais la plupart n’incluent pas la robotique comme un outil», indique Francesco Mondada. Souvent, les écoles ne sont pas encore en mesure d’utiliser un robot du tout, indique-t-il. En cause: la faiblesse du réseau local sans fil (WLAN) ou des enseignants qui ne possèdent pas leur propre ordinateur. «Vous pouvez intégrer un humanoïde, mais l’école n’a parfois même pas de technicien!», s’exclame Francesco Mondada.

L’initiative DigitalswitzerlandLien externe, qui promeut l’innovation numérique en Suisse, admet également «un potentiel sans aucun doute encore inexploité, bien que les écoles aient déjà accompli de grands progrès dans l’introduction de robots d’apprentissage».

Initiative de réflexion informatique

«Le défi actuel est de ne pas creuser la fracture numérique, car toutes les familles ne sont pas équipées des technologies nécessaires et adéquates», écrit Digitalswitzerland, contacté par swissinfo.ch. Cette plateforme nationale et intersectorielle vise «à faire de la Suisse le premier pôle mondial de l’innovation numérique». Dans le classement de la compétitivité numérique réalisé par l’institut IMD, la Suisse a perdu un rang en 2020, passant de la 5e à la 6e place, alors qu’elle se classe 3e dans le domaine des connaissances, qui inclut l’éducation et la formation. Pour accroître la compétitivité numérique, Digitalswitzerland a lancé en 2018 la «Computational Thinking Initiative»Lien externe, qui comprend le robot «Thymio». L’objectif est de promouvoir les compétences numériques d’avenir dans les écoles de toute la Suisse.

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«Nao» permet aux enfants cloués au lit de participer quand même à la classe. Keystone / Laurent Gillieron

Sabine Seufert cite un domaine d’application dans lequel la Suisse est leader: depuis des années, de petits robots appelés «Nao» vont à l’école pour remplacer les enfants malades et leur permettre d’interagir avec la classe. «C’est un excellent projet qui démontre que les robots éducatifs peuvent apporter une plus-value», souligne la professeure.

Comprendre, et pas seulement jouer

Le défi consiste à ne pas se contenter de jouer avec un robot, relève Francesco Mondada. «Au lieu de comprendre les différents concepts impliqués dans l’utilisation d’un robot, de nombreux projets laissent simplement les élèves jouer.» Ce n’est que lorsque les enseignants ont saisi les différents concepts d’un robot qu’il peut être utilisé efficacement, précise-t-il.

Le robot suisse «Thymio» peut faciliter l'initiation des enfants et des adultes à la robotique. Keystone / Jean-christophe Bott

Ainsi, Francesco Mondada a développé le mini-robot «Thymio»Lien externe. Ce robot éducatif peut être programmé très facilement et propose une introduction à la robotique. L’objectif est de montrer aux enseignants le potentiel de cet outil et la façon dont ils peuvent l’utiliser de manière intéressante dans l’apprentissage.

Contenu externe

Selon Francesco Mondada, il est bien connu que le fossé entre la science et l’école est encore grand. Avec le Centre des sciences de l’apprentissage, il veut couvrir le domaine dans son ensemble, de la science à la pratique. «Nous voulons combler ce fossé.»

Des émotions, mais pas humaines

Les experts voient un danger dans le fait que les enfants développent un lien émotionnel trop fort avec un robot humanoïde. Et Francesco Mondada de citer un exemple tiré de l’armée américaine: des soldats étaient prêts à sauver un robot au prix de leur propre vie ou de celle d’un autre. Sabine Seufert poursuit: au Japon, les gens épousent déjà des robots.

Il faut apprendre à connaître le fonctionnement des robots et acquérir les compétences nécessaires à leur utilisation, préconise-t-elle. «Ce n’est tout simplement pas un être humain, même s’il montre des émotions.» Il s’agit de réfléchir à cette question pour ne pas se couper de la plus-value que ces machines peuvent apporter, uniquement «parce qu’il y a un danger que le lien devienne trop fort».

La tendance des robots éducatifs va clairement dans le sens de l’intelligence artificielle, s’accordent à dire les deux experts. Un robot donne un visage à celle-ci. L’EPFL développe un projetLien externe au sein duquel les étudiants utilisent un robot non seulement comme aide à l’apprentissage, mais lui enseignent aussi des choses eux-mêmes.

Quid de l’avenir? Selon Sabine Seufert, il est inconcevable que des robots remplacent un jour les professeurs, du moins en Europe: «La créativité et l’enthousiasme, c’est notre travail d’enseignant. Une machine ne pourra jamais remplacer ces éléments.» En revanche, la mise en pratique peut sans autre être confiée un robot, selon elle.

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