Tout est dans tout

Ce n'est pas à proprement parler une nouveauté, mais un incontournable : Jean-Jacques Bonvin a publié il y a quelques temps déjà «La Résistance des matériaux», roman, aux éditions Melchior. Un livre qu'on ne peut, qu'on ne saurait oublier. Quelques mots là-dessus.

Ce contenu a été publié le 20 février 2001 - 11:56

L'argument, en surface, est un modèle de simplicité. Un frère (Alexis), sa sœur (Léa), leur maison (Eulalia) - bâtisse composite et ancienne héritée de leur père, plus un corps étranger: Lambert, amant de Léa, et qui s'incruste. Alors, jalousie, promiscuité, querelle de territoire.

La trame est dépouillée, d'une économie presque classique: unité de lieu, unité d'action; quant au temps, une succession sans grande détermination de jours et de nuits. Voilà pour l'essentiel, mais l'essentiel est ailleurs.

Le centre, c'est Alexis, vigie insomniaque, âme et gardien de la demeure. Alexis le reclus, retranché volontaire du genre humain. Les livres, le café, la vodka, Léa. Sa maison est son refuge; l'autre, la menace. Face à l'agression, il faut se défendre, tant pis pour Lambert... tant pis pour Léa. Cet amant-là s'est immiscé dans un univers clos dont la logique le dépasse, dont la compréhension lui est défendue.

«Dès lors il y aura crime» annonce malicieusement l'éditeur en deuxième de couverture. C'est vendre la mèche? Non, car on ne s'y trompe pas: on a ici à faire à bien autre chose qu'un polar. Il faut revenir en arrière, devant l'entrée, le titre: «La Résistance des matériaux».

L'autre chose en effet, c'est la matière, les objets, Eulalia, tout. Alexis est passé dans les choses et les choses dans lui. Question de flux, liquides et conduits: travail du café et de l'alcool dans l'œsophage, travail de l'eau dans les canalisations, sous le crépi, problèmes de drainage. Obscure besogne de la vermine dans l'escalier. Usure.

Alexis veille: répare, débouche, colmate et extermine. Il n'y a pas de métaphore, avec et contre la maison, avec et contre les matériaux, Alexis résiste. Il est conservateur, dépassé, il sait le combat déjà perdu, mais il se crève à maintenir. Et il ne cèdera pas sans casse. Tant pis pour Lambert, tant pis pour Léa.

Dire après cela que l'écriture de Jean-Jacques Bonvin est belle d'aisance et de justesse, forte de maîtrise et de laisser-aller, semble presque superflu. À lire absolument.

Guillaume Colnot

Jean-Jacques Bonvin, «La Résistance des matériaux», Éditions Melchior, 219 p.

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