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Une «affaire» Lolita?

Détail de l’affiche du film de Stanley Kubrick. (image: amazon.com)

(Détail de l’affiche du film de Stanley Kubrick (image: amazon.com))

De 1961 à 1977, date de sa mort, l’écrivain russe Vladimir Nabokov a coulé des jours heureux à Montreux, grâce notamment au succès de «Lolita». Mais la sulfureuse nymphette de Nabokov aurait une ancêtre, née sous la plume d’un écrivain allemand en 1916…

«Lolita», de Vladimir Nabokov, a connu et connaît le succès que l’on sait. A tel point que c’est notamment grâce aux revenus réguliers que lui apportait ce roman que l’écrivain d’origine russe a pu vivre tranquillement les seize dernières années de sa vie au Montreux-Palace, sur la riviera lémanique. De retour des Etats-Unis, où il avait enseigné, il s’y était installé en 1961 avec sa femme Vera.

Avec «Lolita», Nabokov a signé en 1955 un livre-phare de la littérature du XXe siècle. Mais il a également apporté un nouveau mot au patrimoine linguistique mondial: «lolita: nymphette», définit le Petit Larrousse, en mentionnant le livre de Nabokov comme origine à cette acception commune – une lolita – de ce qui n’était jusque là qu'un nom propre.

Une nouvelle allemande

Mais voilà qu’à fin mars, dans le «Frankfurter Allgemeine Zeitung», le critique allemand Michael Maar signale que le personnage qui fit la gloire de Vladimir Nabokov est né bien avant les années cinquante, en 1916, sous la plume d'un auteur allemand méconnu qui vient d'être redécouvert.

Né en 1890 à Marbourg, au sud-ouest de l'Allemagne, le journaliste Heinz von Eschwege publie en 1916 sous le pseudonyme de Heinz von Lichberg «La Joconde maudite», un recueil de nouvelles dont l'une est intitulée «Lolita».

Le narrateur, un homme mûr venu d'Allemagne, s'installe dans une pension d'Alicante. Rien «ne semblait en mesure de gâcher une semaine de beauté paisible», dit-il.

«Jusqu'à ce qu'au deuxième jour, je vis Lolita, la fille de Severo», l'aubergiste. «Elle avait le sang jeune et, en plus de ses yeux méridionaux ombragés, des cheveux d'une teinte rare, un rouge doré. Son corps avait la finesse et la souplesse d'un garçon et sa voix était pleine et sombre»…

On pense bien sûr à Humbert Humbert en quête d'un refuge tranquille au Texas, où il pourrait écrire. Humbert Humbert qui s'apprête à refuser une chambre dans une pension lorsqu'il aperçoit la fille de la patronne, Dolores, c'est-à-dire Lolita… On connaît la suite.

«La ressemblance de l'action, de la perspective de narration et du nom des protagonistes» sont frappants, écrit Michael Maar, mais, relève-t-il, «il n'y a pas de règles logiques qui déterminent à partir de quand les coïncidences cessent d'être des coïncidences».

Plagiat ou pas plagiat?

La question est donc: Nabokov a-t-il lu la nouvelle de Lichberg? Ayant vécu de 1922 à 1937 à Berlin, dans le même quartier que l’auteur allemand, la chose n’est pas impossible.

Car s'il évoluait principalement dans la communauté russe de Berlin, Nabokov parlait semble-t-il suffisamment allemand pour s'entretenir avec son épouse germanophone ou pour traduire des poèmes de Heinrich Heine en russe.

Mais, dans le magazine allemand «Der Spiegel», le critique Marcel Reich-Ranicki dégaine un contre-argument de poids: s'il s'agissait d'un plagiat, dit-il, «il lui aurait été facile de le cacher et par exemple de donner un autre nom à son héroïne (...)».

De son côté, Dimitri Nabokov, le fils de l’écrivain, dans un mot envoyé au critique Dieter Zimmer parle de «tempête dans un verre d’eau ou de mystification délibérée». Dans une lettre adressée au journal britannique «The Guardian», il constate par ailleurs que la seule réelle similitude entre la nouvelle et le roman est le nom de Lolita, l’intrigue elle-même étant une intrigue basique largement répandue dans la littérature.

Une intrigue basique, sans doute. Mais racontée par Vladimir Nabokov avec une telle force – puissance du trouble, du désir, puis de la dérive d’Humbert Humbert – que l’origine de son inspiration, finalement, nous importe assez peu.

Restent les mots de Nabokov, et, dans une mesure non négligeable, les images de Kubrick… Et puis un nom, bien sûr, Lolita, un nom qui n’aurait jamais rayonné d’une telle aura si l’écrivain russe ne lui avait offert sa plume.

En bref

1899: Naissance de Vladimir Nabokov à Saint-Petersbourg.

1955: Installé aux USA, l’écrivain publie «Lolita».

1962: Stanley Kubrick transpose «Lolita» à l’écran.

1961: Vladimir Nabokov s’installe avec sa femme à Montreux. Il y partage son temps entre l’écriture et la chasse aux papillons! Sa collection a d’ailleurs été léguée au Musée zoologique de Lausanne.

1977: Mort de Vladimir Nabokov.

1998: Nouvelle adaptation cinématographique de «Lolita», cette fois-ci par Adrian Lyne.

2004: «Redécouverte» d’une nouvelle intitulée «Lolita», publiée en 1916 dans le recueil «La Joconde maudite». Elle est due à Heinz von Lichberg, pseudonyme de Heinz von Eschwege, journaliste et auteur allemand.

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