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Aide à la mort


Idéalisation du suicide en Suisse




La mort par suicide occupe l'humanité depuis toujours. Comme ici dans La mort de Socrate, un tableau très célèbre de Jacques Louis David (1748-1825). (akg-images)

La mort par suicide occupe l'humanité depuis toujours. Comme ici dans La mort de Socrate, un tableau très célèbre de Jacques Louis David (1748-1825).

(akg-images)

Fatigué de vivre ou frappé par une maladie incurable: le recours au suicide assisté est bien accepté en Suisse. L’autodétermination est aujourd’hui l’argument principal et de nombreuses personnes souhaitent choisir quand mettre fin à leur vie. Malgré l’assistance médicale, c’est le patient qui fait le geste final – ingérer la potion.

La Suisse est un des pays les plus progressistes en matière d’aide à la mort. Le droit au suicide des personnes âgées n’étant pour ainsi dire pas réglementé, le tourisme du suicide y est en plein essor. Malgré cette tolérance, les questions fondamentales soulevées par l’assistance au suicide sont loin d’être réglées et font l’objet de débats intenses – politiques, sociaux, religieux ou éthiques. L’interdiction du tourisme du suicide est un thème récurrent. 

Les associations suisses d’aide au suicide telles que Dignitas ou Exit considèrent l’assistance au suicide comme «l’ultime droit de l’homme». Un être humain a besoin de cette aide quand il ne peut plus le faire lui-même. 

La situation en Suisse 

On distingue l’euthanasie passive, où le décès est induit par l’interruption du traitement, de l’euthanasie active indirecte où les médecins accélèrent la mort par l’administration de fortes doses d’antalgiques et en cessant de donner à boire au patient. Dans l’assistance au suicide, le médecin aide de le patient à se donner la mort alors que dans l’euthanasie active directe, il répond à la demande du patient et met fin à ses jours par l’administration d’une injection ou d’un médicament. Cette dernière est la seule forme d’assistance réprimée en Suisse.

La volonté du patient passe avant tout. Et le souhait de mourir doit être respecté, sans jugement moral. La presse s’est largement fait l’écho du suicide assisté du politicien glaronnais This Jenny qui a choisi de mettre fin à ses jours à l’hôpital de Glaris. Mais les médias donnent une image un peu simpliste de cette démarche, présentant généralement la mort volontaire des personnalités publiques comme l’acte de «durs à cuire» au caractère assez trempé pour aller jusqu’au bout. 

Mais en réalité, cela se passe rarement ainsi, comme en témoignent les observations réalisées dans le cadre des soins palliatifs – une forme d’assistance qui doit permettre d’aborder la mort et la volonté de mourir sans ambiguïté ni tabou. La médecine palliative fait valoir qu’il y a une autre voie que le suicide et qu’il reste jusqu’au bout un geste très ambivalent: est-ce que je le veux vraiment ou pas? En outre, il peut peser sur les proches longtemps encore après le décès. 

Certes, la volonté du patient passe avant tout, mais encore faut-il qu’elle soit claire. Or souvent, ce n’est pas le cas et c’est ici que les soins palliatifs entrent en jeu. L’expérience montre que la volonté de se suicider diminue non seulement à mesure que la maladie progresse, mais aussi en fonction de l’accompagnement et des explications qu’il permet d’apporter. Dans cette situation de faiblesse, il ne faut pas laisser les patients seuls avec leur décision. Il est étonnant de voir ce qui peut encore se passer lorsqu’ils acceptent cet échange, a relevé la théologienne et pasteure Susanna Meyer Kunz dans une interview avec le «Bündner Tagblatt», par exemple des réconciliations ou des mises au point. Et certaines angoisses peuvent se dissiper. 

Les autorités face à la volonté de suicide 

L’assistance au suicide est règlementée différemment selon les cantons. Il y a par exemple toujours plus de homes qui la permettent: sur les 583 personnes qu’Exit a assistées en 2014, soixante l’ont été dans des homes pour personnes âgées. A Bâle, les homes décident eux-mêmes s’ils acceptent le suicide assisté sous leur toit. En revanche, en Valais, terre catholique, les organisations d’aide au suicide n’ont pas le droit d’entrer dans les homes, même s’il n’y a pas de loi. L’assistance au suicide est autorisée dans certains hôpitaux cantonaux, comme celui de Lausanne.

Certains sont fatigués de la vie – ou en ont simplement assez, comme c’est parfois le cas pour les personnes âgées. Mais pour de nombreux malades incurables, la question de l’aménagement de la fin de leur vie éclate brutalement alors qu’ils la vivent pleinement. La volonté du patient se retrouve alors à la croisée d’influences très différentes: leurs valeurs, leur foi ou leur religion, ou encore leurs peurs ou ce que disent leurs proches. Pour rendre justice la complexité de chaque destin, il est très important d’être très attentif à bien identifier cette volonté. 

Les soins palliatifs ne sont pas la panacée, mais ils permettent de regarder la mort en face. Dans une société éclairée, il est nécessaire de les prendre en considération aussi sérieusement que le droit à l’autodétermination. L’image que l’on se fait du suicide assisté est trop positive en Suisse. Dans une situation de faiblesse, il y a des moyens plus humains de mourir qu’en manifestant son autonomie avec une fiole de poison. Si notre indépendance absolue ne signifie en définitive rien d’autre que la mort volontaire ou le suicide élevé au rang d’idéal, il est urgent de nous reposer la question. L’assistance au suicide ne doit en aucun cas tourner à la simple routine.

A votre avis, faut-il considérer l’assistance au suicide comme un droit de l’homme ou faut-il mettre des limites à l’autodétermination?


(Traduction de l’allemand: Olivier Hüther)

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