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Pologne-Suisse Un ami de longue date part à la dérive et que fait la Suisse?

Zwei Männer geben sich die Hand

Le président de la Confédération suisse de l'époque Ueli Maurer (à gauche) et le président polonais Andrzej Duda se serrent la main au palais présidentiel à Varsovie le 14 mai 2019.

(Keystone / Radek Pietruszka)

La Pologne et la Suisse sont de bons amis. Et depuis longtemps. Mais l’adieu progressif de la Pologne à la démocratie contredit les valeurs suisses. Alors que l’Union européenne se montre critique, la Suisse reste discrète. Est-ce un geste d’amitié, une manifestation d’ignorance ou simplement une forme d’égoïsme?

Dans de nombreuses familles de Suisse, cette image est familière: un enfant regarde sa mère pendant qu’elle emballe des médicaments, des spaghettis et du chocolat dans un grand carton. Durant les années 80, de nombreux Suisses envoyaient régulièrement des paquets de victuailles à des familles polonaises en raison de la crise d’approvisionnement dans ce pays.

L’image est symbolique, mais constitue aussi un des nombreux exemples de l’amitié qui relie depuis longtemps déjà la Pologne et la Suisse. «L’amitié entre les deux pays est vraiment extraordinaire», dit Jens HerlthLien externe, professeur de slavistique à l’Université de Fribourg et expert de la culture et de l’histoire polonaise. «La Suisse jouit d’une forte sympathie en Pologne. Je n’entends que des choses positives.»

Les deux pays s’entendent également bien en politique et en économie. «Les excellentes relations qui unissent la Suisse et la Pologne reposent sur une longue tradition», écrit le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) sur son site webLien externe.

La réforme polonaise de la justice ne trouble pas les relations

Cependant, la Pologne bascule dans l’autocratie. Ce qui pourrait troubler l’idylle. Devrait, même. Mais est-ce que ce sera vraiment le cas?

Dans ce pays, le parti conservateur nationaliste Droit et Justice de Lech Kaczyński ne cesse depuis 2015 de renforcer son influence Lien externesur la justice et les médias d’État. L’Europe parle d’une attaque contre la démocratie. Et que dit la Suisse? Étonnamment peu jusqu’à maintenant.

Männer vor Haus

Selon le DFAE, la Suisse et la Pologne entretiennent des relations diplomatiques étroites: visites officielles ponctuelles et contacts permanents au niveau administratif et parlementaire. Ici, le président de la Confédération Ueli Maurer en visite officielle à Varsovie le 14 mai 2019, en compagnie du président polonais Andrzej Duda.

(Keystone / Radek Pietruszka)

Et cela, bien que la Confédération présente la défense des droits humains et «la promotion de la démocratie» comme des piliers de sa politique extérieure. C’est en tout cas ce qui est écrit dans la Constitution suisse, Article 54, Affaires étrangères, alinéa 2: «La Confédération (...) contribue notamment à soulager les populations dans le besoin (...), à promouvoir le respect des droits de l’homme, la démocratie (...).»

La Suisse donne l’impression de continuer sans se troubler à célébrer une amitié limpide alors que l’ami polonais bascule dans une véritable crise et menace d’y sombrer.

«Je suis personnellement préoccupé par la situation politique en Pologne mais je ne crois pas qu’elle aura une influence négative sur les relations avec la Suisse», dit Jens Herlth. En 2019, la Pologne et la Suisse ont fêté les 100 ans de leurs relations diplomatiques. «Je crois me souvenir que les cérémonies ont été très harmonieuses», dit-il. Il a même été un peu irrité que la réforme problématique de la justice n’ait pas été abordée à cette occasion.

Comme en Hongrie, la crise du coronavirus renforce également la dérive autoritaire en Pologne: le parlement a récemment adopté un paquet de mesures d’aide tout en modifiant le code électoral pour l’élection présidentielle: «C’est monstrueux, dit Jens Herlth. La crise du coronavirus a été instrumentalisée pour réduire les chances des autres candidats à la présidentielle.»

L’Union européenne a déjà engagé des procédures judiciaires contre la Pologne, aussi bien à propos de la réforme de la justice que du refus de la Pologne d’accueillir des réfugiés.  Récemment, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que la Pologne avait violé le droit européen par ce refus.  La Commission européenne a également entamé en 2017 une procédure d’infraction contre la Pologne sur la base de l’article 7 du traité sur l’UE. «L’Union européenne se montre beaucoup plus sensible que la Suisse, ce qui s’explique aussi par le fait que la Pologne est membre de l’UE», dit Jens Herlth. «Elle doit veiller au respect des normes de l’État de droit alors que la Suisse n’a aucune responsabilité en la matière.»

Interrogé par swissinfo.ch, le Département fédéral des affaires étrangères répond: «La Suisse et la Pologne partagent de nombreuses valeurs, mais dans certains domaines les valeurs peuvent différer. La Suisse observe la situation et discute si nécessaire de certaines questions.»

Moyens de pression de la Suisse

Jusqu’en 2017, la Suisse a soutenu des projets en Pologne par le biais de la contribution à l’élargissement. Ce pays devrait également bénéficier dans un avenir incertain d’une partie du nouveau milliard de cohésion actuellement bloquée. Avec ces contributions, la Suisse aurait (ou aurait eu) des moyens de pression légaux. D’une part, elle décide de manière autonome de la répartition de l’argent. En raison de sa large population, la Pologne a jusqu’à présent bénéficié de la plus grande contribution versée par la Suisse à un pays unique.

Deuxièmement, la Loi fédérale sur la coopération avec les États d’Europe de l’Est prévoit que le Conseil fédéral peut «mettre en œuvre les mesures et les adaptations qui s’imposent» en cas de violation des principes de la démocratie et du respect des droits humains. Selon le message du gouvernement, l’interruption de la collaboration peut être envisagée en ultime recours.

Jusqu’à présent, la Suisse n’en est jamais arrivée là, ni contre la Pologne ni contre un autre pays. «L’expérience montre que les conditionnalités négatives ne sont pas un moyen efficace dans le dialogue entre les États», affirme le porte-parole du DFAE Pierre-Alain Eltschinger. En outre, lorsqu’un projet est interrompu, c’est surtout la population qui en pâtit et non le gouvernement.

La Suisse continuera à faire preuve de retenue

Jens Herlth ne croit pas non plus que la Suisse exercera à l’avenir des pressions par le biais des contributions de cohésion. «La Suisse fait preuve de prudence et de retenue dans l’appréciation des affaires intérieures.»

Le DFAE donne des signaux analogues: «Pour la collaboration dans le cadre de la deuxième contribution, la Suisse part de l’idée que les pays partenaires partagent les valeurs communes de l’Europe, explique son porte-parole. Si ces principes fondamentaux ne sont pas respectés, la Suisse aura recours aux instruments de sa politique étrangère qu’elle appliquera en fonction de la situation et du contexte.»

Autrement dit: la Suisse cherchera le dialogue plutôt que de fermer le robinet financier.

Intérêts économiques

Mais la prudence de la Suisse résulte-t-elle aussi de considérations économiques? Pour les entreprises suisses, le marché polonais est lucratif, comme le sont les mandats obtenus dans le cadre de projets de transition en Pologne financés par la Suisse.

«Les intérêts économiques ne sont pas déterminants pour de la deuxième contribution», assure Pierre-Alain Eltschinger. Cette contribution est surtout l’expression de la solidarité de la Suisse face aux défis que doit affronter le continent européen et elle permet de renforcer les relations avec la Pologne (et d’autres pays partenaires). Il concède toutefois que «ces bonnes relations bilatérales servent aussi les intérêts économiques de la Suisse».

data

C’est pourquoi il est clair pour le DFAE qu’une poursuite des bonnes relations avec la Pologne «est dans l’intérêt de la Suisse»,

Il y a donc d’un côté la Suisse avec sa volonté inscrite dans la Constitution de promouvoir la démocratie dans le monde. Et de l’autre, l’ami de longue date qui glisse dans l’autocratie. Faut-il le remettre à l’ordre? Lui demander des explications? Ou tout simplement laisser faire et ne pas bouger comme si rien ne se passait? Personne ne le sait. La Suisse non plus.

Les relations bilatérales entre la Suisse et la Pologne

Depuis 1992, la Pologne et la Suisse font partie du même groupe de vote au sein du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. La collaboration fonctionne très bien, selon le Département fédéral des affaires étrangères.

Pendant la période de transition des années nonante, La Suisse a soutenu la Pologne avec 264 millions de francs au titre de l’aide technique jusqu’en 1999 puis de l’aide financière jusqu’à fin 2001. En outre, en 1992, elle a effacé la moitié de la dette polonaise, soit 678 millions de francs.

La Pologne a fait partie des États bénéficiaires de la contribution de la Suisse à l’élargissement de l’UE. Avec une enveloppe de 489 millions de francs, ce programme de coopération bilatérale est le plus important à n’avoir jamais bénéficié du soutien de la Suisse. La Pologne doit également profiter de la deuxième contribution de la Suisse.

Selon la Banque nationale suisse, les stocks d’investissements directs suisses en Pologne s’élevaient à 6,8 milliards de francs à fin 2018. La Pologne est ainsi derrière la Russie le deuxième bénéficiaire de capital suisse en Europe centrale et orientale.

Parmi les plus importants investisseurs suisses en Pologne figure la Compagnie Financière Michelin, Krono-Holding, Nestlé, ABB Kraft Jacobs Suchard, Hiestand, Glencore et Novartis.

Aux yeux des entreprises suisses, la Pologne est un pays très intéressant pour les délocalisations et la sous-traitance. Elle le devient également pour la recherche. Les banques suisses sont aussi très présentes et entendent y développer leurs centres de services.

Les entreprises industrielles investissent également dans ce pays. Novartis (Sandoz) a par exemple doublé la capacité de son site de production et d’emballage de médicaments de Strykow. Il faut également mentionner la création récente du laboratoire Roche Diagnostics à Varsovie, alors que le producteur de verre Euroglas a ouvert une deuxième fabrique à Ujazd et que Sulzer a créé une nouvelle usine avec plus 100 collaborateurs à proximité de Breslau. 

(Source: DFAE)

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(traduction de l'allemand: Olivier Hüther)

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