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Genève internationale

L’ONU est-elle bientôt caduque?

Née au milieu du siècle dernier, l’Organisation des Nations Unies est-elle à même d’encaisser et de répondre aux formidables changements en cours qui touchent les États et les sociétés du monde entier? Éléments de réponses autour des cinq principaux défis qui occupent la Genève Internationale.

Ce contenu a été publié le 13 janvier 2021 - 18:27
Andreas Gefe (illustration)

Siège européen de l’ONU, Genève est avec New York l’un des deux centres les plus importants de la diplomatie multilatérale. À Genève, les défis qui engagent l’ensemble de la planète sont défrichés et négociés, avant que les Etats ne décident à New York quelles options choisir pour y faire face. Une répartition des rôles qui a été sérieusement ébranlées en 2020 par la crise sanitaire de la Covid-19.  

Genève et l’ONU voulaient profiter de ce double anniversaire pour souligner l’importance de ce mode d’organisation des relations entre États. Un appel plein d’inquiétude, alors que le maitre d’œuvre de l’ONU - les États-Unis - était devenu l’un de ses plus grands adversaires tout au long de la présidence de Donald Trump. Washington a notamment quitté le Conseil des droits de l’homme, puis l’OMS. Dans le même temps, l’administration Trump a asphyxié l’organisation la plus importante de la place genevoise - l’OMC – en bloquant le renouvellement de ses organes dirigeants.

La composition du gouvernement de Joe Biden confirme la volonté du nouveau président de renouer avec le cadre international existant et ses alliés traditionnels. Mais un retour au monde d’avant (Trump et la Covid-19) parait exclu.

Le défi persistant de la paix. C’était la raison d’être de la SDN, comme de l’ONU, deux organisations nées à la suite des deux guerres mondiales qui ont ravagé l’Europe et l’Asie. À chaque fois, les vainqueurs de ces deux conflits ont voulu établir un cadre juridique basé sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cela pour que la paix ne repose pas uniquement sur un équilibre des forces entre grandes puissances, mais que l’on tienne mieux compte des intérêts de l’ensemble des États membres et de leur population. 

Un objectif qui est loin d’être atteint,  selon le secrétaire général des Nations Unies. «Aujourd'hui, un vent de folie balaie le globe. De la Libye au Yémen en passant par la Syrie et au-delà - l'escalade est de retour. Les armes circulent et les offensives se multiplient (…) Pendant ce temps, les résolutions du Conseil de sécurité sont bafouées avant même que l'encre ne soit sèche», avertissait Antonio Guterres le 4 février 2020. Un constat tragiquement illustré l'automne dernier par la guerre du Haut-Karabakh.

Alors, en matière de sécurité collective, l’ONU est-elle bientôt caduque, comme l’a été la SDN à la fin des années 1930? Si l’organe exécutif de l’ONU – le Conseil de sécurité – est paralysé, d’autres instances internationales contribuent à pacifier les sociétés, car l’ONU repose sur trois piliers: la paix et la sécurité, le développement et les droits de l’homme.  Des domaines interdépendants, comme le soulignait en 2005 Kofi Annan, lorsqu’il était à la tête des Nations Unies: «Il ne peut y avoir de sécurité sans développement ni de développement sans sécurité. Et l’un et l’autre dépendent du respect des droits de l’homme et de l’état de droit.»

Or, depuis une décennie au moins, les libertés civiles s’érodent au sein même des démocraties libérales, aux États-Unis, mais aussi en Europe.

Le défi démocratique. Dans le même temps, des régimes autoritaires comme la Chine profitent des faiblesses occidentales pour vanter un autre modèle de réussite économique excluant le plein respect des droits civils et politiques. Cœur des régimes démocratiques contemporains, les droits humains sont remis en question au sein même des instances internationales censées les défendre. À Genève, c’est le Conseil des droits de l’homme qui est le théâtre de cette bataille aux conséquences planétaires. 

S’il se confirmait, le recul des démocraties pourrait influencer la manière dont le monde répondra aux deux enjeux majeurs du 21e siècle: la crise climatique et environnementale, et la transition numérique de l’économie et de la société. 

Le défi environnemental. Concernant le climat, le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres répète, lui, qu’il ne peut y avoir de solutions que collectives, engageant l’ensemble des États membres des Nations Unies. Cette menace existentielle pour l’ensemble de l’humanité pourrait-elle provoquer un sursaut de ladite communauté internationale, comme après les deux guerres mondiales du 20e siècle? 

Dans le même temps, le monde est engagé dans une révolution industrielle bien plus profonde et ample que les précédentes qui ont eu lieu au 19e et au 20e siècles. La transition numérique est en train de transformer radicalement le monde économique et financier, tout comme le fonctionnement des sociétés et des droits démocratiques censés les gouverner. Les droits individuels et collectifs contenus dans la Charte des Nations Unies s’en trouvent sérieusement menacés. 

Le défi sanitaire. C’est le cygne noir - l’événement imprévu - des affaires du monde en 2020. La pandémie mondiale du coronavirus SRAS-CoV-2 continue d’ébranler l’organisation globalisée de la planète. Avec l’OMS en première ligne, l’Organisation des Nations Unies tente de démontrer l’importance de son rôle de plateforme de coopération et de coordination des politiques nationales.

D’autant que cette pandémie qui a pris de court les États était en réalité prévisible. A la suite des épidémies comme le Sida dans les années 80 ou le Sras en 2002, les États membres de l’OMS ont révisé en 2005 le Règlement sanitaire international pour contenir ces virus d’origine animale. Et c’est bien pour n’avoir pas suffisamment appliqué les recommandations alors adoptées que ce nouveau coronavirus provoque de tels ravages. Reste à savoir si le choc du Covid-19 et ses conséquences multiformes relégitimeront l’ONU ou la videront de toute substance comme la Société des Nations fondée il y a un siècle.  

Le défi numérique. L’ONU tente de reprendre la main sur cette question, notamment depuis Genève, en établissant des normes juridiques à même d’orienter cette transition pour qu’elle profite à tous dans le respect de leurs droits fondamentaux.    


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