La voiture électrique, entre les deux pôles

Aujourd’hui, on peut faire le plein d’une voiture électrique en 15 minutes – et au prix fort. La charge nocturne est plus économique. Keystone

Il y a 25 ans, on lui prédisait un avenir radieux. Mais la voiture électrique reste marginale et chère. Et sa généralisation pourrait imposer de nouvelles centrales nucléaires. Malgré cela, certains spécialistes pensent que son heure est enfin venue. D’autres restent sceptiques.

Ce contenu a été publié le 05 mars 2010 - 15:53

Cette année, les voitures électriques sont à nouveau très présentes au Salon de l’auto de Genève. Mais sur les routes, elles restent totalement marginales. En 2009, sur 266'018 véhicules neufs vendus en Suisse, 53 étaient mus à l’électricité!

Les problèmes sont connus: batteries lourdes, autonomie et puissance réduites, prix d’achat élevé, réseau de stations de recharge encore embryonnaire. Et aussi un nombre de promesses non tenues de la part des fabricants, qui annonçaient il y a dix ans déjà le démarrage de vraies productions en série que l’on attend toujours.

Depuis quelques années, l’industrie semble d’ailleurs avoir privilégié les hybrides, qui allient la puissance du moteur à essence à l’économie du moteur électrique. Et de plus en plus de constructeurs rejoignent les pionniers japonais de cette technologie.

Hybride ou électrique?

«Au Salon de Genève, vous pourrez voir une hybride ou une électrique – voire les deux – sur pratiquement chaque stand. Même Porsche et Mercedes s’y sont mis», confirme Rudolf Blessing, porte-parole des importateurs suisses d’automobiles.

Pour les prochaines années, son association s’attend d’ailleurs à une montée des ventes d’hybrides, même si elles restent pour l’instant relativement chères.

«Le problème, c’est que les moteurs hybrides – comme les moteurs électriques – sont nettement plus coûteux à produire que les moteurs à essence ou au diesel, admet Rudolf Blessing. Et donc, produire une petite voiture hybride n’aurait pas de sens économiquement parlant».

Qu’à cela ne tienne: pour Yves Lehmann, président de l’association e-mobile (qui milite depuis 1980 pour des véhicules à faible consommation et à faibles émissions), c’est l’électrique qui va gagner le match contre l’hybride.

«On commence maintenant à avoir des solutions vraiment performantes pour une bonne autonomie avec des voitures purement électriques, entre 120 et 200 kilomètres, explique-t-il. Et on peut faire un plein en 12 à 15 minutes – c’est le temps de prendre votre café sur une aire d’autoroute.»

Scénario 15%

Et si, dans 10 ans, 15% des véhicules privés en Suisse étaient électriques? Selon une étude commandée par Alpiq, numéro un suisse de la vente de courant, cela suffirait à faire baisser les émissions du trafic routier de 10%, satisfaisant ainsi à 10% environ des objectifs de réduction de gaz à effets de serre que la Suisse a souscrits à Copenhague.

Ce chiffre de 15% de voitures électriques, Yves Lehmann aimerait y croire. Tout en admettant que c’est aussi un peu «par optimisme naturel».

Dans le camp des écologistes purs et durs, on est plus sceptique. Ainsi Cyrill Studer, responsable de la campagne «climat et transports» de Greenpeace Suisse admet que «les voitures électriques pourraient avoir un avenir sur les routes suisses», mais ne veut pas pour autant leur accorder «un chèque en blanc».

«Les moteurs électriques sont plus efficaces que les moteurs au fuel, admet le militant vert. Mais il reste des questions auxquelles l’industrie automobile ne répond pas, notamment en ce qui concerne les métaux rares…»

La fabrication des batteries, que ce soit pour les voitures électriques ou les hybrides, nécessite en effet de grandes quantités de néodyme, de terbium ou de dysprosium, tous éléments chimiques dont la cote explose et dont la quête s’apparenterait à une nouvelle ruée vers l’or. Sans parler du lithium, dont l’extraction met déjà sous pression les rares gisements connus au monde, en Amérique latine, au Tibet et en Australie.

Deux centrales nucléaires?

Mais ce qui gène surtout les écolos, c’est cette idée de brancher une voiture sur la prise en sachant que celle-ci dispense un courant issu à 40% du nucléaire. Et que la hausse du nombre de ces voitures fera naturellement augmenter la consommation.

Selon les chiffres de l’étude commandée par Alpiq, un parc automobile privé électrique à 15% ferait augmenter la consommation de 1,2 à 1,7 milliard de kWh, soit 1,8 à 2,6% de la production suisse en 2007.

L’estimation de Fabrizio Noembrini est moins optimiste. Le chef du Groupe «Energy systems» de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich a calculé que si l’ensemble du parc automobile suisse passait à l’électrique, la consommation de courant pourrait grimper de 30 à 40%. Et dans l’optique actuelle, seules une à deux nouvelles centrales nucléaires pourraient répondre à cette demande.

Même si «cette estimation est la plus haute», comme le rappelle Cyrill Studer, les écologistes savent très bien que la perspective de voir une telle augmentation de consommation couverte par les énergies renouvelables est encore très lointaine.

…. ou une autre mobilité

Ce n’est d’ailleurs pas ce que prône Greenpeace, qui milite pour «une autre mobilité». Par exemple via des mesures d’aménagement du territoire qui permettraient aux gens de faire l’essentiel de leurs trajets à pied, à vélo ou en transports publics.

Et s’il faut vraiment des voitures, Cyrill Studer préférerait que l’on s’en tienne à des machines capables de transporter des gens et que l’on laisse tomber les engins «trop lourds, qui affichent plus de chevaux-vapeur qu'un camion et qui sont capables de passer à 0 à 100 km/h en X secondes». Soit des engins «qui ne servent qu’à flatter l’ego – surtout celui des mâles».

«Trop de fabricants qui passent maintenant à l’électrique ou à l’hybride en sont encore à ce type de valeurs», regrette le militant de Greenpeace. Car pour lui, la place de ce genre de voitures n’est «plus sur les routes, mais au musée».

Marc-André Miserez, swissinfo.ch

Production d’électricité en Suisse

55% hydraulique
39% nucléaire
5% centrales thermiques et divers

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Encore un produit de niche

53 sur 266'000 (en chiffres ronds). C’est le rapport du nombre de voitures électriques au nombre total de véhicules neufs vendus l’an dernier en Suisse. En 2008, il était de 21 sur 288'000, en 2007 de 19 sur 284'000 et en 2006 de 7 sur 269'000. Même minimes, ces chiffres n’en sont donc pas moins en hausse constante.

1,9%. C’est la part des véhicules neufs à «propulsion alternative» vendus en Suisse en 2009. Dans cette catégorie, l’Association des importateurs suisses d’automobiles regroupe les hybrides, les voitures à gaz, à bioéthanol et électriques. Le solde se répartit entre environ deux tiers de véhicules à essence et un tiers de véhicules diesel.

30'000 à 60’000 francs. C’est le prix moyen d’une voiture électrique en Suisse aujourd’hui. La plupart des modèles disponibles ne sont rien d’autre que des véhicules classiques auxquels on ajoute après coup un moteur électrique. Avec le démarrage de vraies productions en série, les constructeurs annoncent pour bientôt des baisses de prix conséquentes.

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